Partage international no 457 – septembre 2026
La campagne Marco Polo pour la paix, la culture et le développement durable
par Jeffrey et Sonia Sachs
La Transoxiane, ancien nom grec de l’Ouzbékistan actuel, a été le théâtre de nombreux tournants majeurs de l’histoire. Ce nom désigne les terres situées au-delà de l’Oxus, que nous appelons aujourd’hui l’Amou-Daria, ce fleuve qui, depuis des millénaires, donne vie aux oasis de cette région désertique et en a fait un carrefour central de la route de la Soie. C’est en Transoxiane qu’Alexandre le Grand a mené certaines de ses campagnes les plus difficiles, contre le peuple perse oriental connu sous le nom de Sogdiens.
Les combats prirent fin lorsque Alexandre épousa une Sogdienne, Roxane – « Petite Étoile » dans l’ancienne langue iranienne – et rallia ainsi les Sogdiens à sa cause. Notre guide local, un homme enjoué, s’appelle lui aussi Iskander (Alexandre). Ce même nom est porté avec fierté depuis vingt-trois siècles sur ces terres que les Macédoniens ont su rallier à leur cause.
Les Sogdiens étaient déjà présents bien avant Alexandre, bien avant Rome, et plus de deux millénaires avant le monde dominé par l’Occident de ces derniers siècles. La famille Polo est passée par ici il y a environ 750 ans. Et c’est dans cette région ancienne et enchanteresse que notre petite caravane de voitures électriques a fait son entrée aujourd’hui.
Nous sommes arrivés au centre du monde tel que le concevaient les civilisations antiques et médiévales. C’est le carrefour entre la Chine et la Perse, l’Inde et la steppe, le lieu où la soie, le papier, les croyances et les chiffres avec lesquels nous comptons ont tous changé de mains. Cet endroit est en train de devenir une destination du XXIe siècle pour le tourisme, le commerce et la culture, le long du nouveau « corridor central » qui relie à nouveau l’Europe et la Chine.
L’Amérique a célébré son 250e anniversaire pendant que nous étions sur cette route. Deux cent cinquante ans, c’est un clin d’œil en Transoxiane. Je ressens une grande tristesse face au comportement de ce jeune empire américain – qui s’en prend aux civilisations anciennes, aux Iraniens avant tout, un peuple dont l’art de gouverner, la poésie et la science remontent à une époque dix fois plus ancienne que la courte existence nationale de l’Amérique. Comme nous le savons, la guerre que les États-Unis ont menée cette année contre l’Iran sur un coup de tête ne s’est pas bien passée.
Il y a dans les vieux remparts et les anciennes madrasas de Khiva une sagesse que Washington ferait bien de redécouvrir : il ne faut pas intimider les grandes nations d’autrefois pour les soumettre, mais les aborder sur un pied d’égalité dans le commerce. La paix, premier objectif de notre voyage sur les traces de Marco Polo, commence par l’humilité face à la dignité des autres peuples.
La ville fortifiée de Khiva – l’Itchan Kala – est une cité médiévale merveilleusement préservée, dont les remparts en briques crues brillent d’une lueur ambrée au crépuscule, tandis que ses minarets, ses madrasas et le solide socle turquoise de la Kalta Minor, inachevée, s’élèvent en son sein. Je suis fasciné.
Pourtant, cette ville fortifiée n’est pas un simple objet de musée. Près de deux mille personnes vivent encore à l’intérieur des anciens remparts, leurs enfants se rendent à l’école le long de ruelles lissées par mille ans de passage de commerçants et d’artisans. Ici s’empilent, couche après couche, les civilisations – khwarezmienne, perse, turque, mongole, timouride, ouzbèke, russe – et l’ensemble constitue encore aujourd’hui une partie vivante et active de la ville. C’est une merveille : un lieu qui porte tout son passé en lui sans cesser d’être un lieu de vie.
Cette région, appelée Transoxiane par les Grecs de l’Antiquité et de nos jours Ouzbékistan, reste un carrefour de nombreuses grandes civilisations, qui se sont mêlées les unes aux autres plutôt que de se remplacer. Le monde perse a donné à cette terre sa poésie et son génie administratif. Le monde grec a laissé ses Iskandars et des villes telles que Khujand, au Tadjikistan (autrefois connue sous le nom d’Alexandrie Eschate, ou Alexandrie la plus lointaine). Les peuples turcophones ont apporté la langue ouzbèke et une partie de la population qui anime aujourd’hui ces rues. Le christianisme était également présent ici, notamment sous la forme des églises nestoriennes qui parsemaient autrefois la Route de la Soie jusqu’en Chine.
À Boukhara, où nous nous rendons aujourd’hui, subsistent les vestiges d’une ancienne communauté juive, les Juifs de Boukhara, qui ont prié, fait du commerce et chanté ici pendant des millénaires. Tous ces courants constitutifs de la civilisation sont encore visibles dans le tissu de cette région remarquable.
Après Boukhara – ville de pèlerins, d’érudits et de saints –, nous arriverons à Samarcande, le joyau au cœur de la Transoxiane. Samarcande fut la capitale du vaste empire de Timur, connu en Europe sous le nom de Tamerlan : un conquérant aussi brutal que ses prédécesseurs, mais aussi le fondateur d’une dynastie qui fit de cette ville un phare de l’art et du savoir. C’est son petit-fils que j’ai le plus hâte d’honorer là-bas. Ouloug-Bek – prince, sultan et, surtout, astronome – fit construire en 1424 sur la colline de Samarcande l’un des plus grands observatoires du monde pré-moderne, doté d’un sextant si imposant que son arc s’enfonçait profondément dans la roche. C’est là que, pendant dix-sept ans, lui et son équipe de mathématiciens mesurèrent le ciel avec une précision que l’Europe à l’époque ne pouvait égaler.
Leur grand catalogue d’étoiles, le Zīj-i Sultānī de 1437, redéfinit les positions de plus d’un millier d’étoiles – le premier catalogue de ce type établi à partir d’observations inédites depuis Ptolémée, treize siècles auparavant – et sa précision ne fut surpassée qu’un siècle et demi plus tard par Tycho Brahe. Les mesures d’Ulugh Beg concernant la durée de l’année et l’inclinaison de l’axe terrestre étaient plus précises que les valeurs que Copernic lui-même allait utiliser.
Et ce savoir s’est propagé : ses tables ont atteint l’Europe, ont été imprimées à Oxford par Thomas Hyde en 1665, et ont été étudiées par des astronomes tels que Hevelius, alimentant ainsi le courant d’observations dont allaient naître la révolution copernicienne et l’astronomie moderne. Le fait qu’un prince timouride, sur cette colline de la route de la Soie, ait contribué à ouvrir la voie à Kepler et Newton, représente précisément le genre de lien que notre périple « Marco Polo » avait pour vocation de célébrer : cette collaboration longue, patiente et sans frontières entre esprits humains, au-delà de toutes les frontières des nations, des croyances et des langues.
Depuis le cœur de la route de la Soie, avec la poussière de Khiva sur nos sandales et les dômes bleus de Samarcande à l’horizon, nous vous adressons nos salutations les plus chaleureuses et nos vœux les plus sincères de paix entre les nations, qu’elles soient anciennes ou récentes.
Jeff et Sonia
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Lieu : Khiva,, Ouzbékistan
Date des faits : 7 juillet 2026
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