COP26, Glasgow 2021

Partage international no 400décembre 2021

Lettre ouverte aux gouvernements et aux institutions internationales

En amont de la COP26, Grassroots International et plus de 700 organisations et mouvements demandent des solutions réelles en matière de changement climatique. Il est plus que temps de s’engager, ici et maintenant, à atteindre le « vrai zéro » (carbone), par le biais de réductions et de solutions réelles, rapidement et de manière permanente.
Nous ne voulons plus de vos engagements lointains et vides de contenus que vous qualifiez de « net zéro » (carbone).

Nous ne voulons plus lire vos promesses d’équilibrer le budget des émissions d’ici le milieu du siècle avec des solutions techniques, la géo-ingénierie, les marchés du carbone et des astuces comptables. Nous voulons savoir ce que vous faites pour éliminer les principales sources d’émissions – la production et l’utilisation de combustibles fossiles, la déforestation et l’agriculture industrielle – qui non seulement réchauffent la planète, mais empoisonnent les populations et polluent notre environnement. Et nous voulons savoir ce que vous allez faire dès maintenant, demain et chaque année à venir, pour renforcer la résilience, donner la priorité à la justice et soutenir les communautés dans une transition juste et équitable vers un avenir sans énergie fossile qui garantit les droits de l’homme, les moyens de subsistance, le travail et un environnement sûr, propre, sain et durable pour les générations actuelles et futures.

Nous exigeons de véritables plans

Nous exigeons que vous proposiez de véritables plans pour ramener les émissions et la production de combustibles fossiles à zéro. Ces plans doivent être fondés sur une transformation réelle, soutenus par des ressources réelles et mis en œuvre avec la réelle urgence exigée par les crises actuelles.

– Montrez-nous vos plans climatiques, vos mesures concrètes et vos programmes spécifiques centrés sur des transitions justes, les droits de l’homme, la justice raciale, de genre, sociale, économique et environnementale, la sécurité et la garantie des moyens de subsistance des travailleurs, des peuples indigènes, des communautés locales, des paysans, des femmes, des jeunes et des groupes vulnérables.

– Montrez-nous comment vos actions permettront de réduire les émissions à la source, selon un calendrier à court terme compatible avec la science et l’équité, de manière à maintenir le réchauffement climatique en dessous de 1,5°C, sans vous appuyer sur des technologies illusoires d’élimination du dioxyde de carbone ou de géo-ingénierie qui mettent en danger les communautés qui sont en première ligne, ni sur des hypothèses préjudiciables aux puits de carbone naturels.

– Montrez-nous comment vous éliminerez progressivement les combustibles fossiles, l’agriculture industrielle, les systèmes alimentaires industriels, les plastiques et les autres industries polluantes, et comment vous investirez dans leurs remplacements.

– Montrez-nous que vous reconnaissez qu’il n’y a pas d’avenir pour les combustibles fossiles en interdisant toute nouvelle infrastructure, en protégeant des lobbyistes, le processus décisionnel, en interdisant la publicité pour les combustibles fossiles et en garantissant un retrait progressif équitable et géré de tout le pétrole, gaz et charbon, dans lequel les pollueurs paient pour fermer et nettoyer correctement l’héritage toxique de cette industrie.

– Montrez-nous vos plans pour garantir une véritable sécurité et souveraineté alimentaires, notamment en promouvant l’agroécologie paysanne et les systèmes alimentaires locaux.

– Montrez-nous comment vous soutiendrez les alternatives et les pratiques éprouvées par les petits exploitants, les femmes, les peuples autochtones et les communautés locales, et comment vous respecterez et protégerez leurs droits.

– Montrez-nous les mesures que vous prendrez pour que les multinationales qui ont généré la majorité des émissions mondiales historiques rendent des comptes et soient responsables des dommages qu’elles causent. Plutôt que des approches volontaires, une véritable responsabilisation nécessite des mesures juridiquement contraignantes, notamment un traité mondial sur les entreprises et les droits de l’homme.

– Montrez-nous que vous comprenez que les modèles économiques et de développement dominants d’aujourd’hui, centrés sur la croissance, sont obsolètes et que vous allez encourager de nouveaux modèles qui privilégient la sobriété, le bien-être et les limites à la consommation et à la croissance.

– Montrez-nous comment les pays les plus responsables des émissions feront leur part et apporteront un soutien financier aux nations à faible revenu.

– Montrez-nous que vous fournirez votre part équitable de financement climatique réel, et adéquat, à la hauteur de l’ampleur de la crise climatique et comment vous compenserez par des aides les adaptations nécessaires et les pertes – et non pas par le biais de prêts qui plongent les pays plus profondément dans la dette, ni par le ruissellement des bénéfices provenant des marchés spéculatifs du carbone.

La seule façon d’éviter une catastrophe climatique est d’entreprendre ce type de transformations profondes, systémiques et justes de nos systèmes énergétiques, alimentaires, industriels et de transport. Mais les objectifs « zéro carbone » ne sont pas une stratégie de changement. Ils sont utilisés comme une couverture pour le maintien du statu quo.

Comme l’ont montré de nombreux rapports et déclarations, les objectifs « zéro émission » masquent l’inaction climatique et détournent l’attention du travail nécessaire et urgent que représentent l’élimination progressive des combustibles fossiles à la source et la mise en place de systèmes alimentaires et d’économies durables. Les programmes « net zéro » des pollueurs reposent sur de nombreux mythes et ne sont guère plus que des campagnes de relations publiques. Ils s’appuient allègrement sur des hypothèses selon lesquelles les compensations de carbone, les plantations d’arbres, la bioénergie et des distractions dangereuses telles que l’hydrogène et le captage et le stockage du carbone permettront d’une manière ou d’une autre de maintenir ou de dépolluer l’air après que les pollueurs aient fait leurs dégâts. Des technologies non éprouvées qui ont échoué à plusieurs reprises, qui n’ont pas encore été mises en œuvre et qui restent non viables à l’échelle, sont imaginées comme des solutions à la poursuite des émissions. Qu’il s’agisse du captage et du stockage du carbone, du captage direct dans l’air ou de la combustion de déchets plastiques comme combustible, ces technologies étendent et approfondissent l’économie fossile qui alimente la crise climatique tout en imposant de nouveaux risques dans le monde entier.

Les gouvernements et les industries utilisent le « net » de « net zéro » pour échapper à la responsabilité des émissions passées, présentes et futures et créer un faux sentiment de progrès climatique. Ces plans « net zéro » reposent sur la notion d’annulation des émissions dans l’atmosphère plutôt que sur l’élimination de leurs causes. « Net zéro d’ici 2050 » signifie simplement que les gouvernements s’engagent à compenser la pollution de l’année en cours dans 30 ans, sans garantie de réduction substantielle des émissions dans les décennies précédentes. Les promesses de « net zéro » pour le milieu du siècle ne permettent pas de maintenir l’augmentation de la température en dessous de 1,5°C.

Les communautés qui sont sur la ligne de front n’ont pas créé la crise climatique mais sont confrontées à ses pires impacts. Ces mêmes communautés supporteront le poids des déplacements, de l’insécurité alimentaire, de la contamination de l’environnement et de l’injustice intergénérationnelle qui résulteront des tentatives de compensation des opérations habituelles des grands pollueurs, reproduisant les anciens modèles de colonialisme du carbone. En prolongeant le fonctionnement des industries polluantes, les fausses solutions climatiques concentrent les émissions dans les communautés marginalisées en y exacerbant les dommages environnementaux et sanitaires.

Alors que les objectifs lointains du « net zéro » déplacent l’attention vers l’avenir, ils occultent la responsabilité de ceux qui ont créé la crise climatique en premier lieu et qui ne font pas assez pour la résoudre maintenant. De plus, dans la « grande arnaque » qu’est le net zéro, les émissions futures sont également rendues invisibles, cachant les émissions continues et croissantes de la production de combustibles fossiles, de la production de plastique et de l’agro-industrie dans un filet truffé de failles. Ces plans « net zéro » détournent l’attention des véritables plans et solutions en faveur des émissions zéro qui peuvent immédiatement, réellement et justement répondre à la crise à laquelle nous sommes confrontés.

Le leadership en matière de climat ne se mesurera pas dans des décennies, mais plutôt au rythme et à l’ampleur des actions concrètes et à court terme prises aujourd’hui pour éliminer progressivement les combustibles fossiles, l’agriculture industrielle qui accapare les terres et les autres industries polluantes.

Pour changer les systèmes, et non le climat, il faut réduire la surconsommation des élites du Nord et du Sud tout en augmentant les investissements dans des sources d’énergie renouvelables vraiment justes et propres, dans des systèmes alimentaires communautaires durables et dans les moyens de subsistance. Nous ne manquons pas de solutions réelles et nécessaires mais bien de la volonté politique de les mettre en œuvre. Pour faire face à l’urgence climatique actuelle, nous avons besoin de vrais plans, de vraies solutions, de vrais financements et d’un vrai zéro pour une transition juste et urgente. MAINTENANT.

Lieu : Glasgow, Royaume Uni
Sources : grassrootsonline.org
Thématiques : environnement
Rubrique : Divers ()