Le pouvoir du peuple préserve une partie menacée de la Patagonie

Partage international no 452avril 2026

En 2012, les autorités prévoyaient d’inonder la vallée chilienne de Cochamo pour un immense projet hydroélectrique. Puis une entreprise privée voulait construire des résidences secondaires haut de gamme et créer des routes dans la vallée. Mais ces projets et d’autres ont été annulés en raison d’une forte opposition de la population. En 2025, une campagne de financement participatif rassemblant des familles d’éleveurs, des alpinistes, des routards, des agences de voyage, des explorateurs, menée par l’ONG Puelo Patagonia, a permis d’aller plus loin. Au lieu d’accepter ces projets, la coalition a acheté 133 000 hectares de nature sauvage pour 63 millions de dollars, et, en décembre dernier, elle a transféré le titre de propriété à la Fundación Conserva Puchegüín, une organisation chilienne sans but lucratif.

La taille de l’écosystème ainsi protégé correspond à 383 fois celle de Central Park à Manhattan, et 800 fois celle du Regent’s Park à Londres, et ses forêts anciennes comprennent des bosquets d’alerces qui y poussent depuis environ 1 000 ans avant notre ère. Il n’y a pas de routes dans la vallée et les quelques habitations qui s’y trouvent génèrent leur propre électricité grâce au soleil ou au vent. C’est un important passage naturel reliant des zones naturelles protégées du Chili et de l’Argentine.

L’action de conservation du Cochamo fut inspirée par le travail de Kris et Doug Tompkins qui ont respectivement dirigé les entreprises de vêtements Patagonia et Esprit, et ont fondé l’ONG Tompkins rebaptisée Rewilding Chile. Pendant plus de vingt-cinq ans, ils ont dépensé 300 millions de dollars pour acheter d’immenses parcelles de terres, puis ont négocié avec le gouvernement chilien pour qu’il agrandisse les parcs naturels existants. Plus de 5.7 millions d’hectares de terres ont ainsi été protégés.

Le projet pour Cochamo consiste à placer 80 pour cent des terres sous le statut protégé de parc national, laissant les 20 pour cent restants au tourisme, aux fermes familiales et aux petits ranchs, pour fournir une source de revenus aux communautés locales.

La popularité de la région augmentant, une limite de 15 000 visiteurs par an a été fixée, avec une réservation préalable. Un projet de sentiers de randonnée, de camps de base et de centres équestres est en cours d’élaboration avec la participation directe des communautés locales. Le peuple s’est exprimé et il a gagné !


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