Deux Nobels de la paix en lutte contre la violence sexuelle comme arme de guerre

Partage international no 363novembre 2018

par Julia Conley

Le 5 octobre, le prix Nobel de la paix a été remis à deux personnalités influentes de la lutte contre les violences sexuelles utilisées comme arme de guerre.

Le Dr Denis Mukwege a été distingué pour avoir soigné les victimes de viol, tandis que Nadia Murad, une femme yézidie qui a révélé sa captivité comme esclave sexuelle de l’Etat islamique, a reçu le prix pour son travail subséquent de militante des droits de l’homme.

« Les deux lauréats ont largement contribué à attirer l’attention sur ces crimes de guerre et à les combattre, a déclaré Berit Reiss-Andersen, présidente du comité Nobel norvégien. Denis Mukwege est le protecteur qui a consacré sa vie à la défense de ces victimes. Nadia Murad est le témoin qui raconte les exactions perpétrées contre elle-même et d’autres. Chacun d’eux a contribué à donner une plus grande visibilité aux violences sexuelles perpétrées en temps de guerre, afin que les auteurs soient reconnus responsables. »

D. Mukwege a ouvert une clinique il y a 20 ans en République Démocratique du Congo (RDC) dans le but de soigner les femmes victimes de violences sexuelles lors de conflits armés. Depuis lors, il a soigné des milliers de femmes qui ont été violées pendant la guerre et il a parlé publiquement de ces abus comme d’un fléau international.

« Ce n’est pas une question de femmes, c’est une question d’humanité, et les hommes doivent prendre la responsabilité d’y mettre un terme, a déclaré D. Mukwege dans une interview. Ce n’est pas un problème africain. Il s’est passé la même chose en Bosnie, en Syrie, au Libéria, en Colombie. »

Le New York Times rapporte que D. Mukwege a poursuivi son engagement malgré les menaces. A la suite de son discours passionné aux Nations unies en 2012 dans lequel il a condamné le gouvernement congolais et d’autres pays pour leur inaction face aux femmes victimes de violences sexuelles pendant la guerre civile, des hommes armés sont entrés chez lui, ont pris ses enfants en otage et ont tenté de l’abattre. Après deux mois d’exil, il a repris son travail.

Ces dernières années, il a été rejoint dans la lutte contre les violences sexuelles par Nadia Murad, qui a publiquement parlé de son propre enlèvement par l’Etat islamique en 2014, comme des milliers d’autres femmes et filles yézidies.

Les deux lauréats ont « mis leur sécurité en péril en luttant courageusement contre les crimes de guerre et en demandant que justice soit faite pour les victimes », a déclaré B. Reiss-Andersen lors de la remise du prix.

Depuis son évasion, Nadia Murad a demandé aux dirigeants internationaux de reconnaître et de combattre les abus commis contre les femmes. Suite à ses interventions aux Nations unies et devant plusieurs parlements, le génocide des Yézidis a été reconnu officiellement.

« Je veux être la dernière fille au monde avec une telle histoire », écrivait-elle dans son autobiographie l’an dernier.


Date des faits : 5 octobre 2018 Auteur : Julia Conley, journaliste à Common Dreams (commondreams.org)
Sources : Common Dreams, sous licence CC BY-SA 3.0
Thématiques : femmes
Rubrique : Tendances (Dans le monde actuel s’affirme une tendance de plus en plus prononcée à la synthèse, au partage, à la coopération, à de nouvelles approches et avancées technologiques pour la sauvegarde de la planète et le bien-être de l’humanité. Cette rubrique présente des événements et courants de pensée révélateurs d’une telle évolution.)