Deux femmes courageuses sur la place Tahrir

Partage international no 272avril 2011

Lors d’un reportage sur les manifestations pro-démocratiques de la place Tahrir au Caire, Nicholas Kristof du New York Times a rencontré deux femmes qui lui firent une profonde impression.

N. Kristof rapporte : «  Mercredi sur la place Tahrir, les voyous à la solde du gouvernement utilisaient des gourdins, des machettes, des sabres et des rasoirs, pour tenter d’écraser le mouvement démocratique égyptien. Mais, pour moi, le moment le plus mémorable de la journée fut d’observer deux femmes faisant face à ces sbires de Moubarak. J’étais sur la place Tahrir, en train de regarder des jeunes gens armés criant des slogans en faveur de Moubarak et s’attaquant aux manifestants pro-démocratie. Tout le monde, moi compris, essayait de les éviter, et les corps des blessés emportés ajoutaient à la tension. Puis apparurent deux sœurs d’âge moyen, Amal et Minna, qui se dirigeaient vers la place pour se joindre au mouvement pro-démocratie. Elles avaient la tête voilée, elles semblaient timides et fragiles pendant que les voyous qui les entouraient les bousculaient et criaient sur elles. »

Mais, la partie la plus affreuse de l’humanité peut côtoyer la meilleure. Les deux sœurs firent face, elles expliquèrent calmement à la foule pourquoi elles étaient favorables à la réforme démocratique et écoutèrent patiemment les vociférations des pro-Moubarak. Lorsque les femmes refusèrent de céder à l’intimidation, les hommes s’en désintéressèrent et elles reprirent leur marche vers le centre de la place.

« Je me suis approché de ces femmes et leur ai dit à quel point j’étais impressionné par leur courage. J’ai noté leurs noms et leur ai demandé pourquoi elles avaient risqué la fureur des contre-manifestants pour venir sur la place Tahrir. « Nous avons besoin de la démocratie en Egypte, m’a répondu Amal très calmement. Nous voulons simplement ce que vous avez déjà. »

Mais quand j’ai essayé de les filmer, les voyous sont revenus à la charge. Je les ai apaisé en les interviewant (tandis que l’un d’entre eux aiguisait ostensiblement un rasoir) et les deux sœurs parvinrent de nouveau à s’éclipser et à poursuivre leur route vers le centre de la place. »

La conclusion de N. Kristof : « Pour moi, lorsque je me rappellerai ces journées écœurantes et sanglantes, j’évoquerai non seulement la brutalité que M. Moubarak semble avoir parrainé, mais aussi le courage et la grâce de ces Egyptiens qui ont risqué leur vie en essayant de reprendre possession de leur pays. Et de manière incroyable, les manifestants en faveur de la démocratie ont résisté toute la journée sur la place Tahrir, en dépit de cette attaque armée. Par-dessus tout, je resterai inspiré par ces deux sœurs qui résistèrent aux voyous. Si, armées seulement de leurs principes, elles ont été capables de résister aux bandes de M. Moubarak, ne pouvons-nous tous faire la même chose ? »

Lieu : place Tahrir au Caire, Egypte
Sources : The New York Times, E.-U.
Thématiques : Société, peuples et traditions
Rubrique : La voix des peuples (Cette rubrique est consacrée à une force en plein développement dans le monde. La voix du peuple ne cessera de s’amplifier jusqu’à ce que, guidés par la sagesse de Maitreya, les peuples conduisent leurs gouvernements à créer une société juste dans laquelle seront respectés les droits et les besoins de tous.)