Partage international no 373 – septembre 2019
par Felicity Eliot
Depuis le décès de Benjamin Creme (BC) il y a bientôt trois ans, des discussions ont lieu au sein du groupe mondial sur des sujets importants que je vais essayer de rassembler ici. Certains ont été brièvement abordés lors des séminaires de 2018 en Europe et 2019 aux Etats-Unis.
Lorsqu’un leader charismatique meurt se pose la question de sa succession. Je pense que BC a pris la décision délibérée de ne pas nommer de successeur. Il n’aurait pu en être autrement, car il connaissait parfaitement les caractéristiques toutes particulières de notre groupe. Nommer un nouveau leader aurait été contraire à tout ce qu’il défendait.
Quelques années avant sa disparition, on lui avait demandé qui continuerait son travail. Il avait répondu que les milliers de personnes qui avaient travaillé avec lui en étaient capables. BC et son Maître ont souvent dit, lorsqu’on leur posait des questions sur la structure des groupes du Verseau, que le concept de dirigeant appartenait au passé. En même temps, tout dans la nature est hiérarchisé : sur le chemin de l’évolution, il y en a toujours qui nous précèdent et d’autres qui sont derrière. Mais dans les groupes ésotériques, même si les différences de niveau de conscience sont une réalité, un niveau supérieur supposé ne saurait conférer le droit de dominer, de contrôler ou diriger.
Au fil des années, BC a régulièrement été consulté par des personnes qui avaient vécu des expériences inhabituelles – des rencontres avec des Maîtres ou leurs représentants, des sauvetages miraculeux, des visions, des rêves, etc. Lorsqu’elles étaient authentiques (et non le fruit de l’imagination), ces expériences ont été confirmées en tant que telles par le Maître de BC. Dans certains cas, BC a ainsi pu confirmer à l’intéressé qu’il avait été en contact avec un Maître. La personne en question peut considérer cette information comme un encouragement et nous pouvons en éprouver reconnaissance et gratification : un contact plus conscient avec les Maîtres se développe peu à peu et le groupe peut en bénéficier dans une certaine mesure. Bien entendu, la frontière entre la réalité et le mirage est mince. On peut croire être en contact avec un Maître alors qu’il n’en est rien, et à l’inverse, un contact authentique peut être tourné en dérision et rejeté.
On m’a parfois demandé de transmettre de telles confirmations de la part de BC et de son Maître. J’ai ainsi pris conscience qu’un certain nombre de personnes étaient dans une certaine mesure en contact avec un Maître ou un autre. Il peut s’agir de membres du groupe, ou des personnes qui en sont proches. Dans un cas, ça concernait une personne qui n’avait guère de lien avec le groupe. Les Maîtres impliqués peuvent inclure ou non le Maître de BC. J’ai bien peur de ne pas être en mesure de fournir la moindre preuve, car je dois respecter la vie privée des personnes concernées, mais ce que je peux dire, c’est que leur identité n’est pas évidente. Je tiens à préciser qu’il ne s’agit pas de moi. Je tiens également à souligner qu’il n’est pas question que de tels disciples ou Maîtres « prennent le contrôle » de ce groupe. Mais, si nécessaire, un conseil pourrait leur être demandé.
Par contact avec un Maître, je ne parle pas seulement de la fusion de la conscience d’un Maître et d’un disciple, comme dans la relation que BC entretenait avec son Maître. Un contact peut englober un large éventail de possibilités : par exemple une communication télépathique entre le Maître et le disciple. Il peut également s’agir d’une étape du discipulat où la personne est ouverte à l’impression et peut entendre ou capter assez clairement une idée ou une suggestion donnée par un Maître dans un but particulier. Cela peut également faire référence à une formation, un entraînement que certains membres du groupe savent qu’ils reçoivent pendant la méditation ou les heures de sommeil. La liste des possibilités est aussi variée que les types de contact dont sont capables les disciples. Il est bon de rappeler que la capacité à être ouvert à l’impression mentale d’un Maître nécessite seulement un point d’évolution de 1,6 – rien d’autre, et en particulier aucun accomplissement majeur. Il y a certainement là une information qui devrait aiguiser notre aspiration.
BC et le maître Djwhal Khul ont écrit sur ce sujet :
« Un groupe est constitué d’individus à différents stades d’évolution. Je sais que j’ai indiqué, que l’une des conditions requises à l’initiation de groupe était l’existence d’un groupe de disciples se trouvant à peu près au même niveau d’évolution. Mais cela doit s’entendre dans un sens très général. En réalité, tous les groupes sont constitués d’individus se trouvant à divers niveaux d’évolution. Il y ceux, la majorité, qui auront pris la première initiation. Il y en aura peut-être quelques-uns qui ont pris la deuxième, voire la troisième. » (B. Creme, la Mission de Maitreya, tome II, Ch.16)
J’ai remarqué que les membres du groupe ne semblent pas se rendre compte qu’ils travaillent aussi dans une relation avec le Maître de BC ou avec leur propre Maître. Ainsi, grâce à la relation de BC avec son Maître, nous avons pu bénéficier de son attention et de ses conseils. Autant que je sache, dans presque tous les cas, le contact se fait du Maître vers le disciple et non l’inverse.
Cristallisation ou liberté
Un autre facteur qui influe sur le travail du groupe lorsque son enseignant ou fondateur a disparu est la tendance à la cristallisation : les gens veulent éviter tout changement ; les paroles de l’instructeur deviennent des dogmes ; les traditions sont converties en rituels. Une atmosphère et une culture se développent, que l’on peut qualifier de « religieuses ». L’inutilité de tant de groupes ésotériques aujourd’hui devrait nous alerter. Pour rester pertinents, il nous faut accepter le changement. Si un groupe n’est pas capable de répondre aux besoins du temps, les Maîtres passent simplement à un groupe plus réceptif.
En 1927, dans une conférence intitulée Qui apporte la vérité ? Krishnamurti mit en garde avec prescience contre d’autres tendances que l’on peut observer dans un groupe ayant perdu son fondateur :
« Quand Krishnamurti mourra, ce qui est inévitable, vous créerez une religion, vous élaborerez des règles, car vous serez convaincus que Krishnamurti vous a révélé la vérité. Ainsi, vous construirez un temple, vous commencerez à organiser des cérémonies, à inventer des formules, des dogmes, des systèmes de croyances, un credo et des philosophies. Le temple que vous construirez sur la base de ce que je vous ai dit sera votre prison, et il vous faudra faire venir un autre Maître pour vous en extraire, pour vous sortir de cette étroitesse d’esprit et vous libérer. Mais le mental de l’homme est ainsi fait que vous construirez un nouveau temple autour de cet autre Maître, et ainsi de suite.
Mais ceux qui comprennent, qui ne dépendent d’aucune autorité, qui peuvent englober toute l’humanité dans leur cœur, ne construiront pas de temple : ils comprendront vraiment. C’est parce que quelques-uns ont vraiment voulu servir qu’ils ont trouvé cela simple. D’autres parlent beaucoup et essaient d’interpréter les enseignements ; mais ils n’ont pas compris et auront des difficultés… » (Qui apporte la vérité ? Allocution prononcée à Eerde (Pays-Bas), le 2 août 1927)
Le Plan et la nécessaire adaptabilité
Comme nous le savons, les plans hiérarchiques ne sont pas rigides ; le changement est la nature de la réalité et l’adaptabilité est une aptitude que les Maîtres de Sagesse ont perfectionnée au cours de milliers d’années à devoir constamment ajuster leurs plans, notamment en raison du libre arbitre dont jouit l’humanité. Notre groupe lui-même a été confronté maintes fois depuis 1982 à la nécessité d’ajuster ses plans et ses attentes.
A en juger par l’état chaotique du monde à l’heure actuelle, il est difficile d’imaginer que Maitreya et les Maîtres puissent se faire connaître davantage pour l’instant. La tension est telle à présent que toute forme d’émergence subtile de Maitreya et des Maîtres serait à peine remarquée. Que le processus prenne plus de temps semble une hypothèse raisonnable. Les médias, censés représenter l’humanité, regardent ailleurs et ils sont en outre la cible de nombreuses critiques.
En 2016, quelques mois avant sa mort, BC a déclaré que nous ne devrions pas être surpris ni inquiets si l’Emergence et le Jour de Déclaration ne se passaient pas exactement comme il l’avait indiqué. Cela pourrait être différent. Il pourrait s’agir d’un processus progressif, impliquant éventuellement un recours accru à l’adombrement, comme ce fut le cas lors des funérailles de la princesse Diana en 1997. Cette version semble avoir été confirmée dans Partage international (septembre et octobre 2016) par quelques questions et réponses de BC confirmant des adombrements, à l’époque limités au Royaume-Uni. Nous les reproduisons ci-dessous :
Q. Le 6 juillet 2016 et le 21 juillet 2016 vers 11 h 45 (heure britannique), certains ont eu l’impression qu’un type spécial de bénédiction avait lieu. L’événement a duré de 15 à 30 mn chaque fois. Était-ce une bénédiction ? Provenait-elle de Maitreya ?
R. Oui, c’était une bénédiction de Maitreya ; un avant-goût de celle qui doit se produire. Ces bénédictions étaient un adombrement général, du même type que celui qui a eu lieu lors des obsèques de Lady Diana. Il s’agit d’une répétition de ce qui semble être le début du processus d’émergence, qui conduira au Jour de Déclaration. Ces bénédictions ont été très significatives. Tout le monde n’est pas encore en mesure de répondre consciemment à un pareil adombrement, mais cela viendra.
Q. Ces adombrements ont-ils eu lieu partout dans le monde ?
R. Non, ils se sont limités au Royaume-Uni.
L’expérience a montré le décalage qui existe entre nos attentes et la réalité laquelle est toujours plus subtile. Pour que l’émergence de Maitreya et des Maîtres soit acceptable pour l’humanité, le processus dans son ensemble doit sembler complètement naturel, et non surnaturel, extravagant ou spectaculaire, du moins au début. Comme Maitreya l’a dit lui-même : « Mon intention est de garder secret, pendant un certain temps, mon véritable statut. Cela vous permettra de me voir comme l’un d’entre vous, un homme parmi les hommes. Rien de ce que je ferai ne semblera extraordinaire. Rien de ce que je dirai ne sera bizarre ni étrange. Mon approche sera simple, en vérité. De ce fait, vous pouvez en être assurés. » (Message n° 61 du 14 février 1979)
Au sujet des délais, des ajustements et des espoirs, Maitreya a fait des commentaires très intéressants, le 15 novembre 2003, lors d’une visite au centre d’information d’Amsterdam où se trouvaient neuf membres du groupe, sous la forme d’un « familier ». Il a parlé de la façon dont certains « attendent » l’apparition de Maitreya. Il a également souligné que le processus avait pris plus de temps que lui-même ne l’avait anticipé et qu’il se déroulait peut-être bien différemment de ce qu’il avait imaginé.
« Il y a des gens dans ces groupes qui sont toujours en train de demander : « Quand Maitreya va-t-il venir ? – Combien de temps devrons-nous encore attendre ? – Pourquoi est-ce si long ? » Mais pourquoi poser toutes ces questions ? On ne peut réellement dire qu’il vient, car il est là. Il est déjà ici. Ne le savent-ils pas ? Ne le voient-ils pas ? Il s’agit de sa présence dans le monde – et c’est en train d’arriver. Peut-être cela a-t-il pris plus longtemps qu’ils ne l’avaient espéré. Cela a pris plus longtemps que je ne l’avais moi-même espéré, et peut-être cela se passe-t-il différemment de ce que nous attendions, différemment de ce que j’avais moi-même espéré, mais cela a lieu. Il est ici. Je n’ai pas le moindre doute à ce sujet. Tout se déroulera pour le mieux. Tout va bien. Pas l’ombre d’un doute, pas le moindre. Bon nombre de personnes savent qu’il est ici, ils le savent intérieurement, intuitivement. Et bon nombre d’autres sont prêtes à accepter l’idée que Maitreya est parmi nous. »
Un membre du groupe a regretté que les gens jettent à peine un coup d’œil à nos stands et ne s’arrêtent pas. Alors que nous espérons tant qu’ils prennent des prospectus ou demandent des informations. Maitreya répondit : « Juste être là. Être là, tout simplement. Tout le monde ne va pas être intéressé. Les gens sont plongés dans leurs propres pensées. Le plus important est simplement d’être là ; ceux qui sont prêts répondront. Il ne vous appartient pas d’espérer. Vous n’avez pas à espérer ou à vouloir quoi que ce soit. Contentez-vous de faire ce que vous faites. Donnez simplement l’information si les gens la demandent. Voyons, nous n’allons pas essayer de les convertir. Nous ne sommes pas là pour faire du prosélytisme. Nous ne sommes pas des missionnaires. Nous leur répondons s’ils nous posent des questions. Le plus important est qu’en essence tout est ici. » (PI, mars 2004)
Maitreya semble nous encourager à travailler sérieusement et avec détachement. Si nous faisons simplement ce qui doit être fait, d’un point de vue à la fois pratique et psychologique, l’espoir n’est plus nécessaire du fait de notre conviction totale. La conviction est de l’espoir rendu vivant et réel. Cela peut sembler déroutant ; si j’ai bien compris, notre tâche est d’inspirer de l’espoir aux autres. Nous avons une conviction et donnons de l’espoir aux autres. Nous présentons une vision positive de l’avenir et le faisons avec conviction.
S’adapter aux besoins
Voici un extrait d’un article du Maître de BC, Le chemin de l’avenir, dans lequel il fait allusion au Conseil hiérarchique de 1425, qui a amené les Maîtres à s’adapter aux circonstances et aux besoins du temps.
« Depuis 1425, la Hiérarchie a adopté un nouveau rythme de travail. Tout ce qui relève du Plan a été revu et de nombreux projets nouveaux ont été lancés. Cela a entraîné une restructuration des méthodes et des procédures permettant la mise en œuvre du Plan, et marque à bien des égards une rupture avec le passé. Tandis que les Maîtres se préparaient pour leur retour programmé, des systèmes séculaires ont été modifiés et adaptés aux besoins des hommes sur le sentier de l’évolution. Ainsi nous sommes-nous préparés à revenir dans le monde manifesté. L’apparition de nos visages marquera le début de l’ère des changements qui vont transformer le monde. » (Un Maître parle, septembre 1985)
