Partage international no 155 – juillet 2001
par Nelson Mandela
Une lettre de Nelson Mandela et de Graça Machel
Nous faisons partie des hommes et des femmes les plus privilégiés, pour avoir été témoins du triomphe de l’esprit quand la soif de liberté de l’homme a pris forme en action. Nous avons vu ces actions changer des pays et des continents.
Nous avons soutenu les initiateurs de nos témoignages tandis qu’ils agissaient courageusement tant en situations publiques que privées, nationales que locales. Des initiateurs qui, peut-être, n’avaient même pas réalisé qu’ils en étaient, simplement parce qu’ils faisaient ce qu’ils savaient être juste.
Ensemble, avec ces visionnaires, nous avons partagé le rêve d’un monde plus équitable, un monde plus pacifique. Ensemble, nous avons travaillé de longues années durant pour communiquer cet idéal à nos villages, nos villes et nos pays.
Nous avons eu d’innombrables conversations avec les intellectuels et les poètes, avec les scientifiques et les activistes, avec les politiciens et les hommes d’affaires – et aussi avec les pères et les mères, grands-pères et grands-mères, oncles et tantes, jeunes enfants et adolescents – sur la manière de faire du monde un meilleur endroit pour tous les peuples. Pas seulement un meilleur endroit pour ceux qui ont déjà accès aux ressources, mais une meilleure place pour tous.
Ainsi, tandis que nous observons la vie des enfants de ce monde, nous le faisons avec nos yeux d’hommes et de femmes qui ont vu ce qui pouvait être fait pour changer le monde, quand des gens s’engagent au service d’un idéal.
Tandis que nous regardons nos enfants dans tous les pays, dans chaque région du monde, nous voyons de jeunes vies tourmentées par la pauvreté et la violence, rongées par la maladie, malmenées par la discrimination. Derrière certaines accumulations de richesses, nous voyons des futurs anéantis et des avenirs ne pas se réaliser par défaut d’éducation. Malgré les miracles de la science, nous voyons une génération après l’autre se trouver condamnée. Nous écrivons ces mots que notre cœur voudrait crier : nous ne devons pas laisser cela se produire. Nous ne pouvons pas sacrifier ainsi nos précieux enfants. Il y a longtemps que nous aurions dû agir pour eux.
Préservons les droits des enfants
Nous utilisons nos privilèges pour nous mettre au service des enfants du monde. Nous unissons le combat de notre vie pour la justice avec la mission de l’Unicef pour préserver les droits des enfants, pour les aider à satisfaire leurs besoins fondamentaux et pour développer leurs chances d’atteindre leur plein potentiel. Et nous implorons de toute urgence ceux qui voudront être initiateurs – des gouvernements, des organisations des secteurs civil ou privé, à en faire de même.
Assurément, dans un monde où nous avons les instruments pour soigner la plupart des cancers, considérés, il y a seulement dix ans comme fatals, nous sommes capables de vacciner tous les enfants contre les maladies infantiles mortelles.
Assurément, dans un monde où les technologies de communication permettent à des enfants d’échanger des messages au-delà des océans en quelques secondes, nous sommes capables d’assurer à chacun une éducation élémentaire de la meilleure qualité qui soit.
Assurément, nous sommes capables de donner un accès au savoir et à l’information dont ont besoin ces jeunes gens pour rester en phase.
Le futur de nos enfants réside dans notre capacité à conduire le monde et dans les choix faits par les dirigeants. Nous appelons ceux que nous avons déjà appelés à nous rejoindre dans un nouveau partenariat mondial, engagé dans ce changement. Nous invitons ceux que nous n’avons jamais rencontrés à nous rejoindre dans ce mouvement mondial pour l’enfance. Nous encourageons ceux qui jouissent des richesses de ce monde à mettre en œuvre leur savoir et leur pouvoir, leurs technologies et leurs ressources et, par-dessus tout, leur imagination et leur créativité, et d’en user pour faire un monde meilleur pour les enfants. Peu importe la raison pour laquelle nous avons été invité, nous parlerons des enfants. Nous parlerons de leurs droits au bien-être et de la nourriture en suffisance pour les familles, des services de santé élémentaires, d’une éducation de qualité et des possibilités d’être d’actifs participants dans leurs sociétés. Nous parlerons de leur place cruciale dans le développement humain.
Nous avons vu trop de changements se produire dans le cours de notre vie pour nous résigner à accepter la manière dont vivent ces enfants. Nous avons trop d’espoir en leur capacité à changer les choses qui sont aujourd’hui. Et nous avons tellement foi dans l’unité du genre humain que nous savons que ce mouvement mondial que nous appelons se réalisera..
