Partage international no 446 – octobre 2025
Pour Mosab al Trtori, 20 ans, la vie dans un camp de déplacés au sud de Gaza est une lutte constante pour la survie, ce qui contraste de façon saisissante avec sa vie d’avant-guerre, quand il était étudiant en ingénierie et vivait dans une grande maison à deux étages. Aujourd’hui, il dort dans une taente avec huit membres de sa famille : ses parents, ses trois frères et sœurs, sa grand-mère et deux cousins dont les familles ont été tuées lors de frappes israéliennes. Il raconte : « Parfois, nous aurions préféré mourir plutôt que de continuer à vivre dans ces conditions, à toujours nous préoccuper de la nourriture et de l’eau. »
Comme Israël n’autorise pas les journalistes à entrer à Gaza, Mosab a partagé avec la BBC une série de vidéos, de photos et de notes audio prises au cours d’une journée du mois dernier, qui montrent les difficultés rencontrées par les Gazaouis pour trouver de la nourriture, de l’eau et du combustible pour cuisiner.
L’argent liquide est également rare à Gaza depuis la destruction des banques et des distributeurs automatiques, si bien que Mosab doit payer des commissions de plus de 50 % pour s’en procurer. Après avoir risqué leur vie pour obtenir de la nourriture dans les centres d’aide, certaines personnes sont obligées de revendre directement ce qu’elles ont reçu contre de l’argent, souvent à des prix astronomiques. Mosab explique que même dans ces conditions, les gens supplient leurs interlocuteurs d’effectuer la transaction.
L’eau est également rare, car les infrastructures de distribution d’eau potable ont été détruites. Les habitants doivent donc compter sur les livraisons sporadiques des usines de dessalement ou parcourir de longues distances à pied pour aller chercher de l’eau et la ramener.
Mosab a son propre petit potager où il cultive des aubergines, des poivrons et des tomates. La terre sableuse et l’eau salée non potable du puits ne sont pas très propices à la culture, mais il arrive parfois que ses plantations donnent une petite récolte qui permet de nourrir sa famille. Les légumes qu’il fait pousser sont également difficiles à trouver.
Pour illustrer le coût élevé des denrées alimentaires, il donne l’exemple suivant : un litre d’huile de cuisson coûte 13 dollars, un kg de sucre environ 44 dollars. La farine est difficile à trouver, mais c’est un produit de base indispensable pour faire du pain. Elle coûte aujourd’hui environ 30 fois plus cher qu’avant la guerre, soit environ 10 dollars pour un sac de 1,5 kg. Le petit briquet de Mosab, qu’il a payé 30 dollars, est partagé entre 25 familles. Parfois, les gens doivent brûler les meubles qu’ils ont emportés de chez eux, des gobelets en plastique ou d’autres objets, malgré la fumée, afin d’allumer un feu pour cuisiner. Mosab dispose également d’une petite réserve de bois de chauffage qu’il coupe à l’aide d’une hache et d’un marteau qu’il partage également avec ses voisins.
Bien que ses journées soient désormais consacrées à la recherche du prochain repas de sa famille, il garde l’espoir de reprendre un jour ses études d’ingénieur lorsque la nourriture sera à nouveau disponible en abondance.
Sources : bbc.co.uk
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Rubrique : Divers ()
