Partage international no 457 – septembre 2026
La planète est en feu, littéralement, sur tous les continents, et pourtant les forages se poursuivent, la déforestation s’accélère, les guerres font rage et les rouages de la mort, engendrés par le complexe militaro-industriel, continuent de tourner.
D’année en année, le nombre de personnes mourant de causes liées au changement climatique augmente ; et bien qu’il y ait eu des décès en Occident, la grande majorité des victimes sont pauvres, noires et originaires des pays du sud. La mort frappe les « mauvaises personnes ».
Le beurre et l’argent du beurre
Depuis des décennies, les climatologues et les militants écologistes réclament des changements de politique et des réductions urgentes des émissions de gaz à effet de serre (GES). Mais malgré des avertissements répétés et des manifestations publiques soutenues à travers le monde, la réponse des gouvernements et des entreprises s’est avérée totalement insuffisante.
Des objectifs de « neutralité carbone » en matière de GES ont été adoptés par les gouvernements de 137 pays (ainsi que par certaines entreprises) ; des politiques visant à abandonner les énergies fossiles ont été élaborées et dans certains cas mises en œuvre. Mais l’économie des combustibles fossiles, les modes de vie matérialistes et les régimes alimentaires à base de produits d’origine animale qui attisent la crise restent intacts.
Ces gouvernements, cependant, ne sont ni autonomes ni guidés par des principes, mais contrôlés plus ou moins par l’argent : par les entreprises et les forces du marché, par des personnes ayant des intérêts particuliers : dans l’économie des combustibles fossiles, le complexe militaro-industriel, les géants de la tech, les technologies numériques, et bien d’autres encore.
Et c’est là, dans « le monde clinquant des oligarques », un univers parallèle insatiable et qui s’agrippe au luxe, que l’action et le changement se heurtent à la résistance la plus farouche. La cupidité de ce groupe restreint mais incroyablement puissant d’hommes isolés du reste du monde est sans limite, leurs émissions de GES vertigineuses et leur complaisance criminelle.
Dans son rapport percutant intitulé « Les inégalités carbone tuent »,Oxfam affirme que « cinquante des milliardaires les plus riches du monde produisent en moyenne, en un peu plus d’une heure et demie, davantage de carbone par le biais de leurs investissements, de leurs jets privés et de leurs yachts qu’une personne lambda au cours de toute sa vie […] et ils ont tendance à privilégier les investissements dans des industries fortement polluantes, comme les énergies fossiles.[…] Si les émissions de chacun correspondaient à celles des 1 % les plus riches, le budget carbone (quantité de CO₂ pouvant être rejetée dans l’atmosphère sans faire grimper les températures au-delà de 1,5 °C) serait épuisé en moins de cinq mois. »
Le réchauffement climatique a déjà atteint 1,5 °C (par rapport aux niveaux préindustriels) et selon Tim Lenton, chercheur britannique spécialisé dans les systèmes globaux de l’université d’Exeter, « nous nous approchons rapidement de multiples points de basculement du système terrestre qui pourraient transformer notre monde avec des conséquences dévastatrices pour les populations et la nature ».
Rien de tout cela n’affecte les pollueurs industriels qui restent fermement attachés à l’économie des énergies fossiles et au complexe militaro-industriel, des poisons qui alimentent le changement climatique, tout comme la guerre, bien sûr, que les oligarques considèrent comme une opportunité pour faire des affaires. La paix n’intéresse en rien ces hommes, et sans paix, les émissions de GES continueront d’augmenter, le changement climatique s’accélérera, et de plus en plus de personnes en mourront.
Décès liés au climat
A mesure que les températures augmentent et que les phénomènes météorologiques extrêmes se multiplient, chaque année, de plus en plus de personnes meurent de causes liées au climat.
Le rapport Lancet Countdown 2025, rédigé en collaboration avec l’Organisation mondiale de la santé (OMS), indique clairement que la complaisance et l’inaction face au changement climatique « entraînent chaque année des millions de décès qui pourraient être évités ».
Leurs conclusions sont sans appel : la mortalité liée à la chaleur a augmenté de 63 % depuis les années 1990, pour atteindre une moyenne annuelle de 546 000 décès entre 2012 et 2021 ; l’exposition à la fumée des feux de forêt a entraîné environ 154 000 décès en 2024 ; et la pollution atmosphérique due aux combustibles fossiles et aux sources domestiques a été responsable, au total, de 4,8 millions de décès.
Aussi choquants que soient les chiffres actuels, le nombre de décès liés au climat devrait augmenter de manière spectaculaire. Un rapport de 2024 du Forum économique mondial, s’appuyant sur une méthodologie qui inclut les inondations, les sécheresses, les feux de forêt et les tempêtes tropicales, prévoit que d’ici 2050 (c’est-à-dire dans seulement 24 ans) « le changement climatique pourrait causer 14,5 millions de décès supplémentaires ». Le chiffre réel sera probablement encore plus élevé.
Dans leur grande majorité, les victimes proviennent des pays du Sud (Afrique, Asie du Sud et Amérique latine), des régions qui ne sont pratiquement pour rien dans cette crise. Pauvres, noirs ou métisses, ces hommes, femmes et enfants sont considérés comme inutiles par une élite mondiale déconnectée de la réalité, qui ne se soucie que d’elle-même et de la perpétuation de ses privilèges.
C’est du racisme environnemental, et il sévit partout dans le monde. C’est l’une des nombreuses conséquences d’inégalités extrêmes : de revenus, de richesse, d’influence, d’opportunités et d’éducation.
Le fait que les victimes concernent principalement des populations pauvres, noires et métisses, vivant à des milliers de kilomètres de la Silicon Valley ou de Wall Street, est l’une des principales raisons de la complaisance et de l’inaction face à cette catastrophe environnementale. Mais ce n’est pas la seule raison : car même si les effets du changement climatique touchent désormais les Blancs de la classe moyenne en Europe et en Amérique, les gouvernements refusent toujours de prendre les mesures radicales qui s’imposent.
Cette défaillance accablante met en évidence la nécessité non seulement d’une réforme systémique fondamentale, mais aussi d’un changement des valeurs et des attitudes, celles-ci constituant le moteur des comportements. Ces deux aspects doivent évoluer en parallèle pour une transformation symbiotique. Et au cœur de cela doit se trouver la prise de conscience que l’humanité est une, et que par conséquent on devait rejeter tout ce qui crée et entretient les divisions, et favoriser des modes de vie inclusifs et coopératifs.
Comme toutes les crises auxquelles l’humanité est confrontée, la destruction du monde naturel est la conséquence d’un mode de vie matérialiste et clivant, enraciné dans le désir, le plaisir et l’égoïsme. Ce n’est que dans un monde aussi superficiel et égocentrique que peuvent exister la honte du racisme environnemental et le blasphème de l’oligarchie.
Auteur : Graham Peebles, écrivain indépendant britannique et travailleur caritatif, il a créé l’ONG The Create Trust en 2005 et a mené des projets éducatifs en Inde, au Sri Lanka, en Palestine et en Ethiopie.
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