La nouvelle éducation – Questions-réponses (2/2)

Séminaire 2008

Partage international no 247mars 2009

par Benjamin Creme

Q. En quoi l’utilisation de l’intuition aide-t-elle les éducateurs ? Comment l’éducation peut-elle aider à développer l’intuition ? Quel est le rapport avec l’éducation des gens en tant qu’âmes ?
R. Sans la faculté de l’intuition, il est, à ma connaissance, impossible d’éduquer qui que ce soit. Sans intuition, vous ne pouvez pas percevoir les besoins de la personne que vous éduquez. Si vous éduquez des jeunes gens de quatorze à dix-huit ans par exemple, vous devez pouvoir sentir qu’ils sont en pleine évolution. Vous n’êtes pas obligés de préciser que leur niveau d’évolution est de 1,358 ou 0,72. Il est inutile d’aller aussi loin dans la précision. Mais vous savez qu’ils approchent de la première initiation, ou bien qu’ils ont probablement dépassé la première initiation mais pas beaucoup plus. A ce que vous voyez d’eux, il se pourrait qu’ils en soient à 1,5-1,6, c’est-à-dire en train de passer de la polarisation astrale à la polarisation mentale. Cela, vous le sentez grâce à votre intuition. Cette intuition se base sur la pratique, l’expérience ; c’est le facteur numéro un. Mais l’intuition est avant tout une faculté de l’âme, et si vous fonctionnez en tant qu’âme, vous savez parce que vous savez.
Pourtant, je connais beaucoup de gens qui pensent qu’ils savent parce qu’ils savent – et qui se trompent ! Ce qu’ils prennent pour de l’intuition n’a rien à voir avec l’intuition. C’est leur mirage, tout simplement. Il y a un mirage que l’on prend pour de l’intuition, tout comme il y a un mirage que l’on prend pour de la connaissance. Il faut être capable de distinguer le mirage de l’intuition.
L’intuition est une qualité de l’âme, qui sait tout sur son plan. L’âme connaît le présent, le passé et l’avenir. Elle ne fonctionne pas dans le temps. Quand on élève sa conscience en la rapprochant de la vibration de l’âme, on développe un aspect de ce que nous appelons intuition.
Comment fait-on un tableau ? Par intuition. Comment un peintre sait-il ce qu’il va peindre, comment un musicien sait-il quelles notes choisir ? Il y a quelque chose qui le guide. Mozart, Beethoven, Rembrandt, Léonard de Vinci fonctionnaient à l’intuition. Vous avez une toile, mais il n’y a rien dessus. Vous avez des feuilles de papier avec des lignes sans la moindre note. Comment se transforment-elles en partitions, en symphonie, par exemple ? Comment une toile vierge devient-elle un tableau ? La toile n’est qu’un support. Comment devient-elle tableau ? Comment le peintre sait-il ce qu’il doit faire ? Vous pouvez mettre du rouge, du jaune, du bleu, du vert, du violet. Vous pouvez mettre la palette tout entière, même si, en règle générale, les peintres évitent de le faire – certains le font, et on voit le résultat. Quelque chose vous fait choisir. Qu’est-ce que c’est ? Vous choisissez un rouge et un bleu, ou un jaune et un violet. Puis, vous choisissez une nuance et un ton. Pendant votre travail, vous ne cessez de mettre en rapport la nuance et le ton d’une couleur avec la nuance et le ton d’une autre couleur. Les deux couleurs peuvent être côte à côte ou dans deux parties opposées de la toile. Tout vient de l’intuition. Vous faites ce que vous faites parce que vous savez ce qu’il faut faire, mais vous ne savez pas que faire tant que vous n’avez pas commencé le tableau.
En quoi l’utilisation de l’intuition nous aide-t-elle en tant qu’éducateurs ? L’intuition est nécessaire ; sans elle, toute éducation est impossible. Les élèves-enseignants vont à l’université où on leur emplit le cerveau de faits. Ensuite, ils appliquent ces faits, et cela s’appelle éducation. Mais quel est le but de cette éducation ? Certainement pas la vie. L’éducation consiste à transmettre aux enfants les formes-pensées qui se trouvent dans le cerveau des éducateurs du pays, les je-sais-tout de l’éducation. Les faits enseignés par ces enseignants dûment formés seront utiles aux étudiants à tel ou tel niveau professionnel. Tout est orienté vers le travail, les emplois, à un niveau ou à un autre, peu importe. L’université mène aux emplois de haut niveau, les autres établissements et les cours du soirs mènent à des emplois de niveau inférieur. Mais l’éducation dans son ensemble a l’emploi pour objectif. Elle ne fait nulle part vraiment appel à l’intuition. Cela ne signifie pas que certains enseignants n’ont pas l’intuition nécessaire pour distinguer les plus intelligents des moins avancés, pour reconnaître ceux qui auront besoin de travailler davantage pour acquérir les connaissances de base.
Il est impossible d’être peintre, musicien, scientifique ou enseignant à quelque niveau que ce soit sans faire appel à l’intuition. C’est l’intuition qui vous conduit à la vérité. Comment Einstein est-il parvenu à E = mc2 ? Par intuition. Il avait des problèmes en arithmétique élémentaire, mais il a découvert l’équation la plus fantastique, celle qui met l’énergie en relation avec la matière. L’énergie est égale à la masse multipliée par la vitesse de la lumière au carré. C’est une prise de conscience extraordinaire à laquelle on ne peut arriver que par intuition. Les grands découvreurs utilisent l’intuition, et l’intuition vient de l’âme. Initié de deuxième degré, Einstein était manifestement en contact avec l’âme et sensible à son impression. Il n’avait pas pour objectif d’éduquer le monde, mais son équation, sa prise de conscience, ont été une éducation spectaculaire pour l’humanité. D’une certaine manière, il a éduqué les hommes de son époque.
Quel est le rapport avec l’éducation des gens en tant qu’âmes ? Pour faire descendre l’âme de plus en plus dans la vie d’une personne, nous disposons de deux techniques : la méditation et le service. Rien n’est plus utile à l’invocation de l’âme que la méditation et le service. Ce sont les outils qui nous sont donnés, les chemins qui mènent à l’imprégnation de l’âme. L’imprégnation de l’âme est très lente. Chaque vie amène la personne plus près de son âme. Il peut parfois y avoir des vies paresseuses ou rétrogrades pendant lesquelles rien ou presque n’est appris. Mais si tout se passe bien, l’âme transmet sa lumière à la personne. Les particules atomiques de chaque individu sont petit à petit transformées en particules subatomiques. Le corps perd des particules atomiques qui sont de plus en plus remplacées par des particules de lumière, la nature même de l’âme.
En méditant et en servant de façon correcte et altruiste, sans aucun sens du moi, la personne absorbe automatiquement la lumière de l’âme qu’elle invoque en permanence dans sa méditation. L’âme donne de sa lumière à la personne qui grandit, et les véhicules changent. A la fin du voyage, l’individu est entièrement composé de particules subatomiques, c’est-à-dire de lumière. Il est devenu un Maître. En un sens, la seule différence entre un Maître et nous est que si nous pouvions voir le corps d’un Maître, nous verrions qu’il est entièrement composé de lumière, alors que le nôtre est composé de particules atomiques et d’un quota de particules subatomique de lumière.
C’est la nature qui s’exprime sous forme d’énergie. L’âme n’est que lumière ; elle est énergie. Elle n’a pas besoin d’un corps physique. Les Maîtres, en soi, n’ont pas besoin de corps physique. Beaucoup en ont un, mais beaucoup travaillent dans leur corps éthérique. Un corps physique n’a d’utilité que lorsqu’il est nécessaire que la lumière se voie. Normalement, ce que nous appelons lumière se manifeste sans corps physique. Plus le niveau de lumière est élevé, moins l’appareillage physique est nécessaire. Nous sommes lumière, mais nous avons besoin d’un véhicule physique pour comprendre le fait que nous sommes lumière. Quand nous allumons l’électricité dans une pièce, nous voyons la lumière qui en résulte, mais l’électricité elle-même n’a pas besoin d’appareillage électrique pour se manifester. C’est nous qui en avons besoin, mais l’électricité, qui est une manifestation sur le plan physique du feu électrique solaire, n’a pas de véhicule physique. Le centre spirituel du soleil, qui est la lumière elle-même, se manifeste sur le plan physique en tant que lumière ou chaleur.
Le processus d’imprégnation de l’âme a lieu lorsque nous méditons et servons. Une fois que nous sommes entrés tant soit peu dans ce processus d’imprégnation, nous ne pouvons plus être autre chose qu’imprégnés.

Q. Il faudra probablement que nos jeunes enfants voient et entendent Maitreya pour qu’ils soient convaincus que leurs parents ne sont pas idiots. Est-ce exact ? Comment conseillez-vous aux parents de procéder pour transmettre cette information aux enfants sans les conditionner ni faire pression sur eux ?
R. De quelle information parlez-vous ? S’il s’agit de tout ce dont nous avons parlé ce week-end, pourquoi chercher à le transmettre à vos enfants ? S’il s’agit de Maitreya, du Jour de déclaration, de l’expérience du Jour de déclaration, pourquoi vos enfants penseraient-ils que vous êtes idiot ? Il ne me serait jamais venu à l’esprit de penser que quelqu’un qui aurait élevé ses enfants correctement se verrait par eux traité d’idiot parce qu’il leur aurait dit la vérité. Je ne comprends pas très bien votre question parce que je ne comprends pas très bien ce que vous voulez dire par « cette information ».
Je ne pense pas que l’affirmation : « Il faudra probablement que nos enfants voient et entendent Maitreya pour qu’ils soient convaincus que leurs parents ne sont pas idiots » soit exacte. En règle générale, ce que disent les parents est parole d’évangile pour les enfants. Ils croient plus volontiers ce que disent leurs parents que ce que d’autres parents disent à leurs enfants. Je ne vois pas où est le problème. De toute façon, si vous communiquiez cette information à un enfant, il ne pourrait s’en faire qu’une très vague idée.

Q. Quelle est la meilleure façon de servir dans un monde où règne tant de pauvreté et de misère ?
R. Le monde compte environ six milliards et demi d’habitants, ce qui est beaucoup trop. Il peut en contenir facilement quatre à cinq milliards, et ce chiffre finira par être atteint. Il y a dans ce monde beaucoup plus de gens qu’il n’en faut et que la planète ne peut en nourrir. Pourtant, il y a sur la Terre largement assez de nourriture et de matières premières pour tout le monde. Seulement elles ne sont pas distribuées.
Si vous habitiez Mexico, par exemple, ville de vingt-deux à vingt-quatre millions d’habitants, vous vous rendriez compte qu’il y a beaucoup trop de monde. La plupart des gens vivent dans les banlieues qui sont interminables. Les gens y sont si pauvres, si démunis. Ils habitent dans des bidonvilles.
Quand vous vous rendez à l’aéroport, il vous faut vous arrêter aux feux rouges. Les gens se précipitent vers votre voiture pour vous vendre des roses ou des billets de loterie périmés. Une petite fille qui n’a rien à proposer fait la roue devant votre véhicule. C’est la seule chose qu’elle a pu imaginer pour glaner quelques pesos. Dans une ville qui regorge d’hôtels de luxe et de gens riches.
Je me souviens d’une vieille femme assise sur un banc, sur un carré d’herbe pelée devant une église qui était fermée. Elle s’était assise sur ce banc parce qu’il se trouvait là. Il était assez nettement en retrait par rapport au trottoir. Les gens passaient sur le trottoir mais ne s’approchaient pas d’elle. Elle avait un petit pèse-personne à ses pieds afin que les passants puissent s’arrêter, se peser et lui donner quelques pesos. Mais ils ne s’arrêtaient pas. Personne ne se pesait. Personne ne montait sur la balance. Ils ne la voyaient même pas. C’est tout ce qu’elle avait à vendre, une bascule de salle de bain, dans l’espoir que quelqu’un l’utiliserait. Cette pauvreté fend le cœur. A la périphérie de Mexico se dresse une épouvantable montagne de déchets où les détritus brûlent jour et nuit. Pour subsister, des centaines de gens fouillent ces ordures afin d’en extraire les moindres bricoles susceptibles d’être vendues. Nous avons publié un article à ce sujet dans un des premiers numéros de Partage international. Lorsque les ressources mondiales seront enfin partagées, que la paix et la justice seront des faits établis, ce sont de nombreux boulevards de service et de connaissance qui s’ouvriront devant ceux qui désirent servir et sont impatients de le faire.

Auteur : Benjamin Creme, (1922-2016) : artiste et ésotériste britannique, ancien rédacteur en chef de Share International. Son contact télépathique avec un Maître de Sagesse lui permettait de recevoir les informations les plus récentes concernant l’émergence du Christ et de s’exprimer sur les enseignements de la Sagesse éternelle.
Thématiques : spiritualité, éducation
Rubrique : Dossier ()