En faveur de l’Amour – une force intensément pratique

Partage international no 431juillet 2024

par Luc Guillory

« L’AMOUR qui nous est demandé n’est ni émotionnel, ni sentimental. Il est intensément pratique et s’exprime par le service et l’activité de coopération1. »

Malgré la présence de Maitreya parmi nous, il semble qu’une vague de haine déferle actuellement sur le monde. Cela se traduit par une éruption de violence sans merci, de haine aveugle et de massacres qui trouvent leur expression culminante dans le massacre génocidaire en cours dans la bande de Gaza. Cette guerre est la guerre de l’humanité dans son ensemble. Sa résolution est l’affaire du monde entier. L’humanité fait face à un test majeur qui doit démontrer sa capacité à exprimer les qualités innées de l’âme humaine. Il lui incombe de mettre sa volonté spirituelle en action afin de parvenir au compromis, à l’unité, à la synthèse, au bien commun, afin de vaincre les forces de la soif du pouvoir, de la séparation et de la haine.

 

Prises de conscience quant à la situation

Le point positif est que le conflit a éveillé de nombreuses personnes dans le monde à la réalité de la situation. Des voix s’élèvent avec fermeté pour affirmer la nécessité de mettre en œuvre une solution politique fondée sur deux Etats distincts. La Cour pénale internationale (CPI) a réclamé un mandat d’arrêt contre le Premier ministre israélien Benyamin Netanyahou. L’Irlande, la Norvège, la Slovénie et l’Espagne ont déjà franchi une étape supplémentaire dans leur reconnaissance officielle de l’Etat de Palestine, et d’autres pourraient bientôt les suivre.

Des manifestations de masse ont lieu dans de nombreuses grandes villes du monde, tandis que de nombreux jeunes et étudiants élèvent courageusement la voix en faveur des droits du peuple palestinien, malgré les intimidations et les menaces des pouvoirs en place.

La guerre en Ukraine est tout aussi catastrophique. Il s’agit d’une guerre par procuration entre les Etats-Unis et la Russie. En tant qu’humanité, nous approchons dangereusement du précipice. L’avenir de l’humanité est sur le fil du rasoir. Cette guerre est périlleuse et génère un niveau élevé de peur, de tension, de troubles économiques, ainsi qu’un dangereux mouvement d’autoprotection et de préparation à une guerre de haute intensité dans de nombreux pays, en particulier en Europe.

Conséquence malheureuse de ce conflit, les dépenses militaires ont atteint de nouveaux records en 2023, avec 2 443 milliards de dollars, soit 6,8 pour cent de plus qu’en 20222. Des sommes énormes, pourtant désespérément nécessaires à la lutte contre le changement climatique et à la résolution d’autres problèmes majeurs, sont ainsi détournées à des fins militaires.

Comment est-il possible de trouver ces milliards, peut-on s’interroger, dans le contexte actuel d’envolée de la dette publique mondiale qui a atteint le niveau record de 92 000 milliards de dollars en 20223, avec plus de trois milliards de personnes vivant aujourd’hui dans des pays où les intérêts de la dette sont supérieurs aux dépenses de santé ou d’éducation ? En 2023, la dette publique mondiale a atteint le chiffre record de 97 000 milliards de dollars, soit une augmentation de plus de 5 000 milliards de dollars par rapport à 20224.

 

Menaces et défis

Sur le front économique, les super-riches et les oligarchies financières surfent toujours sur une vague de profits faramineux, de dividendes florissants et de revenus astronomiques, associés à des pratiques d’évitement fiscal généralisé, libres de toute entrave dans leur intention bien déterminée de préserver leur niveau de vie princier.

Comme l’a formulé le Maître de Benjamin Creme, « les riches ont aujourd’hui les mains libres pour tirer profit de tout ce qui se présente. Leur seule crainte est de manquer certaines opportunités5. » En conséquence, les classes sociales moyennes et défavorisées sont contraintes à supporter les coûts d’une inflation élevée, des prix élevés de l’énergie, du fardeau de la dette nationale, des guerres et du changement climatique – mais pas les super-riches. Pour cette raison, nombre de prestations sociales durement acquises par les populations dans les pays développés sont désormais rognées par les gouvernements au nom de la « bonne gouvernance », dans leur obédience aux marchés financiers et aux agences de notation qui leur sont affiliées (une alliance qui constitue l’une des « armes » favorites utilisées par les très riches dans leur tentative de contrôler nos vies), générant ainsi de la colère, du ressentiment, une augmentation de la délinquance et de la violence, ainsi qu’un degré plus élevé d’insécurité.

Cela ouvre la voie aux promesses faciles des partis politiques souverainistes ou nationalistes, avec leur recours flagrant aux archétypes du bouc émissaire et leur rengaine de demi-vérités. Nombreuses sont les élections qui se déroulent cette année dans le monde entier. Et un certain nombre de dirigeants « d’extrême droite » ou dits « autoritaires » ont déjà été élus (Argentine, Slovaquie…) tandis que d’autres devancent leurs concurrents dans les sondages pour les élections à venir.

Si nous nous référons aux écrits du Maître Djwal Khul (DK) dans le livre d’Alice Bailey, Extériorisation de la Hiérarchie, la situation politique actuelle semble, dans une certaine mesure, reproduire la situation qui existait pendant et immédiatement après la Guerre mondiale (1914-1945) : « La crédulité du citoyen moyen, son empressement à accepter ce qu’on lui dit, si on le dit assez haut et avec une force plausible suffisante, sont bien connus. Les phrases bien tournées du politicien entraîné, braqué sur ses desseins égoïstes, les arguments du démagogue à la langue dorée, exploitant quelque théorie favorite aux dépens du public, les rodomontades de l’homme qui a une cause, une théorie ou un intérêt personnel à faire valoir, tous sont facilement écoutés. La psychologie de masse et la détermination de la foule ont été exploitées au cours des siècles, car les émotifs, ceux qui ne pensent pas, sont facilement entraînés dans n’importe quelle direction ; jusqu’ici cela a été utilisé à leur propre avantage par des hommes qui n’avaient pas à cœur le meilleur intérêt de l’humanité. Cela a été utilisé à des fins égoïstes et mauvaises beaucoup plus souvent que pour le bien6. »

Fort heureusement toutefois, nous ne pouvons nier que de nombreux progrès ont été accomplis (et sont encore réalisés) dans le domaine de la coopération internationale, en particulier sous les auspices des Nations unies et de ses agences affiliées.

Tous les traités et accords pour œuvrer conjointement et de manière concertée pour un monde plus juste, plus sain et plus coopératif, ont accompli précisément ce qui a été recommandé par la Hiérarchie afin de développer un effort éducatif en faveur d’un Amour qui, comme l’indique Maître DK, est « intensément pratique et s’exprime par le service et l’activité de coopération7. »

Mais au vu de la situation mondiale actuelle, il est légitime de se demander : assistons-nous désormais à un échec des forces progressistes sous l’assaut des forces rétrogrades ? Verrons-nous un monde de nations-bunkers recroquevillées sur elles-mêmes, concernées uniquement par leurs seuls intérêts nationaux ?

Cela signifierait la fin de tout espoir d’inverser le changement climatique, de résoudre les problèmes de la faim, de l’extrême pauvreté, de mettre un terme aux guerres. Ce serait la fin de tout espoir de justice. L’identité des nations est certes sacrée, mais ce qui est en jeu c’est la coopération mondiale contre une vague de forces conservatrices réactionnaires centrifuges.

En Europe par exemple, la division et la séparation se tiennent désormais à la porte d’une des rares expériences relativement réussies d’intégration transnationale fondée sur un certain degré de démocratie, de liberté et de coopération.

Nous pouvons certes admettre que la démocratie dans l’Union européenne est loin d’être parfaite. Mais nous ne devons pas nous laisser tromper par les intentions des forces du matérialisme et du chaos à l’œuvre dans le monde dans leur tentative de briser l’unité européenne et la liberté dont jouissent les Européens – un atout sociétal précieux qu’ils tiennent pour acquis. Une fois de plus, la haine, la séparation et l’exclusion sont les outils utilisés par ces forces.

Cette opposition des forces réactionnaires n’est bien entendu pas totalement surprenante. Les Maîtres de Sagesse savaient évidemment depuis longtemps que l’atavisme enraciné dans la conscience humaine résisterait au changement. Le Maître DK écrivait en 1943 : « Les énergies spirituelles qui seront libérées susciteront forcément de l’opposition. L’égoïsme et la haine, avec leurs effets secondaires de cupidité, de cruauté et de nationalisme, ne sont pas morts, et ne mourront pas avant longtemps8. »

Si nous avons le moindre doute sur la véritable utilité de l’expérience de l’Union européenne, revenons aux paroles de Maître DK en 1943 : « Un monde divisé en « blocs » en vue d’une aide mutuelle et d’une économie partagée. De cela, le traité projeté entre la Grande-Bretagne, la France et le Bénélux est un échantillon expérimental, bien qu’entaché de motifs répréhensibles du point de vue de la Hiérarchie. La peur est le principal facteur conduisant à ce traité, mais il porte néanmoins, en lui-même, les semences de l’espoir. Il n’y a rien d’intrinsèquement mauvais dans un groupe de nations qui s’unissent pour s’entraider et coopérer économiquement9. »

Le front économique et le front politique semblent s’unir pour empêcher tout changement de direction profond et généralisé dans les affaires mondiales, comme si le nouveau monde était incapable d’émerger. Les anciennes habitudes ont la vie dure. Cela crée actuellement une situation très dangereuse. Pour citer le regretté philosophe italien Antonio Gramsci : « Le vieux monde est en train de mourir. Le nouveau met du temps à apparaître. Et dans ce clair-obscur, des monstres surgissent. »

 

Volonté-de-bien en action

Les lecteurs de Partage international savent que les Forces du Mal ont été vaincues mais que la porte n’a pas été scellée à la fin de la Guerre mondiale – qui a fait rage entre 1914 et 1945 (les deux guerres mondiales sont considérées par les Maîtres comme une seule temporairement interrompue après 1918 pour refaire surface en 1939).

Depuis lors, elles utilisent toutes les occasions possibles pour attiser la division, la compétition, l’avidité, la haine, le ressentiment et le désir de vengeance, que ce soit par le biais d’un nationalisme extrême, d’une bigoterie religieuse ou d’un asservissement économique. L’unité de toutes les forces de bonne volonté est donc d’une importance cruciale aujourd’hui pour exprimer la volonté de bien, pour affronter et vaincre toutes les forces réactionnaires et de division et la volonté-de-puissance qui se cache en arrière-plan, avant qu’il ne soit trop tard.

« En termes ésotériques, disons que le travail de la Hiérarchie consiste à focaliser la volonté-de-bien divine en ce qu’elle affecte l’humanité. Le travail des hommes spirituels est d’évoquer cette volonté-de-bien sur terre par une expression aussi complète que possible de la bonne volonté. C’est la bonne volonté des masses, centrée partout dans les Nations unies qui luttent pour la libération de l’humanité ainsi que dans le Nouveau groupe des serviteurs du monde, qui est suffisante pour invoquer la volonté-de-bien et elle est seule adéquate10. »

D’un point de vue spirituel, ce qui est en jeu, si nous écoutons les enseignements des Maîtres, c’est la capacité du Nouveau Groupe des Serviteurs du Monde et de tous les hommes de bonne volonté au sein de l’humanité à atteindre un point de tension spirituelle. Le Maître DK explique très clairement ce concept en relation avec la dernière phase de la Seconde Guerre mondiale : « N’oubliez pas que toute réussite […] dépend du maintien d’un point de tension. Ce point de tension implique une focalisation dynamique de toutes les énergies, mentales, émotionnelles et physiques, sur un point central d’activité organisée. […] C’est dans cet acte de tension que les Allemands échouèrent. Cela leur coûta la guerre ; leur tension céda, car le groupe de forces du mal, qui impressionnait les Allemands négatifs, fut incapable d’atteindre le point de tension auquel la Hiérarchie put parvenir lorsqu’elle fut renforcée par les Seigneurs de Libération11. »

Dans une certaine mesure, la situation aujourd’hui présente des similitudes. Les forces de la volonté-de-bien doivent atteindre et maintenir un point de tension élevé jusqu’à ce que les forces réactionnaires perdent leur emprise et que leur puissance commence à s’estomper. Cette tension ne peut exister que si toutes les parties liées à la volonté-de-bien sont unies et restent constantes dans leurs efforts.

Cela nous amène une fois de plus au concept d’« Amour » mentionné ci-dessus et à ses aspects pratiques externes, tel que décrit par Maître DK : « Tous les genres de travail, tous les efforts extérieurs des nombreuses organisations, doivent rencontrer une coopération et une aide aimantes. Dans un monde d’effort, nous sommes des points focaux d’amour. Notre objectif est d’aider les Grands Êtres, et de leur prêter une assistance intelligente, qui permettra à leurs plans pour l’humanité de se matérialiser12. »

Et aussi : « Quand les Nations unies seront parvenues à un pouvoir véritable et objectif, le bonheur du monde sera assuré. Qu’est donc ce bonheur, sinon l’amour en action ? […] Qu’est donc la coopération internationale, sinon l’amour sur une grande échelle13 ? »

 

Les forces spirituelles cosmiques sont avec nous

Le grand avantage en faveur des forces de la volonté-de-bien est que désormais Maitreya et 14 de ses Maîtres sont présents en pleine présence physique dans le monde, comme nous le savons. Maitreya a décidé de ne pas apparaître publiquement aux yeux de tous jusqu’à présent. L’humanité doit comprendre le fait qu’une telle extériorisation du Christ et de ses Maîtres nécessite une situation dans laquelle l’humanité démontre sa volonté de changer. Rappelons-nous que le Maître ne vient que lorsque le disciple est prêt, comme on le dit en ésotérisme. Sans doute distraits par nos propres aspirations et attentes, nous avons aussi peut-être tendance à oublier à quel point il est difficile pour les Maîtres de s’adapter aux conditions du monde.

Si nous nous référons une fois de plus à la déclaration de Maître DK au début des années 1940, nous pouvons avoir l’impression que peu de choses ont changé : « Nous avons un monde plein d’inquiétude, plein de souffrance, de luttes, un monde où le corps émotionnel des êtres humains est considérablement trouble, un monde où les animaux, les hommes, les femmes et les enfants souffrent, sont torturés, et meurent ; un monde où la faim, le péché, la maladie, la famine, la rapine, le meurtre règnent sans frein ; un monde dans lequel les formes de la religion existent, mais dont la vie est partie, dans lequel la science est prostituée à des fins d’argent et de haine, et dans lequel le produit de la terre ne sert pas à nourrir la race des hommes, mais la bourse de quelques-uns ; un monde dans lequel la foi est souvent sujet de railleries, dans lequel l’altruisme est considéré comme l’attribut des imbéciles, et dans lequel l’amour est exploité dans son expression la plus basse, le sexe. Est-ce une atmosphère où le Christ et ses disciples peuvent respirer ? Est-ce une condition où ils peuvent trouver des influences harmonieuses ? Est-ce un état de choses où ils peuvent travailler et vivre ? Les vibrations existant sur la planète sont-elles similaires aux leurs, et telles qu’ils puissent y répondre14 ? »

C’est pourquoi il est si important que toutes les forces progressistes soient unies dans un vaste réseau subjectif (un réseau d’âmes), unies dans la tension spirituelle qui canalise l’énergie de la Hiérarchie, aidées par l’Avatar de Synthèse et d’autres forces cosmiques, comme nous l’a enseigné Benjamin Creme. Je me permettrai de faire une dernière référence aux paroles de DK à propos de l’Avatar de Synthèse, qui nous donnent un aperçu d’une réalité que nous pourrions oublier : les forces cosmiques spirituelles sont derrière nous pour aider l’humanité à surmonter la crise actuelle.

« Il faut se souvenir que la synthèse est un aspect de la première caractéristique divine, la Volonté ou, plutôt, la Volonté-de-Bien. Cette énergie ou influence que le Christ lui-même maniera (et en vue de laquelle il s’est longuement préparé) produit la cohésion, un rapprochement et une tendance à la fusion et à l’union. La séparativité de l’humanité et son égoïsme ont atteint de telles proportions, et ses effets sont si complètement dominés par les forces du mal qu’en réponse à la rudimentaire demande de masse de l’humanité, la Hiérarchie a fait appel à une intervention spirituelle15 »

Si les forces progressistes restent concentrées dans leurs efforts pour exprimer l’Amour en action, elles finiront par vaincre les forces opposées, ce qui finira inévitablement par créer les conditions d’une émergence publique de Maitreya et de ses Maîtres.

Notes :
1. Le Maître Djwal Khul, par l’entremise d’Alice Bailey, in Extériorisation de la Hiérarchie (Ed. Lucis Trust), p. 341

2. Source : Stockholm International Peace Research Institute (Sipri).
3. Source : Conférence des Nations unies sur le commerce et le développement (Cnuced), 12 juillet 2023
4. Source : Cnuced, 4 juin 2024
5. Voir le commentaire du Maître de Benjamin Creme sur la crise de 2016, Partage international, juin 2024, p. 3.
6. Extériorisation de la Hiérarchie, pp. 339-340
7. Ibid., 341
8. Ibid., 434
9. Ibid., 573
10. Ibid., 355
11. Ibid., 443
12. Ibid., 463
13. Ibid., 541
14. Ibid., 463
15. Ibid., 581

Auteur : Luc Guillory, collaborateur de Share International demeurant à Dijon (France).
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