Partage international no 368 – avril 2019
Algérie
Les rues algériennes retentissent de clameurs exigeant le changement et la démission du président. « Ce que les Algériens veulent, c’est en finir non seulement avec le président, mais avec l’ensemble du régime », a déclaré un porte-parole du mouvement Mouwatana (démocratie et citoyenneté) qui a organisé certaines des manifestations historiques contre l’actuel dirigeant, Abdelaziz Bouteflika.
Ce soulèvement populaire se distingue des autres par le fait qu’il s’est développé rapidement en réponse aux demandes des journalistes de la télévision et de la radio des médias officiels du pays, réclamant qu’on leur accorde le droit de rendre compte du climat de contestation qui règne en Algérie.
Des milliers d’étudiants ont défilé pacifiquement à Alger, contre la tentative du président Bouteflika de briguer un cinquième mandat. Ils ont également dénoncé la corruption généralisée et l’inefficacité du gouvernement, se faisant l’écho des manifestations massives des 22 février et 1er mars 2019, tout en insistant sur leur caractère silmiya (pacifique) – un thème clé de ces rassemblements depuis le début.
« Ce que les Algériens réclament à grands cris, c’est plus de dignité, a déclaré Dalia Ghanem-Yazbeck, chercheuse au Centre Carnegie du Moyen-Orient. Les gens ne veulent pas que ce cinquième mandat ait lieu, ils veulent un autre candidat, a-t-elle affirmé. Les Algériens détestent la façon dont leur pays est perçu à l’étranger, cette image internationale d’un président malade incapable de parler en public depuis des années. »
[Sources : bbc.com ; france24.com ; aljazeera.com]
Soudan
Le Soudan connaît la plus longue mobilisation populaire de son histoire. Les protestations qui durent maintenant depuis trois mois sont menées contre un régime et son dirigeant au pouvoir depuis trente ans. Au cours de l’année écoulée (2018), plusieurs autres pays arabes, comme la Jordanie et le Maroc, ont connu des manifestations plus ou moins importantes, avec des jeunes en première ligne.
Ces dernières révoltes semblent être une répétition, dans une certaine mesure, du soulèvement généralisé du Printemps arabe de 2010. Les problèmes du Soudan sont principalement d’ordre économique et sont liés au manque de liberté, comme en Algérie. L’état d’urgence est actuellement en vigueur au Soudan et l’armée administre toutes les régions du pays. Cette mesure a été imposée pour étouffer les manifestations, mais a été un échec jusqu’à présent.
Le 7 mars 2019, a eu lieu un rassemblement de femmes organisé par l’Association professionnelle soudanaise (SPA), selon des articles d’un groupe de médias en ligne, les Sudanese blogs. Ils rapportent qu’un rassemblement dans la capitale Khartoum s’est déroulé alors que des slogans antigouvernementaux appelaient à la démission du président Omar el-Bechir. L’information a été corroborée par les réseaux sociaux qui montraient des étudiants en train de manifester. Le Parti du Congrès soudanais (SCP) (opposition) a également partagé des vidéos et des photos des manifestations.
Une classe moyenne montante veut voir partir le président Omar el-Bechir, tout comme en Algérie où l’intention du président Bouteflika de briguer un cinquième mandat, a poussé les gens dans la rue par dizaines de milliers.
[Sources : yahoo.com ; africanews.com]
Chanter et manifester sous la pluie
Le 10 mars 2019, plus de 40 000 personnes ont participé à la marche pour le climat à Amsterdam. « On pourrait dire que ce sont des « héros du climat », ont déclaré certains manifestants car, malgré des conditions météorologiques épouvantables, des dizaines de milliers de personnes ont pris part à la manifestation pour le climat, la plus grande des Pays-Bas, à ce jour. Jeunes et moins jeunes, familles, écoliers, tous se sont rassemblés sur la place du Dam et ont parcouru la ville sous une pluie battante, malgré le vent et le froid pour exhorter le gouvernement à prendre le changement climatique au sérieux.
La marche pour le climat a été initiée par les organisations environnementales Greenpeace, les Amis de la Terre et Oxfam, entre autres. Selon Greenpeace, plus de 40 000 personnes ont participé à la manifestation. « Nous savions que beaucoup de gens s’étaient inscrits, mais, c’est incroyable qu’ils soient si nombreux à venir malgré le mauvais temps, a déclaré un porte-parole de Greenpeace. Les gens sont extrêmement inquiets, sans quoi ils ne seraient pas restés dans le froid et sous la pluie un dimanche. Ils veulent vraiment des actes maintenant. Plus que jamais, le climat doit figurer en tête de l’agenda politique. »
[Sources : nltimes.nl ; Time.com]
Le mouvement des Gilets jaunes
En France, le mouvement des Gilets jaunes a débuté le 10 octobre 2018 par un appel lancé sur Facebook par deux camionneurs de Seine-et-Marne, excédés par la hausse des taxes sur les carburants et appelant au blocage national du réseau routier.
Il fut organisé par des travailleurs ordinaires publiant des vidéos sur les médias sociaux, sans chef déclaré et sans avoir été initié par aucun syndicat ou parti politique.
En quelques jours, la campagne rassembla 200 000 sympathisants, engendrant des centaines de relais locaux dans le pays. Deux semaines plus tard, une vidéo demandant aux automobilistes de poser leurs gilets jaunes bien en vue derrière leur pare-brise en signe de solidarité générait 4 millions de vues.
Depuis, le mouvement se poursuit. Des Gilets jaunes manifestent chaque samedi, sur des ronds-points, dans différentes villes et villages, dans toute la France. La police a compté environ 80 000 manifestants chaque week-end, et le mouvement a bénéficié d’un fort soutien sur les médias sociaux (près de 2 millions de personnes d’après les estimations).
L’objectif du gilet de sécurité est d’assurer que son porteur soit visible sur la route. Dans ce sens, le mouvement des Gilets jaunes a redonné de la visibilité à la classe ouvrière, rendant visible l’invisible.
Pour le philosophe Michel Onfray, le mouvement des Gilets jaunes montre que les Français se mobilisent : « Ce sont des gens dont la vie est constituée d’une vallée de larmes, qui consiste […] à être exploité, à être humiliés à s’entendre dire : « Vous allez payer, et encore plus cher. » […] A qui on ne donne ni dignité, ni grandeur, ni existence, à qui on dit : « Vous allez pouvoir voter de temps en temps, mais il va falloir bien voter. » Ailleurs, il a écrit : « Des pauvres de plus en plus pauvres et de plus en plus nombreux, puis des riches de plus en plus riches et de moins en moins nombreux : voilà ce qu’est la pauvreté. »
Les revendications des manifestants sont politiques : démocratie directe à tous les niveaux, référendums populaires, luttes contre l’évasion fiscale, pour la baisse des impôts des pauvres et l’augmentation de ceux des riches et des multinationales, contre la diminution des aides européennes qui nuisent aux pauvres et aux agriculteurs, etc.
Au sein des manifestations pacifiques, il y eut des scènes de violence sur lesquelles les médias et le gouvernement se sont souvent concentrés. Cependant, le mouvement des Gilets jaunes a montré de nombreux exemples de fraternité, dans les tentes installées aux abords des ronds-points : des passants ont apporté de la nourriture, du café et des couvertures, les gens ont appris à se connaître, ont chanté et dansé. Ainsi, un couple s’est marié lors d’une cérémonie de Gilets jaunes à un péage autoroutier. A Noël, un prêtre a célébré la messe sur un rond-point. L’évêque de Montauban a porté un gilet jaune en public pour soutenir le mouvement.
A la surprise générale, le mouvement s’est étendu à d’autres pays – de la Belgique à la Bulgarie, de la Serbie à la Suède et d’Israël à l’Irak – ce qui montre que la demande de justice est mondiale.
[Sources : Mediapart ; The Guardian ; michelonfray.com]
Thématiques : Société
Rubrique : La voix des peuples (Cette rubrique est consacrée à une force en plein développement dans le monde. La voix du peuple ne cessera de s’amplifier jusqu’à ce que, guidés par la sagesse de Maitreya, les peuples conduisent leurs gouvernements à créer une société juste dans laquelle seront respectés les droits et les besoins de tous.)
