Partage international no 455 – juillet 2026
par Mauro Carlo Zanella1
À Tirana, la vie suit son cours normalement : les gens vont travailler, les étudiants se préparent pour leurs examens, les enfants jouent dans les parcs, les retraités prennent un café dans l’un des nombreux bars et discutent pendant des heures… Les premiers touristes, dont un bon nombre d’Italiens, visitent la mosquée et la place Scanderbeg. Pas d’affiches, pas de graffitis ni de tracts… Tout est calme, bref, tout est tout à fait normal.
Le seul signe visible de ce qui est en cours, ce sont les stands où l’on recueille des signatures pour les deux référendums visant à abroger les lois qui permettent de contourner les contraintes environnementales et donc de favoriser la spéculation immobilière, et ce même dans les plus belles zones protégées d’Albanie. Tout cela au profit des oligarques locaux, qui blanchissent l’argent sale des mafias du monde entier et, surtout, ouvrent la porte au gendre sioniste de Trump qui, dit-on – mais je ne peux le vérifier –, investirait de l’argent israélien…
En somme, la vieille classe politique corrompue et discréditée du soi-disant parti « socialiste » d’Edi Rama et du soi-disant parti « démocratique » d’opposition de Sali Berisha est en train de brader le pays au capitalisme le plus rapace.

(photo : Pressenza)
À 18h tout change : les habitants de Tirana se rassemblent en nombre croissant sur la place Skanderbeg et lorsque celle-ci est bondée, commencent à marcher vers le palais du premier ministre Rama situé à proximité.
Hommes et femmes, personnes âgées et enfants. Beaucoup d’enfants, des nouveau-nés qui malgré le vacarme parviennent à dormir dans leurs poussettes et dans les porte-bébés de leur mère, aux enfants plus âgés sur les épaules ou dans les bras de leurs parents, qui agitent joyeusement leurs petits drapeaux ou pancartes écrites et dessinées à la maison, et scandent les slogans les plus populaires : « Rama et Berisha, c’est fini pour vous ! », « Révolution ! Révolution ! »
Le 18 juin 2026 était une journée particulière : l’événement n’était pas seulement national, car il a réuni à Tirana tous les Albanais, y compris ceux qui vivent au Kosovo, en Macédoine du Nord, dans le sud du Monténégro et le nord de la Grèce : en somme, tout le territoire de la soi-disant « Grande Albanie » et ceux de la diaspora des quatre coins du monde, qui ont profité des jours de vacances pour revenir au pays et apporter leur contribution à la libération de leur terre.
Une marée, un océan de personnes qui s’est peu à peu étendu à perte de vue. Le rouge, couleur du drapeau, prédominait, à côté de l’aigle bicéphale noir. On pouvait apercevoir les silhouettes des Flamants roses qui se déplaçaient en file indienne parmi la foule, menés par une cigogne blanche.
Les intervenants se succédaient sur scène : intellectuels, artistes et représentants de la société civile. Évidemment, je n’ai pas compris un seul mot, mais la foule applaudissait avec enthousiasme.
Devant la scène, des dizaines de chaussures symbolisaient les émigrés contraints de quitter leur pays pour chercher du travail à l’étranger.
Aucun drapeau des trois partis actuellement mineurs au Parlement, ni même des groupes écologistes, n’était visible.
Les socialistes démocrates de La Nouvelle Albanie portaient une banderole, sans symbole ni signature, mais avec le slogan : « L’Albanie n’est pas à vendre ».

(photo : Pressenza)
Le patriotisme albanais n’a pas de sentiments suprémacistes et est exempt de pulsions xénophobes : il repose sur le lien avec sa patrie (à l’instar du patriotisme des Palestiniens et des Kurdes, pour être clair) et sa culture qui croit en l’hospitalité et la pratique.
Le perron du palais du premier ministre Rama était gardé par une vingtaine de policiers sans casque, sans bouclier ni matraque, et sans arme dans leur étui. Ils invitaient gentiment les gens à ne pas s’assoir sur les marches ni à monter les escaliers. Toutefois, quelques enfants « désobéissants » jouaient à chat devant l’entrée du ministère sans que les policiers n’aient rien à redire.
« Aujourd’hui et dans les jours à venir, nous continuerons sans relâche, jusqu’à la victoire du peuple » me disent-ils avec une détermination pacifique.
1. Mauro Zanella est instituteur, défenseur convaincu du multiculturalisme, militant, il dénonce avec force les crimes contre l’humanité, le racisme et toutes les formes de discrimination. Il vit à Rome.
Lieu : tirana, Albanie
Date des faits : 18 juin 2026
Sources : Pressenza
Thématiques : Société
Rubrique : Point de vue


