Partage international no 441 – mai 2025
par Pauline Welch
Depuis que le président Trump est entré en fonction le 20 janvier 2025, chaque jour apporte des menaces pour l’humanité, la démocratie et l’Etat de droit aux Etats-Unis et dans le reste du monde. Les décrets et les revendications de D. Trump n’auraient-ils pas dû générer un rejet massif, comme ce fut le cas lors de son premier mandat ? Où sont donc passées les réactions cette fois-ci ?
Dans un article du Guardian du 28 mars 2025, les chercheurs Erica Chenoweth1, Jeremy Pressman2 et Soha Hammam3 affirment que la réalité diffère des apparences. Les manifestations sont peut-être moins importantes que la Marche des femmes de 2017, où un million de manifestants étaient dans les rues de Washington, trois millions dans le monde entier. Pourtant, elles se sont largement déployées à travers le pays, sous de multiples formes et en grand nombre.
« Rien qu’en février 2025, nous avons déjà comptabilisé plus de 2 085 manifestations, qui comprenaient des actions significatives de soutien aux travailleurs fédéraux, aux droits des LGBTQ+, aux droits des immigrés, à l’autodétermination palestinienne, à l’Ukraine, ainsi que des manifestations contre Tesla et l’agenda de Donald Trump de manière plus générale. Ce chiffre est à comparer aux 937 manifestations organisées aux Etats-Unis en février 2017 […].
Les journées de protestation coordonnées telles que la Quatrième Marche pour la démocratie du 4 mars, Stand Up for Science (défendons la science) du 7 mars, les rassemblements célébrant la Journée internationale de la femme du 8 mars et les manifestations exigeant la libération de l’activiste palestinien Mahmoud Khalil suggèrent qu’il y a peu de chances que ces actions ralentissent. […] Tout cela se produit dans le contexte d’un raz-de-marée de procès contestant les premières mesures de l’administration Trump. »
Mais ce n’est pas tout. Les auteurs notent une tendance de plus en plus forte à la riposte par la « non-coopération économique : les grèves et les boycotts. […] Dans le cas de Tesla, Target et d’autres entreprises, les impacts en sont mesurables. » La surabondance de milliardaires dans le gouvernement alimente un profond sentiment d’indignation partagée, et E. Chenoweth et ses collègues suggèrent que de telles actions économiquement perturbatrices pourraient bien devenir les méthodes les plus sûres et peut-être les plus efficaces pour défier un régime imprévisible, vindicatif et de plus en plus autoritaire.
Cependant, les choses changent rapidement. A l’heure où j’écris ces lignes, le 5 avril, des manifestations « Bas les pattes ! » contre les changements autoritaires de D. Trump ont soudainement éclaté dans tous les Etats américains et dans le monde entier, confirmant l’évaluation de E. Chenoweth et de ses collègues. C’est comme si une digue avait cédé, comme si les gens attendaient simplement de voir jusqu’où il était prêt à aller pour rendre leur vie plus difficile ; de nombreuses pancartes donnent même un nom au jeu : une lutte contre le fascisme.
Actuellement, on constate que non seulement une vague de fond bien alimentée en pensée et en action d’opposition se construit, mais que cette opposition est prête à utiliser toutes les tactiques disponibles, y compris à contrer le pouvoir de l’argent par le pouvoir du peuple.
1 – Erica Chenoweth est politologue à la Harvard Kennedy School et codirectrice du Crowd Counting Consortium.
2 – Jeremy Pressman est professeur de sciences politiques à l’Université du Connecticut et codirecteur du Crowd Counting Consortium.
3 – Soha Hammam est associée de recherche post-doctorale au laboratoire d’action non violente de la Harvard Kennedy School.
Etats-Unis
Date des faits : 28 mars 2025
Auteur : Pauline Welch, collaboratrice de Share International basée au Royaume-Uni. En tant qu’auteure, elle s’intéresse principalement aux tendances environnementales et politiques.
Sources : Los Angeles Times ; Livermore Vine ; Reuters ; wagingnonviolence.org
Thématiques : Société
Rubrique : Divers ()
