Partage international no 377 – février 2020
Une nouvelle tendance gagne du terrain en Inde : l’échange de nourriture contre des déchets en plastique. Dans tout le pays, un certain nombre de programmes déjà en place donnent aux gens de la nourriture en échange de déchets en plastique. Le plus connu d’entre eux est le Garbage Cafe (Café des ordures) à Ambikapur, dans l’Etat de Chhattisgarh. Il a été ouvert en octobre 2019 par les services municipaux d’Ambikapur. L’accent mis par la ville sur la gestion des déchets remporte un vif succès : elle a été classée deuxième ville la plus propre d’Inde en 2019, et dispose d’un système de collecte et de tri des déchets à 100 %, en porte-à-porte.

Le but de Garbage Cafe est double : faire prendre conscience de la nécessité de collecter et d’éliminer les déchets en plastique, et de donner un repas à tous ceux qui le font.
Le contraste est frappant avec la situation de l’ensemble du pays : selon le ministère de l’Environnement, sur les déchets en plastique produits quotidiennement en Inde (environ 25 000 tonnes), seulement 56 % sont collectés. C’est pourquoi le Café des ordures d’Ambikapur est si important. Son but est double : faire prendre conscience de la nécessité de collecter et d’éliminer les déchets plastiques, et donner un repas à tous ceux qui le font.
Au Café, un kilo de déchets plastiques va vous permettre de gagner un repas chaud, comme celui qu’un chiffonnier nommé Ram Yadav y a mangé récemment : dhal, aloo gobi, papadums et riz. Il dit que jusqu’à l’ouverture du Garbage Cafe, manger dans un café ou un restaurant n’était pour lui qu’un rêve. Il avait souvent faim lorsque son employeur négligeait de lui verser le maigre salaire quotidien qu’il gagnait comme chiffonnier. Maintenant, il peut manger un repas décent chaque fois qu’il apporte un kilo de déchets en plastique. Il dit que le repas chaud qu’il reçoit lui dure toute la journée, et qu’il est agréable de s’asseoir à une table comme tout le monde. Le slogan du Café est : « Plus il y a de déchets, meilleur sera le goût. »
Ajay Tirkey, le maire de la ville, dit que le Café est rapidement devenu bien connu, en raison de son emplacement à côté de la gare routière principale de la ville. Il déclare : « Nous accueillons une douzaine de personnes chaque jour. Un jour, une famille entière est venue avec d’énormes sacs de sept kilos. »
L’importance de cette initiative ne saurait être sous-estimée. L’Inde est actuellement incapable de gérer ses énormes quantités de déchets non triés. Il existe peu de systèmes efficaces de gestion des déchets, de sorte que tout projet qui parvient à les faire collecter et trier est une avancée.
Dans le cas du Café des ordures, le plan consiste à utiliser le plastique collecté pour construire des routes. La municipalité d’Ambikapur a construit une route en utilisant les déchets plastiques en 2015. La technologie nécessaire a été développée en Inde par le Dr Rajagopalan Vasudevan, doyen et professeur de chimie à l’école d’ingénieurs de Thiagarajar, dans la ville de Madurai, au sud de l’Inde.
Réalisant que les pauvres dépendent du plastique et qu’ils souffriraient de son interdiction complète, il a commencé en 2001 à chercher des moyens de le réutiliser lors des premiers appels à l’interdire. Cela a abouti à une technique de construction des routes qui utilise les déchets en plastique mélangés avec du bitume et de l’asphalte, ce qui réduit la quantité de bitume nécessaire et crée une surface qui résiste à la formation de nids de poule, en empêchant l’eau de pluie de s’infiltrer et de causer des défauts structurels.
La première route de ce type a été construite en 2002, sur le campus de la faculté de Thiagarajar, et reste intacte à ce jour. Depuis que le procédé a été breveté en 2006, près de 10 000 km de routes indiennes ont été goudronnées avec cette technique.
« Notre planète est submergée d’emballages d’aliments à grignoter non recyclables, explique Almitra Patel, membre du comité de la Cour suprême indienne pour la gestion des déchets solides. Si cette technologie est sérieusement adoptée dans toutes les villes pour tous les revêtements multicouches, elle a le potentiel de conduire à un taux de mise à la décharge proche de zéro, ne laissant presque aucun déchet final. »
Le véritable défi consiste, selon elle, à collecter tous les emballages volumineux usagés. C’est là qu’interviennent des initiatives comme le Café des ordures. En plus de fournir des déchets plastiques pour la construction de routes, la municipalité d’Ambikapur gagne environ 1,2 million de roupies (15 000 euros) par mois en vendant les déchets plastiques et le papier recyclé à des entreprises privées.
Dans tout le pays, d’autres municipalités cherchent à créer leurs propres Cafés des ordures. A New Delhi, les autorités municipales prévoient d’ouvrir plusieurs Café des ordures sur le modèle d’Ambikapur. Simar Malhotra, la cofondatrice de Parvaah, un organisme sans but lucratif de New Delhi qui fait campagne contre le plastique, croit que le modèle du Café des ordures devrait être déployé dans tout le pays. Elle souligne le fait qu’il résout deux problèmes à la fois : « Le Café s’attaque aux déchets et procure aussi aux gens qui ont faim un repas chaud, ce qui les motive à ramasser plus de plastique. »
L’idée d’échanger nourriture contre déchets en plastique fait également son chemin dans d’autres endroits de l’Inde. A Mulugu, dans l’Etat de Telangana, la municipalité distribue un kilo de riz en échange d’un kilo de plastique. Les élèves collectent également le plastique. A l’autre bout du pays, à Siliguri, dans le Bengale occidental, tous les samedis, les diplômés d’une école locale distribuent gratuitement de la nourriture à quiconque apporte un demi-kilo de déchets en plastique.
Tout ce plastique, en plus d’être utilisé pour construire des routes, peut servir à produire un matériau que le Dr Vasudevan appelle Plastone. C’est un mélange de plastique et de pierre ainsi que d’autres matériaux comme le calcaire, les débris de céramique et le granit. Une plaque de Plastone d’un mètre carré coûte environ 1,25 euro à produire. Avec 60, on peut construire une petite salle de bains. Les trottoirs sont une autre utilisation possible.
Dans toute l’Inde, des groupes de bénévoles et de citoyens aident à collecter les déchets en plastique. « Il est temps que nous cessions de considérer le plastique comme l’ennemi et que nous en fassions notre plus grande ressource », conclut le Dr Vasudevan.
Inde
Sources : theguardian.com : the betterindia.com
Thématiques : environnement
Rubrique : Divers ()
