Espagne : une marche massive pour la dignité

Partage international no 309mai 2014

Des centaines de milliers de personnes ont traversé l’Espagne pour protester contre le programme d’austérité qui, d’après eux, est en train de détruire leur pays. Avec pour slogan « Plus aucune coupure de budget ! », les manifestants réclament la fin des « promesses vides » du gouvernement espagnol.

Six colonnes de manifestants, certains à pieds, d’autres en train, en voitures ou en bus – chacune provenant d’une région différente de l’Espagne – sont arrivées à la périphérie de Madrid le samedi 22 mars 2014 ; elles se sont ensuite dirigées vers la place Colon en arborant des banderoles portant le slogan « M22 » ou « Marches pour la dignité » ; ce moment fut le point culminant après un mois de marche pour certains des manifestants.

En début d’après-midi, les différents groupes étaient formés aux points d’entrée dans le périmètre de la ville ; une mer de pancartes émergeait appelant à de « Justes retraites » ou au « Droit à un toit ».

En fin de journée, le Paseo del Prado, boulevard principal de Madrid, était complètement envahi par des dizaines de milliers de manifestants protestant contre les politiques d’austérité du gouvernement et les coupures qu’elles ont entraînées.

La « Marche pour la dignité » vient après deux années de dures mesures d’austérité imposées à l’Espagne dans le cadre d’un plan de sauvetage international de 40 milliards d’euros mis sur pied suite à l’explosion d’une énorme bulle immobilière qui a presque détruit son système bancaire.

L’austérité a laissé l’Espagne dans une dépression économique prolongée, avec un chômage touchant plus de 26 % de la population et la moitié des moins de 25 ans.

Pendant ce temps, selon les manifestants, la collusion entre les fonctionnaires corrompus et les banquiers qui ont causé la crise est restée largement impunie.

D’après un des marcheurs : « Il y a trop de problèmes : mes fils doivent travailler tous les jours de huit heures du matin à cinq heures du soir pour seulement 400 euros par mois ! Je suis enseignant et je sais ce que signifient les coupes dans le secteur public. » Un autre déclare « Toutes ces expulsions – c’est fou. Je marche sur Madrid parce que je ne peux pas marcher sur Berlin ou sur Bruxelles. Nous devons arrêter la Troïka1 ! »

Chaque jour, en Espagne, des centaines de personnes sont expulsées de leur logement. Le Conseil général du pouvoir judiciaire a indiqué que 49 984 expulsions ont été menées à travers le pays l’année dernière, ce qui fait une moyenne d’environ 185 par jour.

Le nombre d’expulsions a atteint un sommet en 2012 avec plus de 500 par jour. Ceci, combiné avec un taux de chômage de 26 %, le deuxième en Europe après la Grèce, a laissé de nombreux citoyens espagnols avec nulle part où aller. Cela se reflète dans le nombre croissant de suicides ; l’Institut national de la statistique estimant qu’au moins huit personnes se donnent la mort chaque jour dans le pays.

Pepe Caballero, un des organisateurs des manifestations, a déclaré que le gouvernement central tente de ramener l’Espagne à l’époque de Franco. « Ce que le gouvernement veut, c’est revenir aux années Franco et empêcher la classe ouvrière de manifester dans les rues et de dire ce que sont nos principaux problèmes. Nous ne le permettrons pas et ils le savent, a déclaré P. Caballero. Le mouvement de protestation va transformer l’Espagne pour le mieux. »

En début de mois, la ministre espagnole de l’Emploi, Fatima Bañez, a déclaré que l’Espagne s’était finalement elle-même tirée de la récession et avait enregistré une croissance économique. Cependant, l’Union espagnole des travailleurs a contesté l’annonce faite par F. Báñez en la qualifiant de « propagande gouvernementale ».

La foule scandait : « Non au chômage, non à l’exil, non à l’insécurité. Marchons, marchons, marchons pour la dignité. »

« Nous voulons du travail. Nous ne pouvons pas accepter que des millions de personnes sans emploi doivent aller vivre chez leurs parents », s’exclame un jeune chômeur de 24 ans venu de Burgos, dans le nord de l’Espagne.

« Ce sera une marée de citoyens qui rétablira la dignité de la capitale, a promis un porte-parole de l’Union des travailleurs andalous, une des 300 organisations qui participent à la marche. Soit le gouvernement répond à nos demandes, soit il fait ses valises. »

« Je suis ici pour me battre pour l’avenir de mes enfants, déclare un entrepreneur de 44 ans. Pour ceux qui sont au pouvoir, nous ne sommes que des numéros. Ils accordent plus de valeur à l’argent qu’aux gens », crie-t-il afin d’être entendu par-delà le vacarme des chants, sifflements et percussions.

« Du pain, des emplois et des logements pour tout le monde », peut-on lire sur une bannière. Sur une autre : « La corruption et le vol qualifié, ce sont les marques de l’Espagne. »

Une femme porte une banderole : « Ma fille ne peut pas être ici parce qu’elle a dû émigrer. »

« Je suis malade de ce système qu’ils appellent la démocratie, affirme un enseignant de 58 ans dont le salaire a été réduit de 20 %. Je veux que les choses changent. »

Ils ont été rejoints par de nombreux groupes de citoyens qui ont émergé de la masse des Indignés lors des manifestations de 2011 et 2012, lorsque la crise a débuté. Les Indignés ont été considérés comme les précurseurs du mouvement Occupy qui s’est propagé dans le monde entier.

« En 2014, nous sommes confrontés à une situation extrêmement difficile, une urgence sociale qui exige une réponse collective de tous les travailleurs, des citoyens et des gens », déclarent les organisateurs dans leur manifeste.

1 – Le terme Troïka est utilisé en référence à la tripartite composée de la Commission européenne, de la Banque centrale européenne et du Fonds monétaire international.

Espagne
Sources : La Vanguardia , El País , Huffington Post , Espagne ; The Washington Post, The Journal Times, Etats-Unis ; rt.com ; commondreams.org
Thématiques : Société, politique, Économie
Rubrique : La voix des peuples (Cette rubrique est consacrée à une force en plein développement dans le monde. La voix du peuple ne cessera de s’amplifier jusqu’à ce que, guidés par la sagesse de Maitreya, les peuples conduisent leurs gouvernements à créer une société juste dans laquelle seront respectés les droits et les besoins de tous.)