Q : Sur le mur d’apartheid construit par Israël

Partage international no 431juillet 2024

Si vous posiez la question, la plupart des gens, sauf les Français, probablement, vous répondraient qu’ils sont favorables au mur. Le monde soutient Israël car le monde a peur de ne pas soutenir Israël. Les gens ont peur de ne pas soutenir le droit des juifs d’être en Israël. Israël fut créé par défaut par les Britanniques, en conséquence des attaques terroristes menées par les premiers Israéliens, par l’Irgun Zevai Leumi, le groupe Stern et d’autres groupes. C’étaient des terroristes qui se battirent pour chasser les Anglais de Palestine, en prenant la terre, les immeubles et les villes appartenant au peuple palestinien.
Les Israéliens proclament qu’ils ont des droits qui remontent à 5 000 ans sur la Cisjordanie, que c’est la terre que Dieu leur a promise. Si tous les peuples se trouvaient sur la terre où se trouvaient leurs ancêtres il y a 2 000 ans, aucun peuple ne serait là où il se trouve aujourd’hui. Les mouvements de population ont été si importants et les mariages entre les différents peuples si nombreux, que personne ne se trouverait là où il est aujourd’hui. En suivant cette règle, il n’y aurait aucun visage blanc aux Etats-Unis aujourd’hui ; le pays serait rempli de tribus indiennes, et c’est tout. L’Amérique du Sud ne parlerait ni espagnol ni portugais, on y parlerait aztèque et maya et d’autres langues indiennes. Le monde serait entièrement différent.
Le mouvement des peuples a été immense, si bien que personne ne peut dire : « Nos Ecritures disent que Dieu nous a promis cette « terre de lait et de miel » qui s’appelle maintenant Cisjordanie. » Elle appartenait à la Jordanie et lui fut volée en 1967 dans une guerre préventive qui dura six jours, une guerre illégale comme celle d’Irak. Les hauteurs du Golan furent prises à la Syrie, la Cisjordanie à la Jordanie, et le désert du Negev à l’Egypte en six jours. Ce fut la victoire militaire la plus spectaculaire de l’Histoire, mais ce fut une attaque erronée, illégale, préventive, que l’on a laissé faire, une attaque soutenue par le reste du monde, de manière à ce que le peuple israélien puisse avoir son « héritage ».
Il est trop tard pour changer les choses. Je ne crois pas que l’on puisse démembrer l’Etat d’Israël et renvoyer ses habitants en Russie, aux Etats-Unis ou ailleurs, à l’endroit d’où ils sont venus. Trop de temps s’est écoulé. C’est une réalité que nous devons accepter, mais c’est difficile lorsqu’il s’agit de votre terre, de votre maison, de vos champs, de votre histoire.
Je me souviens d’avoir eu, il y a de nombreuses années, une conversation à la Tate Gallery de Londres, avec une jeune Palestinienne. Je n’étais ni pro-Israélien, ni pro-Palestinien. Je discutais tout simplement avec elle. Mais elle me dit : « Nous ne renoncerons jamais au combat pour la restauration de la Palestine. Nous n’accepterons jamais l’Etat d’Israël. » C’était il y a quarante ans peut-être, lorsque l’État d’Israël n’était pas si vieux, si établi et si puissant qu’aujourd’hui.
Israël possède maintenant l’armée la plus puissante de la région et elle pourrait être rendue encore plus puissante grâce aux dons et à l’aide des Etats-Unis. On ne peut rien y changer. Une forme ou une autre de compromis doit être trouvée, mais un compromis qui soit juste. Rien de juste n’est venu d’Israël depuis sa création, mais cela viendra. (Partage international, mars 2005)

Réponses données par Benjamin Creme