Partage international no 367 – mars 2019
En règle générale, en cas de désaccord ou de tendance séparatrice, il est recommandé d’analyser ce qui se cache derrière. Les forces du chaos favorisent la division, laquelle engendre le factionnalisme et la discorde. Il est certainement plus sage de choisir l’unité et de travailler dans l’intérêt du bien commun. A mesure que l’humanité évolue et que l’être humain élargit sa capacité à s’identifier plus intimement aux autres, aussi différents soient-ils, elle s’oriente vers davantage d’inclusivité, tout en respectant et en intégrant la diversité. Chaque nation a ses propres caractéristiques, mais celles-ci doivent être mises au service du plus grand nombre.
En janvier 1971, le parlement britannique a voté son adhésion au Marché commun européen, comme on le nommait alors. Edward Heath était le premier ministre conservateur. Il était aussi musicien, navigateur au long court et visionnaire. Il croyait que la place légitime du Royaume-Uni à cette époque de l’histoire était de faire partie de l’Europe, après des siècles de conflits. Jusqu’alors, le Royaume-Uni était resté en marge de l’Europe, freiné au début par le patriotisme du premier ministre Winston Churchill et du président français Charles de Gaulle. Lorsque le parlement a ratifié le projet d’adhésion à l’Europe, E. Heath, en guise de remerciement, s’est mis à son clavier et a joué un des préludes du Clavier bien tempéré de Bach, expression de paix et d’harmonie.
Quelques années après, la controverse suscitée par cette adhésion – le Royaume-Uni se sent depuis longtemps comme une île fière et conquérante – était telle qu’Harold Wilson, premier ministre travailliste de l’époque, a organisé un référendum offrant au peuple britannique la possibilité de rester dans le Marché commun ou de le quitter. Une large majorité de deux contre un a voté en faveur du maintien.
Le 4 juin 1975, la veille de ce référendum, le quotidien The Times a publié une lettre de Benjamin Creme, dans laquelle il préconisait fermement de voter pour le maintien, dans l’intérêt de l’unité et de la paix. Nous la retranscrivons ci-dessous.
Le cas de la Grande-Bretagne
Courrier reçu de M. Benjamin Creme
Messieurs, le maintien de la Grande-Bretagne dans le Marché commun est essentiel, non seulement pour l’unité européenne mais aussi pour l’unité mondiale. La Grande-Bretagne a une longue expérience en tant que mère du Commonwealth britannique des nations, uni par des liens, à la fois souples et fermes, capables de résister aux tensions que génèrent des besoins et des aspirations nationales divergentes. Elle peut servir de point d’ancrage et de guide, alors que l’Europe, dans sa tentative de forger une unité et une fusion, a de nombreux problèmes. L’Europe pourrait représenter ultérieurement le premier modèle concret d’une unité mondiale que tous les hommes de bonne volonté désirent ardemment, et qui est essentielle pour que la paix véritable et durable devienne un jour une réalité dans le monde. Les avantages et les inconvénients matériels à atteindre, et la légère perte de souveraineté que cela implique, n’ont guère d’importance dans cette perspective plus large.
Le moment est venu pour le peuple britannique de montrer son sens inné des valeurs plus élevées de coopération, de justes compromis et de partage pour le bien commun, en votant oui au maintien de notre appartenance à la Communauté européenne.
Veuillez agréer, Messieurs, l’expression de ma considération distinguée.
Benjamin Creme, 2 juin 1975
Si l’adhésion à la Communauté économique européenne – dont on a changé la dénomination, et qui est passée de sept à 27 pays membres – a procuré de nombreux avantages au Royaume-Uni, une minorité active s’est toujours opposée à son adhésion : certains conservateurs qui n’appréciaient pas les réglementations européennes, et certains travaillistes qui considéraient l’UE comme une « conspiration capitaliste ». En 2016, le gouvernement conservateur du premier ministre David Cameron, craignant de perdre le soutien du parti d’extrême droite, l’Ukip, a organisé un nouveau référendum, et il avait tout lieu de penser qu’il serait favorable au « maintien » en Europe.
Mais le vote a été remporté de justesse par les séparatistes par une majorité de 51,9 % contre 48,1 %. On a alors inventé le terme Brexit et, à ce jour (9 février 2019), le parlement du Royaume-Uni est toujours dans un état de turbulence extrême, sans que rien n’ait encore été décidé quant à l’« accord » réglementant son départ de la Communauté européenne fin mars.
Quelques jours avant le référendum du 23 juin 2016, Benjamin Creme, qui était alors malade et presque aveugle, a aidé sa femme Phyllis à écrire un courriel informel à son groupe londonien, plaidant une fois de plus pour un vote favorable au « maintien » et toujours dans l’intérêt de l’unité. Comme toujours, B. Creme promeut l’unité, et écarte le séparatisme. Il considèrera le résultat négatif du référendum comme une profonde régression.
Nous reproduisons ce courriel ci-dessous :
Benjamin Creme reste absolument convaincu que nous devrions continuer à faire partie de l’Europe. Il est vrai qu’il n’était pas favorable à l’adhésion à la monnaie européenne, mais c’est une autre question, et la Grande-Bretagne n’est pas dans la zone euro. Il n’est pas non plus en faveur d’un super-Etat européen. L’identité propre à chaque pays est en effet vitale et doit être préservée, mais cela n’exclut pas de faire partie d’un ensemble plus vaste, mieux à même d’aborder des questions aussi importantes que le changement climatique, que chaque pays pris isolément.
Nous savons tous que l’Europe a de nombreux défauts. Mais si notre pays veut les corriger, il vaut mieux le faire de l’intérieur que de l’extérieur. Il s’agit donc vraiment d’une question d’unité dans la diversité. Chaque nation est distincte mais a beaucoup à apporter à un plus grand tout. [BC et PPC, 21 juin 2016]
Dans une autre note explicative rédigée avec l’aide de son épouse après le référendum, il a ajouté :
« Les Maîtres croient en l’unité dans la diversité et le Brexit, de ce point de vue, était séparatiste et isolationniste. C’était un retour au passé, à la « Grande » Bretagne, à « reprendre en main », tout cela est impossible dans un monde de plus en plus interdépendant.
Bien sûr, l’UE a beaucoup de défauts propres à un système capitaliste, mais dans l’ensemble, les avantages, tels que les lois sur les droits de l’homme et la coopération en matière de recherche et de réhabilitation urbaine l’emportaient sur les désavantages. […] Ce qui est plus important, c’est le sentiment d’avancer vers une plus grande unité, de nous considérer comme une famille humaine, sans perdre notre individualité cruciale. Les jeunes, en particulier, sont fiers de se considérer comme des citoyens à la fois européens et britanniques […]. » [BC et PPC, juillet 2016]
Le point de vue de Maitreya
Les extraits ci-dessous proviennent des Enseignements de Maitreya, tels qu’ils ont été transmis par un de ses proches, membre de la communauté asiatique de Londres, puis publiés dans notre revue et diffusés sous forme de communiqués de presse, et enfin compilés dans l’ouvrage Les Lois de la Vie – Enseignements de Maitreya.
La Communauté européenne – Les idéaux de la Communauté européenne ne doivent pas devenir trop ambitieux et menacer les identités nationales et culturelles des différents pays. Ces identités sont sacrées et on ne doit pas y toucher. Mais la Communauté européenne a un rôle à jouer dans l’approvisionnement des pays du monde en nourriture. (nov. 1989)
Les nations conserveront leur individualité sacrée. La nourriture, le logement et la protection sociale doivent devenir des priorités afin d’éviter le développement des germes destructeurs du nationalisme et du racisme. Le libre-échange n’est pas la même chose que l’abolition de tous les contrôles frontaliers […]. Si nous acceptons cette situation, les identités nationales en souffriront. Cette souffrance provoquera une montée du nationalisme et du racisme qui sont les germes de la destruction. (sept. 1993)
La diversité – La culture de la création repose sur la diversité, qui est à la base de toute nation et de toute religion. Essayer de faire disparaître ces différences et vous ne provoquerez que destruction. C’est pourquoi la tendance vers l’européanisation au nom du commerce est si dangereuse […]. Vous devez respecter les lois de la diversité afin de maintenir l’harmonie et la paix. (juillet 1991)
L’avidité commerciale – L’identité des nations est aussi sacrée que celle des individus. Lorsque le mental, l’esprit et le corps perdent leur centre de gravité, un effondrement s’ensuit. Il en va de même pour les nations. Lorsque le centre de gravité d’un pays se déplace vers un centre européen, des désordres s’ensuivent. L’un des principaux motifs de l’européanisation est l’avidité commerciale. Mais personne ne voudra céder son pouvoir. Le commerce continuera, mais les frontières nationales seront maintenues. Ceux qui tentent de menacer la souveraineté nationale échoueront. (mai 1989)
Les différentes nationalités – Le but de l’européanisation était et reste de créer un marché plus vaste, et non de sacrifier l’identité nationale des pays. Soyez vous-mêmes. L’identité est sacrée […] L’effort politique visant à fondre les différentes nationalités en une seule aboutira à un échec. Cela ne peut pas réussir et ne réussira pas. (nov. 1990)
Le Maître Djwhal Khul esquisse les possibilités futures :
Le travail dans les prochaines décennies
Dans Extériorisation de la Hiérarchie (1948), le Maître DK a esquissé un certain nombre de scénarii internationaux futurs possibles dans les domaines politique et économique. Il conclut qu’en se fondant sur « toutes les indications et les tendances mondiales dominantes, l’avidité encore invaincue de certaines grandes nations règne indiscutablement […] ».
Il a ensuite décrit diverses alliances nationales, commerciales, culturelles et géopolitiques qui allaient conduire à la domination de l’une ou l’autre idéologie. L’un des scénarii possibles pour l’avenir était le suivant :
« Un monde divisé en « blocs » en vue d’une aide mutuelle et d’une économie partagée. De cela, le traité projeté entre la Grande-Bretagne, la France et le Benelux est un échantillon expérimental, bien qu’entaché de motifs répréhensibles du point de vue de la Hiérarchie. La peur est le principal facteur conduisant à ce traité, mais il porte néanmoins, en lui-même, les semences de l’espoir. Il n’y a rien d’intrinsèquement mauvais dans un groupe de nations qui s’unissent pour s’entraider et coopérer économiquement. Le facteur erroné intervient lorsqu’elles s’unissent contre un autre groupe de nations, et donc contre un groupe d’êtres humains.
Les blocs en eux-mêmes peuvent être corrects et adéquats s’ils respectent les lignes de clivage naturel des langues différentes et des cultures distinctes. Ils peuvent être essentiellement corrects s’ils sont formés dans des buts économiques, éducatifs, religieux et sociaux, n’offrant donc aucune vraie raison de s’alarmer. De tels blocs seraient culturels et non militaristes, économiques et exempts de cupidité, et ils pourraient représenter un mouvement normal et progressif, s’éloignant du nationalisme séparatif du passé et se dirigeant vers la lointaine création d’un monde unique, et d’une humanité unique. Nous verrons cela un jour, mais le temps n’en est pas encore venu. L’humanité n’est pas prête pour quelque super-gouvernement, et elle ne peut pas encore fournir les hommes d’Etat altruistes et compétents qu’exigerait un tel gouvernement. Jusqu’ici, ce concept comporte plus de semences de danger que d’utilité. Néanmoins, c’est un rêve qui, un jour, se matérialisera, lorsque la création et le fonctionnement des blocs auront démontré comment les hommes devraient travailler et vivre ensemble.
Les Nations unies constituent encore l’espoir du monde et peuvent le demeurer […] »
Royaume Uni
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