« Dieu a mis dans ma bouche un chant nouveau »

Partage international no 65février 1994

Interview de Heather Woods par Dahlia Carr

Depuis son enfance, la vie de la révérende Heather Woods, de Lincoln (Angleterre), mystique et visionnaire, a été une succession de souffrances traumatisantes, tant au niveau physique qu’affectif : une enfance malheureuse, un mariage heureux mais tragiquement bref, et une série de maladies catastrophiques qui l’ont conduite il y a trois ans à être admise dans un service hospitalier pour incurables. C’est alors que les miracles débutèrent : stigmates aux mains et aux pieds, apparition de pouvoirs de guérison, et l’inspiration d’enseignements spirituels. Ses messages d’espoir et d’amour inspirent aujourd’hui des milliers de personnes. Oubliant ses souffrances, elle ne pense qu’au bien d’autrui et éprouve un amour intense pour Dieu et sa création. Petite et frêle, elle possède cependant une immense force intérieure et une voix douce et bienveillante ; le mot « amour » apparaît dans tout ce qu’elle dit. Pour Dahlia Carr, qui s’est entretenue avec elle pour Partage international, la rencontre fut inoubliable.

Partage international : Pouvez-vous nous donner quelques informations sur votre enfance ?
La révérende Heather Woods : Je suis née le 6 juin 1949. Mes parents se sont mariés alors que ma mère n’avait que 17 ans, et mon père 21. Ils eurent cinq filles en l’espace de sept ans. Mes premières années furent heureuses ; nous allions à l’école maternelle et avions beaucoup d’amis. Mais nous ne sentions pas la discorde grandir entre nos parents.
Dès l’âge de 7 ans, nous avons été placées dans des institutions pour enfants. J’y suis restée jusqu’à mes 18 ans. Pour toute « vie de famille », je n’ai connu que ces institutions.
Carol, ma sœur aînée, est morte d’un cancer à l’âge de trois ans. En ce qui me concerne, j’étais affligée d’une scoliose congénitale que l’on ne découvrira que 14 ans plus tard : les médecins, appelés pour de violentes douleurs du dos, constateront, outre cette scoliose, que j’avais une jambe plus courte que l’autre d’environ 5 cm (je portais déjà une chaussure surélevée, ce qui me valait la moquerie de mes camarades d’école) et me feront opérer.
Ma mère a sombré dans la dépression nerveuse. Je ne parviens pas à me souvenir des quelques années passées à la maison, mais la vie dans ces institutions était inhumaine. Les menaces et les sévices physiques y étaient quotidiens. Par exemple, on nous jetait une tasse de thé à la figure puis, sous prétexte de nous nettoyer, on nous plongeait dans un bain d’eau glacée où l’on nous étrillait avec une brosse dure. Ou bien, on nous enfermait à clé dans une pièce, dans le noir complet…
Alors que j’avais sept ans et que j’étais sur le point d’être placée, mon oncle vint à la maison et me viola à deux reprises. Je m’en souviens comme si c’était hier.
En neuf ans, j’ai connu huit institutions, et une faim quasi permanente. J’allais bien à l’école, mais l’accueil que l’on y réservait aux enfants de l’assistance me rendait d’une nervosité et d’une timidité extrêmes ; on s’arrangeait toujours, en effet, pour nous faire sentir que nous étions indésirables, que personne ne nous aimait. C’est comme si nous étions punis. On faisait tout pour nous convaincre que nous ne pouvions compter sur personne pour nous prendre dans ses bras. Nous ne connaissions ni caresses, ni marques de tendresse. Nos seuls contacts physiques, c’était les gifles et les coups de bâton. Pendant quelques temps, mes trois sœurs et moi sommes restées ensemble, mais, naturellement, nous réagissions chacune à notre manière, en fonction de nos tempéraments. En ce qui me concerne, chaque fois que je le pouvais, je tentais de m’enfuir, loin des sévices et des châtiments inhumains qu’on nous infligeait — mais c’était pour être battue à nouveau lorsqu’on me ramenait.

PI. Aimiez-vous l’école ?
HW. Oui. J’étais une bonne élève, toujours dans les premières. Car j’avais remarqué que de bien travailler me valait l’attention de mes professeurs : plus j’étudiais, plus ils m’appréciaient. C’est ainsi que je finis par exceller dans la plupart des matières. Mes deux dernières années de collège furent très heureuses ; j’étais aimée des élèves et des professeurs, ce qui me valut d’avoir la charge de la discipline de la classe, puis d’être nommée bibliothécaire, et enfin chef de groupe… C’est là que, pour la première fois, je me sentis acceptée et estimée par les autres. De telle sorte qu’à 16 ans, je commençais à voir qu’il y avait de l’amour dans le monde.
Je décidai, à cette époque, de me faire raccourcir la jambe droite et passai 16 mois dans un service orthopédique. Ma mère, que je n’avais pas revue depuis longtemps, m’avait promis de venir me voir à ma sortie. Bien que nous ne nous voyions qu’une ou deux fois par an, je l’aimais énormément. Mais elle était pauvre, et je fus envoyée dans une institution si éloignée qu’elle n’eut pas les moyens de se payer le voyage, ainsi qu’elle me l’écrivit. Deux jours plus tard, la directrice nous convoqua pour nous apprendre, brutalement et froidement, son suicide. Je n’eus même pas la permission d’aller la voir une dernière fois. Ce refus, qui venait après une opération douloureuse, me plongea dans le désespoir. Je m’enfuis et j’absorbai une dose massive de médicaments. On me retrouva heureusement à temps, et l’on me plaça dans un foyer de jeunes filles.
C’est là que plusieurs phénomènes commencèrent à se produire. Je découvris que je pouvais parfois lire dans la pensée des gens ; j’avais aussi des prémonitions de toutes sortes. Il suffisait que quelqu’un passe à côté de moi pour que je voie toute sa vie défiler au ralenti devant mes yeux.

PI. Quelle fut votre première vision et votre première expérience spirituelle ?
HW. J’avais confié à ma tante Ann que j’avais besoin de retrouver confiance et espoir dans la vie. Comme je n’avais jamais vraiment prié, elle me conseilla de demander ce que je voulais. Car, selon elle, Dieu entend toujours nos prières ; et s’il refuse parfois de les exaucer, c’est parce qu’il connaît l’avenir. « Prie sérieusement, me dit-elle, demande, et tu obtiendras de l’aide. » Je suivis donc son conseil, sans trop y croire. Je me mis à genoux, joignis les mains, et commençai à prier. C’était juste avant Pâques.
Une présence, une lumière merveilleuse apparût alors sur ma droite. La chambre toute entière semblait vivre, remplie d’une énergie stupéfiante. Une voix (que j’entendis dans ma tête) me dit que je n’étais plus seule, désormais. Cela me parût durer des heures entières. Je ne voulais pas quitter cette présence, je refusais que cette chaleur merveilleuse disparaisse. La voix m’assura à nouveau que je ne serais plus seule. Puis ma tante frappa à la porte — tout cela n’avait duré que quelques brèves minutes — et je lui racontais ce que je venais de vivre.

PI. Que se passa-t-il à votre sortie du foyer ?
HW. Peu après ma sortie, alors que j’étais sans logement, je rencontrai un monsieur handicapé qui, ayant appris ma situation, me proposa de partager son appartement. Je ne le connaissais pas, mais j’acceptai quand même sa proposition. Nous sommes restés ensemble trois ans. Je travaillais la journée, puis je revenais m’occuper de lui le soir. Ce qui me plaisait, car nous nous aimions beaucoup, et il remplaçait le père que je n’avais jamais eu. Nous évitions les contacts sociaux, qui, alors, ne m’intéressaient pas. Un jour, pourtant, j’acceptai une invitation au bal. J’y rencontrai Wayne, qui devint mon mari 11 semaines plus tard.
Au bout de deux ans de mariage, j’accouchais d’un fils ; puis, trois ans après, d’une fille, qui vint compléter notre famille. J’étais comblée et heureuse. Mon mari travaillait, mais il tomba malade et mourut en quatre mois d’un cancer des intestins. C’était en 1981, j’avais 32 ans. Six ans plus tard, je fus hospitalisée pour une colite ulcérative. Dès lors, ma santé se mit à décliner rapidement. Au cours de ces cinq dernières années, j’ai subi huit interventions chirurgicales importantes et fait 60 séjours à l’hôpital. Lorsque mes forces furent trop faibles pour supporter une nouvelle opération, on me transféra à l’Hôpital pour incurables de Saint-Barnabé pour y finir mes jours dans la dignité et avec un minimum de souffrances. C’était il y a 18 mois.
C’est là que j’eus ma première vision. Alors que mes amis et mes proches venaient me rendre leurs dernières visites, je ne me sentis soudain plus disposée à partir. Pour la première fois de ma vie, je voulais vivre. Je ressentais de plus un appel intense à servir notre Seigneur ; si bien que, cette nuit-là, je m’abandonnai complètement entre ses mains. « Je veux te servir, Seigneur, lui dis-je, quelle que soit ta volonté, mais j’ai besoin de force. Tu me connais : c’est tout ou rien ; je me donne à 100 % ou pas du tout. » Survint alors la première vision.

PI. Etiez-vous profondément religieuse avant cette expérience ?
HW. Non, pas vraiment, pas plus que n’importe qui. Ce n’est que lorsque j’ai dû soigner mon mari que je me suis mise à prier sérieusement (pour demander l’aide et la force nécessaires). Je réalisai alors qu’il devait y avoir autre chose, quelqu’un qui se sentait concerné par ce qui m’arrivait et qui m’aimait. Mais cet appel n’a pris une telle force qu’au cours des 18 derniers mois, après mon entrée dans le service des agonisants.

PI. Pouvez-vous nous décrire la vision que vous avez eue dans le service pour incurables ?
HW. J’ai senti une merveilleuse présence, une vision, si vous préférez ; la sensation que je n’étais pas seule. Une voix m’appelait, me disant que 90 jours plus tard je subirais une transfiguration qui transformerait ma vie. Mes amis croyaient que j’allais mourir, quitter mon ancienne vie de souffrance pour en entamer une nouvelle auprès du Seigneur, mais je sentais, bien que confusément, que ce qui m’attendait n’avait rien à voir avec cela. Trois semaines après ma sortie de l’hôpital, je remarquai une petite cloque dans la paume de ma main droite et passai la nuit sur la Croix avec notre Seigneur. Je ne souffrais pas ; je ressentais seulement de l’amour et de la compassion, l’amour de Dieu pour toute la terre. Trois jours plus tard, les cloques dans mes deux paumes s’étaient ouvertes et saignaient.

PI. Vous avez parlé d’un pilier de lumière. Pouvez-vous nous en dire un peu plus ?
HW. Ce pilier est apparu en octobre dernier, dans cette pièce, lorsque, ayant très mal, je me suis mise à prier. Il paraît animé de pulsations de lumière et de chaleur, qui ressemblent à une série d’anneaux ; ses extrémités sont invisibles. Il apparaît où que je m’assoie, dès que ma prière et que ma relaxation s’approfondissent et que j’absorbe l’amour : il semble entrer par le sommet de ma tête et me baigne entièrement. C’est comme un bain de jouvence, spirituel et physique à la fois. Il me maintient en une sorte d’apesanteur au-dessus du corps et de la souffrance. Je voudrais que cela dure tout le temps ; mais j’ai trop de travail, que je suis heureuse de faire.

PI. Avez-vous perdu votre foi en Dieu lorsque vous avez su que vous aviez un cancer ?
HW. Pas du tout. Je crois que ma foi et mon amour pour Dieu m’ont fortifiée, ce que beaucoup ont de la peine à comprendre quand on a ce qu’ils considèrent comme une maladie mortelle. Pourtant, ce n’est qu’une maladie physique et, encore une fois, c’est l’amour, la confiance et la foi qui peuvent surmonter tout ce qui ne fonctionne pas harmonieusement dans le corps. Cela m’a rapprochée de Dieu.

PI. Quand avez-vous commencé à pratiquer des guérisons spirituelles ?
HW. Il y a environ trois ans, quand j’ai fait la connaissance du Père Eric. J’étais allée le voir car je devais subir une nouvelle fois une intervention importante. Je souffrais beaucoup, j’étais très malade, et je voulais qu’il me « remonte » et me donne la force d’affronter l’opération. Je suis repartie transformée, à tel point que deux ou trois semaines après ma sortie de l’hôpital, je collaborais à son travail de guérison spirituelle (tantôt nous visitions les malades, tantôt ils venaient nous voir). En un sens, le fait de recevoir des soins spirituels tout en en donnant de mon côté, malgré mes douleurs, m’a beaucoup apporté. Tout le monde a des dons ; si on les met au service d’autrui, cela nous enrichit. Pour moi, ce fut une période féconde et merveilleuse.

PI. Pouvez-vous nous parler de la transfiguration ?
HW. Elle a eu lieu le 9 septembre ; alors qu’il était 3 heures du matin, je me suis retrouvée en train de m’approcher d’une foule. J’étais au-dessus d’elle, attirée vers elle ; je savais que ces gens m’attendaient, parce qu’il fallait que je me tourne vers eux ; puis je vis deux hommes dans une rivière ; je m’approchai d’eux, entrai dans l’eau, qui me parut aussi douce que de l’huile tiède. Un homme me tendit la main, et comme j’allais l’atteindre, je me suis retrouvée dans la Chambre haute.
Dans cette chambre se trouvaient 11 hommes ; chacun d’eux vint me saluer, puis me souleva et me reposa à côté de lui. Le onzième était assis ; il me tendit la main. Lorsque je m’avançai pour la prendre, je sus que c’était notre Seigneur. Et sitôt que je la touchai, je me retrouvai sur la croix, où je ressentis la compassion et l’amour qu’il avait lui-même ressentis lors de la crucifixion. Ce fut cela, la transfiguration qui m’avait été annoncée. Et ce n’était pas un simple rêve ; car, quelques instants plus tard, j’étais à nouveau assise ici, dans mon fauteuil, complètement trempée ; et l’horloge marquait trois heures et trois minutes.
J’appelai le Père Eric, qui vint me chercher (sachant que je l’appellerais, il ne s’était pas couché). A son arrivée, bien que n’ayant rien mangé depuis des semaines, et en dépit des doses importantes de morphine que j’avais dû absorber, je bondis sur mes pieds et montai dans la voiture. Je bavardai pendant des heures. Je mangeai des toasts et bus du thé sans ressentir la moindre douleur. Lorsqu’on a été sous morphine pendant près d’un an, il y a toujours des effets dus au manque, mais je savais que je n’en aurais plus besoin : la douleur avait disparu. La guérison miraculeuse avait eu lieu, c’était cela la transformation, la « transfiguration ».
Le lendemain, le docteur me fit passer toute une série d’examens : tout était guéri, il n’y avait même plus de cicatrices, je n’avais aucun tremblement et ne ressentais aucun manque. Je ne souffrais plus, je n’avais donc plus besoin de morphine. Mes mains et mes pieds étaient guéris, comme le montre une photo prise à ce moment.
Une autre photo, prise cinq heures plus tard, me montre en compagnie de 27 personnes, venues ce soir-là pour me dire un dernier adieu : mes cheveux avaient repoussé ; mes douleurs et mes poches sous les yeux, mes lèvres bleuies, tout avait disparu. Mon visage s’était rempli et avait, selon elles, un aspect translucide. C’était une renaissance.

PI. On a peine à croire, tant vous respirez la santé, que l’on vous a enlevé la moitié de vos organes. Cela rendrait n’importe qui d’autre pratiquement invalide. Comment expliquez-vous cela ?
HW. En effet, je ne suis plus que la moitié de moi-même, je meurs littéralement debout ; mais ce n’est vrai qu’au niveau physique, parce que sur le plan spirituel, ma foi et ma confiance en notre Seigneur, notre Père, me soulèvent au-dessus de la douleur et de la souffrance. La puissance et la force spirituelles qui sont en moi transcendent tout ce qui est physique.

Maitreya

PI. Vous avez entendu dire que le Christ, le Seigneur Maitreya, est ici, dans le monde. Qu’en pensez-vous ?
HW. J’en suis convaincue. Il est avec nous. Je sais que je le verrai, sinon ici, face à face, du moins spirituellement. C’est ce que nous avons tous attendu. C’est maintenant aux autres (aux médias, aux simples citoyens comme nous) de s’en persuader. Nous savons qui il est, pourquoi il est ici, et qu’il est parmi nous, mais nous devons attendre que les responsables le reconnaissent. Cependant, sa présence porte déjà des fruits.

PI. Quel est à votre avis le but de toutes vos souffrances ?
HW. Je crois que je représente pour autrui une bénédiction, que j’ouvre une voie que tous peuvent suivre vers la conscience spirituelle, vers l’enrichissement de la vie, vers la puissance et la divinité qui résident en chacun de nous. J’aimerais simplement partager avec tous mes amis ce que les Saints invisibles ont partagé avec moi. Je considère toute cette expérience comme un don de Dieu, et ma maladie comme un prix infime à payer pour ce que j’ai reçu en retour. Dieu a mis dans ma bouche un chant nouveau. Je ne voudrais pour rien au monde n’avoir pas vécu mes tribulations, parce qu’elles m’ont permis d’approfondir ma relation avec le Seigneur et d’acquérir une conscience, une appréciation et un amour accrus de la création de Dieu, ainsi qu’une profonde gratitude pour la joie qu’il me donne quotidiennement.

(Traduction non intégrale)

Royaume Uni Auteur : Dahlia Carr,
Thématiques : femmes, religions, signes et miracles
Rubrique : Entretien ()