Partage international no 446 – octobre 2025
par Phyllis Creme
« Je ne souhaite qu’une seule chose : être capable d’aimer le monde et de le contempler, ainsi que moi-même et tous les êtres, avec amour, admiration et un immense respect. » Extrait de l’épigraphe du livre « Siddharta », de Hermann Hesse
Le livre de Graeme Maxton soulève de nombreuses questions susceptibles de recevoir des réponses diverses. Il se présente sous la forme d’une série d’essais qui reflètent son titre, les Égarements de l’esprit occidental (The Follies of the Western Mind). Maxton parvient à construire une sorte de diatribe sur ces « égarements » en intitulant certains de ses chapitres « Lettres de mon oncle ». Comme pour refléter le fait que le livre se compose d’essais, ou de textes qui en sont extraits, quatre des chapitres portent le même titre : « Qu’est donc cette chose qu’on appelle la pensée ? ». La plupart des essais s’inspirent d’écrivains du passé : Hermann Hesse, Heidegger, Tourgueniev, et pour le dernier chapitre, » Du sens et du but », de l’écrivain chinois Chiang Yee, texte paru en 1935. Ce dernier chapitre est surprenant, il diffère de tout ce qui précède.
L’introduction consiste en une série de questions, toutes liées à la manière dont la pensée occidentale « s’est retrouvée piégée ». Elle expose les objectifs du livre, qui sont de fournir certains des « outils nécessaires pour s’échapper de cette prison » et de montrer qu’il existe des alternatives.
Le chapitre 1 est une lamentation portant sur le déclin de la liberté de penser au cours des dernières décennies, le déclin de la joie de vivre dans une vie « sans silence, sans conscience du sens profond de l’existence… avec une soif constante de changement… où le contentement est remplacé par le dernier téléphone à la mode… où le monde manque de couleurs et de gaieté. » La compétition a remplacé la coopération et nous sommes esclaves de la technologie et des profits des grandes entreprises.
Le chapitre 2, le premier sur « Qu’est-ce que cette chose qu’on appelle la pensée ? », est une série de questions spéculatives qui semblent précisément conçues pour nous faire réfléchir, nous, les lecteurs. Il demande si le cerveau est la source de toute pensée. Comme pour y répondre, Maxton explore des idées sur la « conscience » ; existerait-il une conscience invisible et universelle qui expliquerait comment une même découverte peut être faite simultanément par des personnes sans aucun lien entre elles : découverte multiple ? Comment se fait-il que les arbres semblent communiquer entre eux ? Comment deux chats domestiques ont-ils su que leurs propriétaires rentraient à la maison et sont-ils allés à leur rencontre ? Cependant, Maxton n’aborde pas explicitement la télépathie. En se concentrant sur la « conscience » et la divinité intérieure de l’humanité, il nous prépare au chapitre final.
Le chapitre 3, s’interroge sur la guerre et la paix : comment se fait-il que la vie de l’humanité ait été dominée par la guerre alors que notre objectif doit assurément être son élimination ? « Ce que l’histoire cherche à nous enseigner, c’est l’idée toute simple que la vie vaut la peine d’être vécue et d’être préservée. » Maxton souligne ici que « La vie n’est pas ce qui est extérieur, c’est ce qui est intérieur : la lumière de l’expérience et de la perception. » Il cite Hermann Hesse, pour qui la vie est « l’embrasement du divin ».
Ensuite, Maxton aborde à nouveau la question « Qu’est donc cette chose qu’on appelle la pensée ? » dans les chapitres 4, 6 et 8. Il s’intéresse alors aux problèmes existentiels dans le monde et déplore une fois de plus que « nous » ne réfléchissions pas suffisamment lorsque nous sommes dans une situation désespérée : l’avenir de l’espèce est en jeu, pourtant nous ne voyons pas comment tous les problèmes dans le monde sont interconnectés. De plus, les institutions nous dissuadent de réfléchir clairement ; trop de gens sont avides de pouvoir, égoïstes et prisonniers de la compétition.
Dans le chapitre 6, Maxton examine comment les systèmes de pensée occidentaux nous ont mis sous contrainte, et il explore trois exemples en détail : l’Église, la science et l’économie, trois systèmes qui ont progressivement limité et restreint la liberté de penser de l’humanité. Tout comme le christianisme, bien que dans une perspective opposée, la science conventionnelle est partiale, elle manque d’imagination et d’aptitude à penser véritablement. De plus, elle ne peut nous aider à comprendre l’amour.
« La science est un système de pensée complexe incapable de concevoir qu’une autre façon de penser puisse exister ou lui être supérieure. » Surtout, elle ne parvient pas à prendre en compte l’interdépendance de toutes choses. De même l’économie, du moins telle qu’elle est enseignée et généralement promulguée, insiste sur le fait que la « croissance » est l’objectif principal (et en effet, la première chose sur laquelle le gouvernement travailliste nouvellement au pouvoir au Royaume-Uni a mis l’accent, c’est sur le fait que son objectif économique primordial était la croissance). Maxton affirme que la science et l’économie « n’offrent rien pour nous guider vers ce qui importe le plus, car tout se réduit au marché ». Et il est clair que le pire résultat d’une mentalité matérialiste est le changement climatique que subit notre planète.
Avant de passer au dernier chapitre sur la « pensée », Maxton nous offre un « Fragment du carnet d’un citoyen du monde démissionnaire », inspiré de l’œuvre de Tourgueniev écrite en 1864. Ce chapitre est rédigé dans un style plus affectif, personnel et poétique. Il oppose l’amour à la pensée unique, la nature à l’individu, la beauté à la laideur, et se termine sur une note pessimiste : « Assez ! »
Mais Maxton adopte une vision plus philosophique et plus large de la pensée à partir de « la pensée unique qui prévaut… ». Si la pensée est une caractéristique fondamentale de l’être humain, elle est peu comprise. Elle ne correspond pas à la conscience, ni au « bruit quotidien dans nos têtes qu’il est difficile d’arrêter ». Elle nous définit en tant qu’êtres humains : « L’univers tout entier est présent en nous, un univers vivant et conscient qui se développe et évolue autour de nous. »
Ceci est un prélude au dernier chapitre, à la fois plus personnel et plus universel. Maxton pose la question suivante : « Quel est notre sens et notre but ? Pourquoi sommes-nous tous ici ? » Il affirme que nous n’avons pas répondu à ces questions parce que nous n’avons pas réfléchi à un niveau fondamental. Maxton se tourne ici vers le taoïsme, qui affirme que l’humanité doit changer de nature et abandonner ses désirs matériels. « Nous devons comprendre l’interdépendance de toute chose, comprendre que chaque être humain fait partie de la vie dans son ensemble », qu’il n’est pas séparé de la nature. « La voie à suivre est un voyage de découverte de soi et de réflexion. »
1. Ed. Arktos 2025
Auteur : Phyllis Creme, collaboratrice de Share International qui vit à Londres (Royaume-Uni). Elle était l’épouse de Benjamin Creme.
Thématiques : spiritualité
Rubrique : Compte rendu de lecture ()
