Cuba se tourne vers la culture biologique

Partage international no 119juillet 1998

Imposée au gouvernement à la suite à d’une crise économique catastrophique, la mutation récente de l’agriculture cubaine vers des procédés biologiques a permis d’assurer la survie de la population et d’éloigner la menace d’une famine généralisée. L’interruption de l’aide soviétique à Cuba a entraîné une chute de 90 % des approvisionnements en pesticides et en engrais et une baisse de 50 % pour le carburant et les pièces de rechange. Ceci a provoqué un étranglement de la production agricole qui a chuté de près de 50 % entre 1990 et 1994, ainsi que la réduction d’un tiers de l’apport journalier en calories et en protéines pour les Cubains. Toutefois, avec la mutation vers les techniques de culture biologique, la tendance s’est pratiquement inversée.

Heriberto Gallart, ancien professeur à l’Université de La Havane, est l’un des fers de lance de cette initiative. Il raconte qu’il dut quitter son emploi parce que son salaire ne lui permettait même plus de payer ses frais de déplacement quotidiens entre son domicile et son lieu de travail. Depuis 1994, lui et sa famille cultivent un terrain d’un hectare situé dans un quartier résidentiel aux environs de La Havane. En utilisant des techniques biologiques de manière intensive, ils font pousser 20 variétés de légumes et de plantes. Le gouvernement lui permet d’exploiter cette terre, qui était à l’origine une décharge, et lui a même fourni des outils, des semences ainsi que d’autres équipements. Il a reçu l’aide d’agents du ministère de l’Agriculture qui lui ont appris le savoir faire nécessaire. « Je n’aurais jamais imaginé qu’un jour je ferais ce genre de travail, a-t-il déclaré, mais ma situation et celle de ma famille s’est améliorée et les voisins bénéficient d’une alimentation moins chère. »

Dans tout le pays, les transformations ont été foudroyantes :

Au sein des villes – Depuis 1991, plus de 27 000 jardins biologiques, couvrant une superficie totale de 2 500 hectares, ont été créés dans les zones urbaines de La Havane avec une production annuelle estimée à un million de tonnes de nourriture. Situés dans le voisinage ou même juste à côté du domicile du jardinier, ces jardins étaient pour la plupart laissés vacants ou à l’abandon.

Dans les campagnes – En 1993, le gouvernement a décidé le démantèlement des gigantesques fermes d’Etat, dont l’agriculture cubaine était constituée à 80 %. Suite à cela, la plupart de ces fermes ont été transformées en coopératives génératrices de profits. Si bien qu’au cours de la saison agricole 1997, Cuba a atteint des niveaux de production record pour dix des 13 denrées alimentaires de base du pays.

Sur les marchés économiques – La possession de dollars a été légalisée et les nouvelles coopératives ont reçu l’autorisation de revendre les denrées alimentaires en dollars sur les marchés agricoles nouvellement créés, hormis un quota destiné à l’Etat.

Les techniques biologiques – Le gouvernement a entamé une politique offensive pour la promotion des procédés biologiques en faisant travailler des centaines d’ingénieurs agronomes. Plus de 200 usines ont été créées pour produire des insectes utiles à l’environnement et des pesticides naturels.

« L’expérience cubaine nous montre qu’il est possible de nourrir la population de tout un pays grâce à de petites exploitations agricoles basées sur des technologies alternatives et sans avoir recours aux pesticides chimiques. Nous pouvons ainsi améliorer notre autosuffisance dans le domaine de la production alimentaire », déclare P. Rosset, directeur de l’Institut américain pour les politiques de développement alimentaires.

Cuba
Sources : San Francisco Chronicle, E.-U.
Thématiques : Sciences et santé, environnement, Économie
Rubrique : Les priorités de Maitreya (« Pour aider les hommes dans leur tâche, Maitreya, l’Instructeur mondial, a formulé certaines priorités. Assurer à tous un approvisionnement correct en nourriture ; procurer à tous un logement convenable ; fournir à tous soins médicaux et éducation, désormais reconnus comme un droit universel. » Le Maître de Benjamin Creme, Partage international, janvier 1989. Dans cette rubrique, notre rédaction aborde les questions relatives aux priorités énoncées par Maitreya et présente des expériences orientées dans cette direction.)