Des hôpitaux bienveillants envers les nourrissons

Partage international no 44avril 1992

Il se pourrait bien que d’ici cinq ans, des milliers d’hôpitaux de par le monde s’annoncent comme « bienveillants » pour les nourrissons. Pour obtenir ce statut particulier, les hôpitaux devront respecter un nouveau code de conduite déterminé par l’UNICEF et par l’Organisation Mondiale de la Santé (l’OMS). Ce code doit garantir que les services de maternité assurent aux bébés le meilleur départ possible dans la vie, en encourageant l’allaitement maternel.

Il s’agit de la dernière initiative d’une campagne sur dix ans, destinée à inverser la tendance vers l’allaitement artificiel.

Dans le rapport de 1992 intitulé L’état de l’enfance dans le monde, l’UNICEF explique le recul de l’allaitement maternel par la tendance des familles à vivre en ville, par l’accroissement du nombre de femmes travaillant à l’extérieur, et par la publicité qui tend à faire croire aux mères que l’allaitement au biberon est plus moderne et plus perfectionné.

En fait, l’UNICEF fait remarquer que le lait maternel est la nourriture la plus raffinée qui soit, tellement complète au niveau nutritif qu’un enfant n’a habituellement pas besoin de boire ou de manger autre chose pendant ses quatre à six premiers mois. Le lait maternel est hygiénique et bon marché, et il immunise les enfants contre les infections courantes. L’allaitement peut éviter aux mères une nouvelle grossesse trop rapprochée, et il réduit les risques de cancer du sein et de l’ovaire.

Nonobstant sa qualité inférieure, la poudre de lait s’accorde mal avec la pauvreté. Faute de moyens pour s’en procurer en quantité suffisante, et manquant de l’éducation nécessaire pour lire les modes d’emploi, nombre de familles diluent exagérément les poudres de lait vendues dans le commerce. De plus, en raison du manque d’eau, d’appareils à stériliser, de réfrigérateurs ou de combustible, la poudre de lait est souvent mélangée avec de l’eau contaminée et donnée aux enfants dans des biberons non-stérilisés.

Il en résulte que dans les communautés pauvres, les bébés nourris au biberon ont une probabilité quinze fois plus grande de mourir de diarrhée que ceux qui sont nourris exclusivement au sein, et qu’ils ont une probabilité quatre fois plus importante de mourir de pneumonie.

Dans l’ensemble, l’Organisation Mondiale de la Santé estime qu’un million de vies seraient épargnées chaque année, si les mères donnaient uniquement du lait maternel à leurs enfants pendant les quatre à six premiers mois de vie.

Les risques de l’allaitement artificiel sont d’autant plus élevés que les circonstances sont plus défavorables. L’allaitement au sein est préférable pour tous les bébés, affirme l’UNICEF. Une étude montre qu’à New York, les bébés nourris au biberon ont une probabilité d’hospitalisation trois fois plus importante.

Une publicité interdite

Il y a dix ans, l’OMS et l’UNICEF publiaient un « code de conduite » destiné à essayer d’interdire la publicité grand public pour les produits alimentaires pour enfants. Le nouveau label de « bienveillance » envers le nourrisson, vise le même but, en s’assurant que les services de maternité favorisent l’allaitement au sein plutôt qu’au biberon. « De nombreux services de maternité ont souvent contribué, sans le vouloir, au déclin de l’allaitement au sein », déclare James Grant, directeur exécutif à l’UNICEF. « La grande majorité des hôpitaux et des services de maternité se sont trouvés soumis à une dépendance tragique vis-à-vis des fournitures gratuites d’aliments pour bébés. Trop souvent, les bébés sont séparés de leur mère à la naissance et nourris au biberon avec de l’eau et du sucre ou des aliments pour bébés, avant que le lait maternel n’ait eu le temps de « monter ». Un ou deux biberons suffisent à augmenter le risque de difficultés à allaiter. »

L’OMS et l’UNICEF transmettent actuellement à quasiment tous les hôpitaux du globe ce nouveau code de conduite qui définit dix points pour un allaitement réussi. Tous les hôpitaux qui se conformeront à ce code bénéficieront du statut d’hôpitaux « bienveillants » envers les nourrissons.

Ces dix points sont les suivants :

  • avoir un plan d’allaitement maternel, rédigé par écrit,
  • former l’ensemble du personnel de santé à l’application de ce plan,
  • informer les femmes enceintes des avantages de l’allaitement maternel,
  • aider la mère à allaiter dans la demi-heure suivant la naissance,
  • montrer à la mère la meilleure manière d’allaiter,
  • ne donner au nouveau-né aucune autre nourriture ni aucune autre boisson (sauf nécessité médicale),
  • laisser ensemble la mère et l’enfant 24 h sur 24,
  • encourager l’allaitement à la demande,
  • ne donner ni tétine ni tranquillisant,
  • favoriser la création de groupes de soutien à l’allaitement maternel et y orienter les mères.

L’UNICEF a demandé à tous les fabricants de stopper les fournitures d’aliments pour bébés, gratuites ou à bas prix, aux services de maternité et aux hôpitaux d’ici décembre 1992. L’Association des Fabricants d’Aliments pour Enfants a donné son accord de principe et a promis sa coopération.

Le rapport de l’UNICEF spécifie que dans les pays en voie de développement, de nombreuses femmes n’accouchent pas à l’hôpital. Et celles qui entrent à la maternité n’y restent habituellement qu’un ou deux jours. Ainsi, « cette campagne mondiale destinée à accroître la « bienveillance » des hôpitaux envers les nourrissons n’est qu’une des nombreuses étapes nécessaires pour instaurer à nouveau l’allaitement au sein », ajoute l’UNICEF. « Les mères ont besoin du soutien de l’hôpital », affirme le rapport, « mais si elles doivent continuer à donner le sein, elles auront aussi besoin du soutien de leur employeur, de leur famille, de leur communauté et de leur mari. »


Thématiques : Sciences et santé, femmes, éducation
Rubrique : Regard sur le monde (Dans cette rubrique, Partage international met en lumière certains problèmes urgents qui nécessitent une nouvelle approche et des solutions durables.)