Une expérience de mort imminente

Partage international no 424décembre 2023

par Mark Wood

Cette expérience m’est arrivée il y a près de quarante ans. J’ai toujours souffert d’asthme sévère. En 1985, j’avais dix-neuf ans. Ma respiration n’était pas très bonne et elle commença à se détériorer soudainement un soir avant Noël. J’étais très angoissé. Un poids, lourd comme une pierre, pesait sur ma poitrine. Je m’efforçai de continuer à respirer aussi longtemps que possible, mais la douleur devenait trop forte. Finalement, j’abandonnai.

Dès que je cessai de respirer, la douleur disparut immédiatement. Ma conscience remonta dans ma tête et je me souviens avoir pensé : « Eh bien, c’est fini. C’est ainsi que je m’en vais. » Je fus surpris de me sentir aussi calme, de ne ressentir aucune douleur et de penser : « La nature a tout prévu. » Je remarquai alors de petites étincelles rouges sur mon écran mental qui se mit ensuite à clignoter comme une vieille télévision, alternant le noir et le blanc. Rien de tout cela n’affecta mes pensées qui étaient aussi claires qu’elles l’avaient toujours été, si ce n’est plus. Mais je savais qu’à un moment donné, je cesserai de penser et que je mourrai tout simplement. Ce n’est pourtant pas ce qui s’est passé.

 

Photo : Hieronymus Bosch , Public domain, via Wikimedia Commons
L’ascension des élus peinture de Jérôme Bosch

La création est en vous

Soudain, je sortis par ma tête et remarquai que mon corps était étalé sur le sol. Je ne savais pas comment il était arrivé là car auparavant j’étais assis à la table de la cuisine. Je m’élevai et me retrouvai dans un espace noir, chaud et moelleux. Je constatai que j’avais la même forme qu’avant. Je me sentais aussi très bien. C’était bon de se retrouver complètement libéré de la maladie et des contraintes physiques. Cependant, j’étais un peu perturbé à l’idée de passer l’éternité dans un espace noir et chaud, seul.

C’est alors qu’un point lumineux surgit au loin. Il m’attira et devint plus grand et plus lumineux. L’expérience du tunnel gris en expansion que vous avez certainement lue décrit bien cette situation. Ou encore l’image incroyablement précise du tableau de Jérôme Bosch peint vers 1500. Je ressentis la lumière intense comme une présence consciente – pas seulement de la lumière, mais un être vivant et divin. Quelle joie !

En même temps, je compris que j’étais mort. J’étais déçu de ne pas m’être souvenu de ce qui allait se passer. Je connaissais très bien cette expérience et je savais que j’étais déjà « mort » de nombreuses fois. J’étais également déçu d’être jeune et de n’avoir pas encore profité de ma vie ou d’en avoir rien fait. Et maintenant, elle s’était envolée. J’avais le sentiment d’une occasion gâchée et qu’il était assez difficile de parvenir à avoir une vie physique sur Terre.

J’avais aussi l’impression de m’être donné la mort, ce qui n’était pas le cas. De toute évidence, il s’agissait d’asthme. Mais je savais que le vrai coupable, c’était moi. J’étais tout à fait conscient que, dans cette vie qui semblait s’achever, j’avais atteint une impasse psychologique, pour ainsi dire. J’avais donc décidé de mourir – l’incarnation de cette personnalité s’achevait trop tôt. Il m’a été donné de comprendre qu’en quelque sorte j’avais provoqué tout ce qui m’était arrivé. Toutes les expériences, bonnes ou mauvaises, toutes les relations et toutes les difficultés auxquelles j’avais été confronté m’avaient en réalité été données par moi-même, d’une manière mystérieuse. Cela ne vient pas de Dieu. C’est moi qui me suis créé ma vie. Cela était présenté simplement de manière très objective, sans jugement. C’était simplement la façon dont les choses se passaient. Cela me rappelle la déclaration de Maitreya : « Quoi qu’il y ait devant ou à l’intérieur de vous, soyez certain que cela puise ses racines à l’intérieur de vous. La création est en vous. Les racines de l’objectif se trouvent dans le subjectif, et le subjectif, c’est vous. » (Enseignements de Maitreya – Les lois de la vie). Je me rendis alors compte que je me trouvais dans un endroit inconnu. Je me demandai qui je devais prier, car la situation semblait très grave, d’autant plus que j’étais conscient que je n’avais pas vraiment cessé d’exister en mourant. Mais devais-je prier Bouddha, Jésus ou Mahomet ? Lequel était le bon ? Je décidai de prier Dieu et de lui laisser le soin de tout régler pour moi. Je me mis à méditer profondément – et désespérément – comme si ma vie en dépendait, et certainement comme si mon avenir en dépendait. Je continuai à m’élever et refusai de tenir compte de tout ce qui détournait mon attention. Je sentis qu’il était important que je me coupe – de toute identification et de tout ce que j’avais été. Tout était illusoire s’il y avait un soupçon de dualité. Je ne sais pas exactement d’où venaient ces idées. Je n’étais pas (et ne suis toujours pas) une personne religieuse et je n’avais jamais étudié la religion ou le concept de dualité. En fait, je n’aimais pas vraiment la religion. Mais j’étais très conscient que je ne devais pas me laisser distraire et que je devais tout abandonner – tout ce que j’aimais et ce à quoi je tenais, toute rancune, toute amertume et tout ressentiment. Tout devait être abandonné. Je ne devais pas m’identifier à quoi que ce soit. Deux « esprits » essayèrent de me faire signe et m’encouragèrent à me calmer (toutes les communications étaient télépathiques à ce moment-là). Je me souviens leur avoir demandé si l’un de mes auteurs préférés, Charles Dickens, était vraiment un grand écrivain – j’étais un étudiant passionné de littérature. Ils me répondirent que oui, mais que Dickens écrivait comme si ses personnages étaient distincts de lui-même. Je me sentis alors déconcentré et m’éloignai d’eux. Ils me regardèrent monter. Je les imaginais secouant la tête derrière moi.

 

Le mot n’est pas la chose

À ce moment-là, l’immense lumière d’un grand être est apparue devant moi. Mon sens de la dualité a totalement cessé. Tout ce que vous aurez lu sur une entité de lumière, de joie et d’amour correspond absolument à ma propre expérience. Soit dit en passant, rien n’est caractérisé par une étiquette dans tout cela. La phrase de Krishnamurti « le mot n’est pas la chose » est tout à fait juste, me semble-t-il. Par conséquent, vous devez lire ce récit comme ma propre tentative, laborieuse, de qualifier quelque chose qu’il est très difficile de mettre en mots. Tout ce que je peux dire, c’est que je n’ai pas pensé que cet être était Dieu ou Jésus. En fait, il semblait tellement ravi de me revoir que je réalisai qu’il s’agissait peut-être de ma propre âme. Il y avait un tel sentiment de familiarité énergétique et personnelle, et cet être était si débordant de joie, que je pense qu’il ne pouvait s’agir que d’un meilleur aspect de moi-même. Personne d’autre ne s’en soucierait à ce point ! Face à cet amour inconditionnel, je demandai à cet être s’il ferait vivre la même expérience à un individu aussi malfaisant qu’Hitler. Cela l’amusa beaucoup. Il me répondit : « Oui, bien sûr, à tous ceux qui le veulent. » Mais je supposai que cela signifiait qu’une personne comme Hitler ne souhaiterait pas vraiment vivre une telle expérience. Ensuite, l’âme – si c’est bien ce qu’elle était – me prit en elle. Ma conscience inférieure, ordinaire, s’élargit et fusionna entièrement avec cet être. Pendant quelques instants, j’oubliai ma personnalité étriquée et devins un avec lui. L’être avait une qualité d’individualité énorme, mais particulière. C’était une qualité que je reconnaissais et à laquelle je m’identifiais totalement, mais qui n’était séparée en rien. J’eus l’impression qu’il était immortel, qu’il n’était jamais né et ne pouvait jamais mourir, et qu’il était l’essence même du monde. J’eus l’impression de faire connaissance avec le cœur du vrai moi. L’expérience était étonnante. Peu après, je pris conscience d’une lumière rouge dans une partie de l’être. Jusqu’à présent, tout n’avait été que joie, rire et lumière dorée. À cet instant, je pris connaissance d’une lumière rouge un peu plus grave. Cette lumière ou ce rayon rouge semblait connecté à la Terre, comme un cordon ombilical, amenant une conscience de la souffrance. Elle semblait également pleine d’abnégation. J’ai réalisé que je ne pouvais pas encore « assumer » cette qualité extrême d’abnégation et de compassion à l’égard de la souffrance humaine. C’est alors que je me séparai de l’être et me contractai pour revenir à mon identité plus normale.

En m’éloignant, il me sembla voir un reflet de l’activité de mon esprit ou de mon état intérieur. C’était comme une ligne lumineuse brisée – presque comme la ligne d’un moniteur d’hôpital – qui réagissait à mon état intérieur avec une grande sensibilité. Je constatai que si je calmais mon état intérieur, la ligne se stabilisait. De même, si je me « lâchais », la ligne se brisait et il était très difficile d’en reprendre le contrôle. Il m’a semblé important de reconnaître que je pouvais contrôler la ligne. L’objectif n’était pas d’obtenir une ligne parfaitement plate, mais d’être maître de mon état intérieur. Je me rendis compte que mon état intérieur avait été très désordonné et chaotique. Enfin, je vis la Terre comme une grande boule ronde devant moi, comme si j’étais dans l’espace. Autour du globe, il y avait une lumière rose qui semblait être l’expression d’un Être vraiment géant. C’était comme s’il entourait la Terre de ses bras, la baignant dans une couche protectrice d’amour. Je demandai immédiatement : « Est-ce Jésus ? » A ce moment-là, l’Être géant sembla pulser à un endroit précis à la mention de ce nom. Il était clair pour moi que Jésus était très aimé par l’Être et qu’il était adoré comme un très grand serviteur. Je crains que les mots soient insuffisants à ce stade, vraiment.

Je demandai ensuite : « Quelle serait la chose la plus importante à faire de ma vie ? » Après une brève pause, il m’a répondu que ce serait de faire connaître la réapparition du Christ. J’étais très inquiet, car je n’étais pas chrétien. Je ne savais pas trop quoi faire de cela.

Quelques années plus tard, alors que j’avais une vingtaine d’années, je suis tombé sur les informations de Benjamin Creme. Elles me semblaient « exactes ». Mais je crains de ne pas avoir eu la volonté de faire connaître la réapparition du Christ. J’ai donc tout oublié. Puis, quelques années après, je me suis réveillé un matin avec le nom de Benjamin Creme à l’esprit, et j’ai immédiatement commandé le livre. Peu à peu, je me suis impliqué dans le groupe de Réapparition. Cependant, je suis encore un peu réticent et gêné pour parler de la réapparition du Christ, sauf à d’autres personnes de ce groupe.

Je réalisai que j’étais mort et pensai aux personnes à qui je manquerais le plus : mon frère, mon père et ma mère. Je me dis que mon père et mon frère s’en remettraient. Mais je réalisai que ma mère ne s’en remettrait jamais. Je ne pouvais pas croire que j’avais le pouvoir de causer une telle souffrance. Je me mis à implorer avec force de retourner sur Terre. Je n’avais aucun désir d’y retourner. L’endroit où je me trouvais me semblait être ma maison et était beaucoup plus réel et solide que mon autre vie sur Terre. En même temps, je ne voulais pas faire de peine à ma mère. Immédiatement, je commençai à plonger. Je me réveillai. J’étais de retour dans mon corps et me vis sur une civière entrant dans une ambulance.

J’aimerais dire que, par la suite, tout s’est bien terminé. Mais je fus terriblement déprimé pendant de nombreuses années. Il n’est pas rassurant de se voir tel que l’on est. Il me semblait qu’il y avait un gouffre entre l’âme (ou ce qu’elle était) et la personnalité misérable et étroite que je m’étais forgée. J’avais l’impression d’être un profond raté. Il me semblait également que mon ambition était mauvaise – comment peut-on piétiner les autres si l’on ne fait qu’un avec le tout ?

Avec le recul, j’ai sans doute été sévère avec moi-même. Espérons que j’ai accompli des progrès au cours de ces quarante dernières années mouvementées – peut-être.

Auteur : Mark Wood, collaborateur de Share International, résidant dans le Yorkshire (G-B).
Thématiques : Mort imminente
Rubrique : De nos correspondants ()