A Gaza, la rupture du cessez-le-feu a un impact dévastateur sur les femmes et les enfants

Partage international no 441mai 2025

par Maryse Guimond

Le 2 avril 2025, Maryse Guimond, représentante spéciale d’Onu Femmes en Palestine, s’est exprimée au Palais des Nations depuis Jérusalem, sur les conséquences désastreuses pour les femmes et les enfants de la rupture du cessez-le-feu à Gaza.

La rupture du cessez-le-feu précaire à Gaza a des conséquences désastreuses pour les femmes et les jeunes filles. Du 18 au 25 mars, en huit jours seulement, 830 personnes ont été tuées – 174 femmes et 322 enfants – et 1 787 autres ont été blessées.

Je vais expliquer ces chiffres, car il ne s’agit pas seulement de chiffres, mais de personnes : chaque jour, en moyenne, du 18 au 25 mars, 21 femmes et plus de 40 enfants ont été tués.

Il ne s’agit pas de dommages collatéraux ; il s’agit d’une guerre dans laquelle les femmes et les enfants portent le plus lourd tribut. Ils représentent près de 60 % des victimes récentes, ce qui témoigne de manière poignante de la nature aveugle de cette violence.

Les ONG partenaires, les femmes et les filles que nous soutenons, lancent un vibrant appel pour mettre fin à cette guerre et demandent qu’on les laisse vivre. Il s’agit d’une situation de survie pure et simple d’elles et de leurs familles. Car, comme elles le disent, il n’y a nulle part où aller. Elles nous déclarent qu’elles ne partiront plus, car il n’y a de toute façon plus d’endroits sûrs.

Une femme de Deir Al Balah nous a récemment rapporté : « Ma mère m’a expliqué que la mort était la même, que ce soit dans la ville de Gaza ou à Deir Al Balah […]. Nous voulons juste retourner chez nous à Gaza. » Ce sentiment est partagé par de nombreuses autres femmes que j’ai eu l’occasion de rencontrer lors de ma dernière visite en janvier et février 2025.

Une autre femme d’Al-Mirak nous a confié : « Nous sommes collés aux informations. La vie s’est arrêtée. Nous ne dormons pas de la nuit, nous sommes paralysés. Nous ne pouvons pas sortir. Mon quartier est coupé du monde. Je suis terrifiée à l’idée d’être victime d’un attentat – tous les cauchemars possibles se bousculent dans ma tête. » Ce n’est tout simplement pas une façon de vivre.

Depuis le 2 mars, les Israéliens ont fermé l’aide humanitaire. Et la vie des gens est à nouveau en danger depuis que les bombardements israéliens ont repris le 18 mars.

Le cessez-le-feu, bien que de courte durée, avait permis de souffler un peu. Pendant cette période, j’ai eu l’occasion de rendre visite à certaines de nos organisations partenaires qui remettaient en état leurs bureaux à Gaza avec les matériaux disponibles. J’ai vu des voisins se réunir pour nettoyer les décombres dans leurs rues, j’ai entendu des enfants jouer. J’ai rencontré des femmes qui m’ont fait part de leur fragile espoir de paix et de reconstruction de leur vie. J’ai vu des milliers de personnes sur les routes de retour vers Gaza.

Et maintenant, cet espoir s’est envolé. Cela fait maintenant 539 jours que la guerre implacable ravage Gaza, anéantissant des vies, des maisons et des avenirs. Il ne s’agit pas seulement d’un conflit, mais d’une guerre contre les femmes, contre leur dignité, contre leur corps, contre leur survie même. Les femmes ont été privées de leurs droits fondamentaux, forcées de vivre dans des conditions où la souffrance est leur seule préoccupation. Au total, plus de 50 000 personnes ont été tuées et plus de 110 000 blessées.

Il est essentiel de protéger les droits et la dignité de la population de Gaza, en particulier des femmes et des jeunes filles, qui ont été les premières victimes de cette guerre. Les femmes veulent désespérément que ce cauchemar cesse. Mais l’horreur persiste, les atrocités s’intensifient et le monde semble rester les bras croisés, banalisant ce qui ne devrait jamais l’être.

Comme nous l’avons vu au cours de ces dix-huit mois de guerre, les femmes jouent un rôle crucial en temps de crise. Cependant, après tout ce temps, elles affirment être piégées dans un cauchemar sans fin.

Cette guerre doit cesser. Comme d’autres, j’ai fait écho à cet appel à d’innombrables reprises, amplifiant les voix des femmes à l’intérieur de Gaza. Pourtant, la dévastation s’aggrave.

Que dirons-nous aux générations futures lorsqu’elles nous poseront la question ? Que nous ne savions pas ? Que nous n’avons pas vu ?

Le droit humanitaire international doit être respecté. Les systèmes que nous avons mis en place pour protéger l’humanité doivent être maintenus. Tous les êtres humains doivent être traités sur un pied d’égalité. Cette guerre bouleverse les valeurs et les principes fondamentaux.

En tant qu’Onu Femmes, nous nous joignons au secrétaire général de l’Onu pour lancer un appel pressant au respect du cessez-le-feu, au rétablissement de l’accès humanitaire sans entrave et à la libération immédiate et inconditionnelle des otages encore en détention et de toutes les personnes détenues arbitrairement.

Palestine
Date des faits : 2 avril 2025 Auteur : Maryse Guimond, représentante spéciale d’Onu Femmes en Palestine.
Sources : IPS Bureau de l’ONU
Thématiques : femmes
Rubrique : Point de vue ()