Partage international no 445 – septembre 2025
par Elisa Graf
Lors d’un événement marquant le 80e anniversaire du bombardement atomique américain sur Hiroshima, qui a causé la mort de 140 000 personnes, le maire de la ville, Kazumi Matsui, a parlé avec gravité de l’état actuel du monde : « Les développements actuels ignorent de manière flagrante les leçons que la communauté internationale aurait dû tirer des tragédies de l’histoire. »
Il a exhorté les jeunes à prendre conscience des conséquences de l’acceptation de l’option nucléaire, qui pourrait mener à un avenir totalement inhumain. Malgré les crises mondiales actuelles, il nous a encouragés en déclarant : « Nous, le peuple, ne devons jamais abandonner », suggérant qu’au contraire, nous devons redoubler d’efforts pour parvenir à un consensus mondial sur la nécessité d’abolir les armes nucléaires afin de rendre possible un monde véritablement pacifique.
En cette période de troubles et de conflits mondiaux, que pouvons-nous faire, en tant que citoyens, pour aider à mettre fin à la guerre et à amener la paix dans le monde ? World Beyond War1, une organisation à but non lucratif créée en 2014, affirme que pour abolir la guerre, il faut la « retirer de la table » en tant qu’option, car, tout comme dans le cas de l’esclavage, il n’existe pas de guerre « bonne » ou nécessaire. Afin de parvenir à un consensus mondial sur cette question, le groupe et ses affiliés à travers le monde produisent du matériel éducatif, organisent des webinaires et lancent des campagnes non violentes qui contribuent à dissiper les mythes tels que « la guerre est naturelle » ou « nous avons toujours connu la guerre », en démontrant que l’abolition de la guerre est non seulement nécessaire, mais aussi réellement possible.

Bombardements aériens israéliens sur la bande de Gaza.
Un récent rapport rédigé par le groupe No Basis for these Bases (Aucune raison d’être à ces bases), intitulé « les dommages causés par les bases militaires en 2025 », indique que le nombre de bases militaires utilisées par des armées étrangères est en augmentation. Sur les 1 247 bases militaires étrangères dans le monde, près de 900 sont des bases américaines situées en dehors des Etats-Unis, dans 95 pays. Le rapport souligne que les bases militaires étrangères sont un facteur majeur de conflit, car elles facilitent les actions militaires, ce qui entraîne une course aux armements et une escalade des tensions dans les régions où elles sont implantées.
Le rapport souligne également le lien étroit entre les bases militaires étrangères et le soutien apporté aux gouvernements oppressifs. De nombreuses bases sont situées dans des pays dotés de régimes autoritaires qui bénéficient du soutien militaire et financier que leur apportent ces bases. Cela peut contribuer à étouffer les mouvements démocratiques et susciter le ressentiment de la population locale, ce qui peut à son tour être source d’instabilité et de conflits futurs.
La grande disparité entre le nombre des bases américaines et celui des bases d’autres pays crée également un déséquilibre important sur le plan de la puissance. Les trois pays qui comptent le plus grand nombre de bases étrangères étant tous membres de l’OTAN, cela concentre encore davantage la puissance militaire. Cette asymétrie est un facteur clé de l’instabilité internationale et augmente le risque de conflit en créant un sentiment d’encerclement et donc de menace. L’expansion continue des bases militaires américaines en sol étranger est également une source majeure de tensions géopolitiques.
Il a également été souligné qu’il n’y a pas de débat public ni même de sondage sur cette question importante. Cela s’explique par le fait que les organes gouvernementaux, en particulier le ministère américain de la Défense, ne publient pas de listes complètes ou honnêtes de leurs bases militaires à l’étranger. Ce manque de transparence délibéré empêche le public et même les décideurs politiques de se faire une idée précise de l’ampleur et de la portée de l’empreinte militaire de leur pays à l’étranger. De plus, la création de ces bases repose sur une série d’hypothèses non vérifiées concernant leur nécessité pour la sécurité nationale : leur présence est considérée comme acquise, plutôt que d’être soumise à un débat public, que ce soit par les citoyens du pays hôte ou ceux de l’Etat occupant.
Nous pouvons agir de différentes manières pour que l’abolition de la guerre devienne une réalité. Voici quelques actions clés suggérées par World Beyond War :
- S’éduquer soi-même et les autres: l’un des principaux obstacles est le manque de sensibilisation du public. Les citoyens peuvent commencer par lire le rapport et partager ses conclusions avec leurs amis, leur famille et leur communauté. Utiliser les réseaux sociaux, écrire des lettres à la rédaction des journaux locaux ou organiser de petits groupes de discussion peut aider à briser le silence et à faire entrer le sujet dans le débat public.
- Participer au processus politique: contacter ses élus, des représentants locaux aux législateurs nationaux. Leur demander leur position sur les bases militaires étrangères. Exiger la transparence concernant les coûts, les risques et les accords juridiques liés à l’accueil ou à l’exploitation de ces bases. Les exhorter à soutenir une législation qui limiterait le financement de la construction et de l’expansion des bases.
- Rejoindre ou soutenir les organisations existantes: les citoyens peuvent amplifier l’impact d’une organisation comme World Beyond War en en devenant membres, en lui adressant des dons ou en faisant du bénévolat pour elle. Ils peuvent aussi épauler d’autres groupes nationaux et locaux qui font partie du mouvement mondial visant à fermer les bases militaires. Ces organisations fournissent des ressources, coordonnent les actions et font pression sur les gouvernements.
- Participer à des manifestations publiques: le rapport souligne le pouvoir des mouvements populaires. Les citoyens peuvent participer à des manifestations pacifiques, des veillées et des événements publics, tels que la Journée mondiale d’action pour la fermeture des bases militaires. Ces actions témoignent de l’opposition du public et attirent l’attention des médias, ce qui exerce une pression sur les décideurs politiques.
- Contribuer à renforcer la solidarité internationale: entrer en contact avec des groupes militants dans les pays qui accueillent des bases étrangères. En manifestant sa solidarité avec les communautés locales, d’Okinawa, au Japon, à Ramstein, en Allemagne, qui sont en première ligne pour protester contre ces bases, on renforce le mouvement mondial et on met en évidence les impacts négatifs partagés au-delà des frontières.
- World Beyond War véhicule l’idée d’un monde qui aura dépassé la guerre.
En finir avec la guerre
par le Maître —, par l’entremise de Benjamin Creme (mars 2006)
« Quand il faudra faire le bilan de la guerre, la surprise rivalisera avec la honte face à l’immensité des pertes. Plus que toute autre activité humaine, la guerre est une grande dévoreuse de ressources et de vies. On ne compte pas, pour vaincre « l’ennemi » ; on sacrifie tout, pour parvenir à la victoire. Ainsi depuis toujours l’homme mène-t-il contre son prochain des luttes sans merci où la nécessité de se défendre ne joue parfois qu’un rôle secondaire. Le plus souvent, les hommes ont eu recours à la guerre pour étendre leur territoire, accumuler des richesses par le pillage ou, plus odieux encore, capturer des esclaves. « Butin de guerre » est l’expression désinvolte généralement utilisée pour décrire le véritable motif de la plupart des conflits. Aujourd’hui, nous sommes parvenus à une époque où l’homme doit sérieusement s’atteler à mettre fin à la guerre. Il lui faut comprendre qu’il n’est pas de problème qui ne puisse être résolu que par la guerre, ni de situation qui la rende indispensable. C’est la raison pour laquelle les nations doivent agir de concert pour en finir à jamais avec cette disposition destructive du genre humain. Si elles devaient échouer, c’est l’existence même de l’espèce humaine qui serait menacée. Pour les hommes, la paix n’a plus un caractère optionnel, car ils disposent aujourd’hui de l’arme la plus meurtrière de tous les temps qui, utilisée dans un conflit majeur, défigurerait la planète et la laisserait sans vie pour une éternité. Pourquoi donc flirter avec une telle catastrophe, un tel anéantissement ?
Auteur : Elisa Graf, collaboratrice de Share International. Elle vit à Steyerberg (Allemagne).
Sources : worldbeyondwar.org ; The Guardian
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