Partage international no 452 – avril 2026
par Phyllis Creme
Un livre de Bernie SANDERS1
Voici un ouvrage urgent et indigné, écrit et publié tout récemment. Son auteur, Bernie Sanders, ancien candidat à la présidence des Etats-Unis, est sénateur du Vermont depuis de nombreuses années. Ancien membre du Parti démocrate, il est aujourd’hui indépendant, ce qui lui permet de critiquer librement les deux partis et, en particulier, le président Donald Trump. Et il ne se prive pas de le faire, avec passion. La première partie de ce petit ouvrage est consacrée à exposer les profondes inégalités qui règnent aux Etats-Unis en matière de richesse et d’opportunités. B. Sanders s’indigne des préjudices causés à la quasi-totalité des citoyens américains par le régime D. Trump, dominé par les ultra-riches, les milliardaires, « l’oligarchie ». En juillet 2025, les républicains du Congrès et du Sénat ont adopté le « Big Beautiful Bill » de D. Trump, qui accorde 1 000 milliards de dollars d’allègements fiscaux aux riches tout en réduisant drastiquement Medicaid, l’aide alimentaire et l’éducation pour le grand public. Ce projet de loi « a constitué le plus grand transfert de richesse de l’histoire américaine moderne » au profit des plus riches.

B. Sanders dénonce également avec véhémence le soutien apporté par le gouvernement américain à Israël dans sa guerre contre le peuple palestinien à Gaza, en raison, selon lui, de l’influence néfaste de l’AIPAC, l’American Israel Public Affairs Committee. B. Sanders met en garde contre le fait que le « trumpisme » détruit la démocratie : il favorise les oligarques au détriment du reste de la société, poursuit un programme antisyndical, jette les bases de la privatisation des programmes étatiques et fédéraux, et permet aux milliardaires de s’enrichir toujours davantage, tant aux Etats-Unis qu’à l’étranger.
L’auteur s’interroge : comment D. Trump, « un homme d’affaires véreux, menteur pathologique, raciste, sexiste, xénophobe, tyran et criminel condamné », a-t-il pu accéder au pouvoir ? Il montre comment le Parti démocrate, pour lequel les travailleurs américains avaient l’habitude de voter, s’est déconnecté de la réalité et n’a rien fait pour eux. « Le travailleur américain moyen est moins aisé aujourd’hui qu’en 1973[…] L’Amérique affiche le taux de pauvreté infantile le plus élevé de presque tous les grands pays du monde […]. Près de 800 000 Américains sont sans abri. » Et, demande B. Sanders, comment D. Trump a-t-il utilisé cette crise nationale pour accéder au pouvoir ? C’est simple : « Il prend pour boucs émissaires les minorités vulnérables… et, par une rhétorique haineuse, vicieuse et mensongère, il les rend responsables des problèmes de la société […]. Il attise la peur et monte les groupes les uns contre les autres. Le racisme, le sexisme, la xénophobie et l’homophobie peuvent rapporter des voix ». B. Sanders montre comment D. Trump sape la démocratie elle-même par ses nominations, ses actions et ses propos haineux. En particulier, il attise la haine envers les immigrés, en oubliant que les Etats-Unis, sont, bien sûr, composés d’immigrés. Cette tendance vers un Etat fasciste (B. Sanders n’utilise pas ce mot), se manifeste peut-être le plus gravement par le recours de D. Trump aux agents de l’ICE (Immigration and Customs Enforcement) pour patrouiller dans les rues des villes américaines, emprisonner et expulser des personnes, ce qui a notamment conduit à la mort tragique de deux citoyens innocents à Minneapolis.

Pour conclure, l’auteur élargit son regard sur le monde et constate que « la montée en puissance d’une oligarchie et l’accroissement des inégalités de revenus et de patrimoines ne se limitent pas aux Etats-Unis ». Il dresse un portrait cinglant des quelques personnes les plus riches de la planète : « Ce ne sont pas des gens sympathiques. » Il souligne : « nous vivons dans un monde où les 1 % les plus riches possèdent plus de richesses que les 95 % les plus pauvres de l’humanité et également que « les 1 % les plus riches du monde ont vu leur fortune augmenter de 33 900 milliards de dollars depuis 2015. Cette somme suffirait, soit dit en passant, à éradiquer vingt-deux fois la pauvreté dans le monde. » B. Sanders poursuit en détaillant les extraordinaires inégalités de richesses qui existent en Russie, au Qatar, en Arabie saoudite et au Brunei. La Grande-Bretagne n’est pas en reste : les cinquante personnes les plus riches contrôlent plus de richesses que la moitié la plus pauvre du pays, soit environ 34 millions de personnes.
Enfin, B. Sanders cite le défunt pape François : « Aujourd’hui, tout est soumis aux lois de la concurrence et de la survie du plus fort, où les puissants exploitent les faibles. De ce fait, des masses de personnes se retrouvent exclues et marginalisées, sans travail, sans perspective, sans aucun moyen de s’en sortir. »
Cependant, tout n’est pas perdu, il y a des raisons d’espérer ; par exemple, l’élection de Zohran Mamdani à New York a montré « qu’un programme économique progressiste » peut l’emporter. Et la dernière partie du livre, intitulée « Et maintenant, où allons-nous ? », dévoile une nouvelle vision. Tout d’abord, « nous devons démasquer D. Trump pour ce qu’il est : un imposteur opportuniste et autoritaire » et ensuite « nous battre pour un programme qui profite à la classe ouvrière de ce pays. » B. Sanders détaille les méfaits causés par D. Trump à l’Amérique : une augmentation massive de sans-abris et de la précarité alimentaire, « l’espérance de vie la plus courte de presque tous les pays riches […] des dépenses militaires dépassant les 1 000 milliards de dollars. »
Mais une société réformée qui met fin à la pauvreté n’est possible que si les citoyens américains et les législateurs prennent certaines mesures. C’est pourquoi l’auteur plaide avec force pour l’amélioration de l’avenir d’innombrables Américains : mettre en place un système de santé universel, à l’instar de la plupart des pays européens ; garantir une éducation de qualité pour tous ; rendre le logement abordable ; améliorer les conditions de travail grâce à une syndicalisation accrue ; augmenter le salaire minimum ; encourager l’actionnariat salarié. Si cela semble ambitieux, plutôt que réalisable à l’heure actuelle, B. Sanders exhorte les Américains à s’impliquer davantage dans la vie politique du pays. Il donne des exemples concrets de cette implication et des endroits où elle s’est produite, notamment lors des immenses rassemblements qu’il a organisés à travers le pays. Il conclut : « Nous pouvons vaincre les oligarques et bâtir un monde bien meilleur […] Unissons-nous et allons de l’avant. Solidarité pour toujours. »
1. Bernie Sanders, Fight Oligarchy (non traduit), 2025, Crown Publishing, Group (NY).
Etats-Unis
Auteur : Phyllis Creme, collaboratrice de Share International qui vit à Londres (Royaume-Uni). Elle était l’épouse de Benjamin Creme.
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