Partage international no 106 – juin 1997
par Aart Jurriaanse
A de nombreux égards, le monde traverse actuellement une période de chaos temporaire qui affecte aussi, et en particulier, les diverses Eglises, leurs dogmes et leurs doctrines théologiques. Les hommes, spécialement les jeunes générations, se révoltent contre le pouvoir traditionnel, l’autorité et la domination que certaines de ces institutions ont imposé pendant des siècles. Les méthodes d’investigation scientifique, d’analyse, de comparaison et de déduction ont pris racine dans l’esprit des hommes, qui les appliquent à tous les domaines de la pensée, y compris à la religion. Il en résulte que l’autorité traditionnelle de ces institutions caduques est remise en question et rejetée. On assiste à un éveil progressif de la conscience de l’âme, de ses pouvoirs et, combiné à une approche plus mentale, cela conduit au désaveu et au rejet du pouvoir des Eglises.
De nouveau, des recherches ont été entreprises sur l’origine et l’histoire des religions ainsi que sur l’élaboration de leur doctrine, et beaucoup des conceptions établies de longue date, sur la nature de l’homme, sa destinée et son âme, aussi bien que sur la nature de la divinité, ont été reconsidérées, voire même rejetées. Cela entraîne d’interminables controverses, de la confusion et de l’incertitude, d’où émergent chaque jour de nouvelles écoles de pensées. Mais de tout ce mélodrame, peu de nouveautés ont cependant réussi à se développer.
Deux courants peuvent être principalement dégagés de ce fatras de pensées, d’idées, d’idéaux, de spéculations et de théories jaillissant des nombreux mouvements de jeunes, des écoles de pensées, des Eglises, des religions et des sectes.
Premièrement, il y a les fidèles qui se cramponnent à leur religion traditionnelle sous toutes ses formes et qui ne supportent aucun changement. Ils appartiennent, en général, aux générations plus anciennes et préfèrent rester dans l’obédience de l’autorité religieuse ou théologique admise depuis les temps anciens, plutôt que d’obéir aux directives de l’âme consciemment reconnue. Ce groupe se distingue souvent par une attitude dévotionnelle, pouvant revêtir un aspect fanatique, alimenté par l’intolérance. Leur conscience étroite peut être déformée, aveuglée par des concepts dogmatiques qui se substituent au raisonnement logique d’un mental éclairé. L’intelligence divine dont ils ont été dotés est négligée, ils pensent que l’on peut l’appliquer à tous les autres aspects de la vie donnés par Dieu, mais assurément pas à leur religion. Ces intégristes se révèlent être des parangons de fossilisation dans le domaine de la religion. Etant incapables de s’adapter à ce monde d’idées nouvelles, de nouvelle vision et de développement spirituel qui se déploie progressivement devant nous, les points de vue qu’ils perpétuent, à l’unisson de leurs Eglises et de leurs institutions, sont condamnés à s’éteindre et doivent inévitablement disparaître de la pratique religieuse de l’avenir.
Deuxièmement, il existe un petit groupe d’ésotéristes, encore à l’état embryonnaire et qui ne forme qu’une faible minorité, mais qui prend rapidement de plus vastes proportions. Ce groupuscule n’est cependant pas composé de ceux qui se révoltent contre l’institution religieuse. En effet, ces derniers ne sont pour la plupart que de jeunes insoumis, rebelles à toute autorité et à toute tradition qui, souvent, ne proposent rien de substantiel pour remplacer ce qu’ils ont mis à bas ; encore que l’on puisse également distinguer, parmi ces révoltés, des mystiques, des idéalistes et des penseurs potentiels qui, après avoir atteint la maturité intellectuelle, retrouveront, en fin de compte, leur équilibre et pourront alors rejoindre les rangs du second groupe.
Des mystiques intellectuels
En réalité, ceux qui composent ce second groupe sont des êtres profondément orientés vers la spiritualité, et que l’on pourrait qualifier de mystiques intellectuels, car leur dévotion est établie sur le plan mental et non pas seulement nourrie de leur émotivité. Leur approche de la religion est filtrée par l’intermédiaire du mental où elle a été profondément et soigneusement considérée. Ils n’appartiennent à aucun groupe organisé, ni à aucune nation, race, couleur ou croyance particulière. Le seul lien qui les unit est un langage spirituel commun. Ils se reconnaissent, les uns les autres, par une même vie de pensée, entretenant le même noyau de croyances, sans être limités par aucun dogmatisme et rejetant les mêmes choses jugées non essentielles. Ils reconnaissent également le rôle joué par les chefs spirituels historiques, ainsi que les Ecritures, issues de leur enseignement, qui ont largement contribué à former une trame de croyances spirituelles à travers le monde.
Ce petit groupe doit être considéré comme les membres de l’Eglise universelle dont ils construisent les fondations subjectives, le noyau spirituel de la nouvelle religion mondiale qui, dans l’avenir, rassemblera les peuples du monde entier en une seule unité spirituelle.
Un cri général de détresse retentit, aujourd’hui, dans le monde religieux. Les hommes se détournent des églises. Ce n’est pas par manque de conscience spirituelle. Au contraire, on assiste, à travers le monde, à un éveil spirituel très significatif, accompagné d’une recherche pressante de la vérité. Jamais encore, l’homme n’a autant été orienté vers la spiritualité et n’a jamais eu autant besoin de valeurs, de réajustements et de reconnaissances spirituelles. Les hommes sont en quête de Lumière, mais où peuvent-ils la trouver ? Les Eglises classiques et leurs chefs n’en fournissent certainement pas les moyens, car, soit ils sont limités par l’étroitesse de leurs interprétations théologiques des Ecritures, que les masses n’acceptent plus, soit ils cèdent à l’excès contraire, vers une orientation trop matérielle ou politique.
Dans le passé, toutes les religions, y compris le bouddhisme, l’hindouisme, l’islamisme et le christianisme ont généré des esprits, des penseurs et des chefs hors du commun qui ont, en toute sincérité, érigé en doctrines leurs idées sur Dieu et sur la signification des Ecritures. Ces doctrines, au fil du temps, ont été acceptées de façon dogmatique par les religieux qui les ont imposées aux masses ignorantes incapables de penser. Mais, les plus jeunes générations en ont assez de ce système. Elles refusent qu’on leur dicte ce qu’elles doivent croire ou réfuter. Elles désirent raisonner par elles-mêmes et parvenir à leurs propres conclusions. Elles réclament la liberté dans tous les domaines et, par dessus tout, la liberté de pensée.
Ces avant-coureurs du nouvel-âge exigent qu’on leur fournisse les vérités et les faits fondamentaux, dans la mesure où ils sont disponibles, mais, qu’ensuite, on les laisse décider si ces vérités, faits, idées et points de vue leur paraissent acceptables. Alors, ils leur appartiendra d’intégrer dans leur credo ce que leur raison ou leur intuition admettra, et ceci provisoirement ou de façon définitive. Ensuite, ils tireront leurs propres conclusions et prendront leur décision finale. Si ces chercheurs ont des motivations honnêtes et sincères, leur développement spirituel est assuré et suivra son cours normal. L’homme ne sera jamais sauvé pas des doctrines théologiques, mais seulement par l’éveil et la croissance de la conscience christique dans son cœur.
On a mis l’accent sur l’effet limitatif et inhibant qu’exerce la vision étroite de nombreux religieux sur le développement spirituel de leurs fidèles. Il faut pourtant souligner que ces serviteurs de l’Eglise sont, pour la plupart, des hommes spirituels bien intentionnés qui travaillent de leur mieux, selon la lumière dont ils disposent. Mais, au cours de leur ministère, ils n’ont fait que propager des principes dogmatiques plutôt que d’être de purs canaux exprimant l’esprit du Christ immanent qui aurait dû les animer. Tout irait bien si seulement ces prêcheurs pouvaient se révéler être des hommes de Dieu, dans le vrai sens du terme, plutôt que des hommes d’église, et s’ils laissaient s’exprimer le Dieu immanent, à travers leur esprit infusé de l’énergie de l’âme. Ils seraient ainsi les véritables leaders de l’avenir. Ces hommes prendraient alors conscience qu’il n’y a qu’une seule religion et une seule Eglise : l’Eglise de Dieu. Ils réaliseraient que c’est le même Dieu qui œuvre à travers les diverses croyances, races et couleurs de l’humanité, ainsi qu’à travers les nombreuses organisations religieuses. Ils prendraient conscience que la plénitude de la vérité ne sera réalisée que par la synthèse finale en une Eglise universelle et dans une religion mondiale unique.
Auteur : Aart Jurriaanse, (1907-2002) : auteur sud-africain qui a effectué des compilations des livres d’Alice Bailey. Il est l’auteur de Bridges (Ponts, non traduit) qui est un commentaire de ces enseignements.
Thématiques : religions
Rubrique : Esotérisme ()
