Partage international no 365 – février 2019
Greta Thunberg, une jeune militante climatique de Stockholm, a acquis une renommée internationale. En août 2018, elle avait entamé « une grève scolaire pour le climat », refusant de retourner à l’école avant les élections législatives suédoises de septembre 2018, pour attirer l’attention sur la crise climatique. Rapidement rejointe par d’autres élèves, Greta s’asseyait sur le trottoir devant le Parlement pendant les heures de cours, exigeant que le gouvernement suédois prenne des mesures plus énergiques contre le changement climatique (voir notre numéro d’octobre 2018). Chaque vendredi depuis les élections, Greta et ses camarades continuent leur grève devant le bâtiment du Parlement. Greta a inspiré des milliers d’autres étudiants dans le monde entier. Selon The Guardian, les grèves scolaires contre le changement climatique se sont étendues à quelque 270 villes dans des pays comme l’Australie, le Royaume-Uni, la Belgique, les Etats-Unis et le Japon.
En novembre 2018, Greta a donné une conférence à Stockholm, diffusée en direct sur Internet
En voici quelques extraits : « Nous avons plus besoin d’action que d’espoir. Dès que nous commençons à agir, l’espoir est omniprésent.
Nous ne pouvons pas sauver le monde en respectant les règles, car on doit changer ces règles. Tout doit changer et ça doit commencer aujourd’hui.
[…] tout le monde n’arrête pas de dire que le changement climatique est une menace existentielle et que c’est la question la plus importante de toutes. Et pourtant on continue comme avant.
Comment espérer que des pays comme l’Inde ou le Nigeria se préoccupent de la crise climatique si nous, qui avons déjà tout ce qu’il faut, ne nous préoccupons même pas une seule seconde de cela ni même de respecter nos engagements pris lors de l’Accord de Paris ? »
En décembre 2018, Greta a pris la parole lors de la session plénière de la Conférence des Nations unies sur le changement climatique (Cop 24) à Katowice, en Pologne :
« Je m’appelle Greta Thunberg. J’ai 15 ans. Je viens de Suède. Je m’exprime au nom de Climate Justice Now (Justice climatique maintenant). Nombre de personnes affirment que la Suède n’est qu’un petit pays, et que peu importe ce que nous faisons. Mais j’ai découvert que l’on n’est jamais trop petit pour avoir un impact. Et si quelques enfants peuvent faire la une des journaux dans le monde entier uniquement en n’allant pas à l’école, imaginez ce que tous ensemble, nous pourrions accomplir si nous le désirions vraiment. Mais pour cela, nous devons nous exprimer sans équivoque, aussi inconfortable que cela puisse être.
Vous ne parlez que de croissance économique, verte et durable car vous avez trop peur d’être impopulaires. Vous ne parlez que de progresser avec les mêmes mauvaises idées qui nous ont conduits au chaos, même lorsque la seule chose raisonnable à faire est de tirer le signal d’alarme. Vous n’êtes pas assez sages pour dire les choses telles qu’elles sont. Même ce fardeau vous nous le laissez, nous les enfants. Mais peu m’importe d’être populaire. Ce qui m’importe, c’est la justice climatique et la survie de la planète. Notre civilisation est sacrifiée pour permettre à un très petit nombre de personnes de continuer à gagner énormément d’argent. Notre biosphère est sacrifiée pour que les riches des pays comme le mien puissent vivre dans le luxe. Ce sont les souffrances du plus grand nombre qui paient pour le luxe du plus petit nombre.
En 2078, je célébrerai mon 75e anniversaire. Si j’ai des enfants, ils passeront peut-être cette journée avec moi. Peut-être m’interrogeront-ils sur vous. Ils me demanderont, peut-être, pourquoi vous n’avez rien fait pendant qu’il était encore temps ? Vous dites que vous aimez vos enfants par-dessus tout, et pourtant vous leur volez leur avenir sous leurs yeux.
Tant que vous ne vous focaliserez pas sur les actions à entreprendre plutôt que sur ce qui est politiquement correct, il n’y a aucun espoir. Nous ne pouvons pas résoudre une crise sans la traiter comme une crise. Les combustibles fossiles doivent rester dans le sol et nous devons donner la priorité à l’équité. Et si nous ne trouvons aucune solution au sein du système, nous devrons peut-être changer le système lui-même.
Nous ne sommes pas venus ici pour supplier les dirigeants du monde de s’en soucier. Vous nous avez ignorés dans le passé et vous nous ignorerez à nouveau. Nous n’avons pas besoin de vos excuses et nous manquons de temps. Nous sommes venus ici pour vous faire savoir que le changement arrive, que vous le vouliez ou non. Le vrai pouvoir appartient au peuple. Merci. »
Thématiques : environnement
Rubrique : Point de vue ()
