Climat : le pape François exhorte à l’action

Partage international no 423novembre 2023

par Olivia Rosane

Au seuil de la conférence des Nations unies sur le climat (COP28), le pape François appelle à une action mondiale immédiate, dans son deuxième grand plaidoyer sur la crise climatique, une exhortation apostolique intitulée Laudate Deum (louez Dieu), publiée le 4 octobre 2023. « Nous devons dépasser la mentalité qui consiste à s’afficher comme étant préoccupé tout en restant dépourvu du courage nécessaire pour apporter des changements conséquents ».

En 2015, le pape avait suscité des controverses en publiant une encyclique sur le climat et l’environnement intitulée Laudato Si’, peu avant que les dirigeants mondiaux ne négocient l’accord de Paris. Une exhortation est un document plus court et moins prestigieux, selon le Washington Post. Dans ce document, il a fait le point sur le chemin qu’il reste encore à parcourir.

« Avec le temps, je me suis rendu compte que nos réponses ne sont pas adéquates, tandis que le monde dans lequel nous vivons s’effondre et se rapproche peut-être du point de rupture », explique-t-il.

Alors que le monde se prépare à la COP28, il a expliqué que les accords internationaux n’ont toujours pas débouché sur des actions efficaces. « La transition nécessaire vers des sources d’énergie propres, telles que les énergies éolienne et solaire, et l’abandon des combustibles fossiles ne progressent pas à la vitesse nécessaire. Par conséquent, tout ce qui est fait risque d’être perçu comme un artifice destiné à détourner l’attention. »

Répondant aux préoccupations concernant l’organisation de la conférence par un pays grand producteur de pétrole, il réalisait que les Émirats arabes unis ont réalisé d’importants investissements dans les énergies renouvelables. « Cependant, les compagnies gazières et pétrolières planifient de nouveaux projets dans ce pays, dans le but d’augmenter encore leur production », a-t-il souligné.

Le pape met en garde contre les conséquences de l’inaction : « Nous savons qu’à ce rythme, dans quelques années seulement, nous dépasserons la limite maximale préconisée de 1,5°C et atteindrons même peu après les 3°C, avec un risque élevé d’arriver à un point de non-retour. Même si nous n’atteignons pas un point de non-retour, les conséquences d’une telle augmentation des températures seraient désastreuses et il faudrait alors prendre des mesures urgentes, avec un coût énorme et des effets économiques et sociaux graves et intolérables. Si les mesures que nous pouvons prendre aujourd’hui sont coûteuses, elles le seront encore plus si nous attendons. »

Pour autant, le pape déconseille de perdre espoir, estimant que cela « serait suicidaire, car cela signifierait exposer toute l’humanité, en particulier les plus pauvres, aux pires conséquences du changement climatique ». Il affirme au contraire qu’il faut mettre l’espoir dans des changements structurels plutôt que de s’appuyer entièrement sur des solutions technologiques telles que la capture du carbone. « Nous risquons de rester prisonniers d’une mentalité qui consiste à colmater les fissures, alors que sous la surface, nous ne cesserions de contribuer à une détérioration continue, a-t-il écrit. Croire que tous les problèmes à venir seront résolus par de nouvelles interventions techniques est une forme de pragmatisme meurtrier, comme pousser une boule de neige vers le bas d’une colline. »

Tout au long du texte, le pape met l’accent sur la justice climatique, soulignant que les pays riches avaient davantage contribué à la crise, alors que les pays du Sud souffraient de manière disproportionnée de ses effets. Il appelle les Etats-Unis à modifier leur mode de vie énergivore : « Si l’on considère que les émissions par individu aux Etats-Unis sont environ deux fois supérieures à celles des Chinois, et environ sept fois supérieures à la moyenne des pays les plus pauvres, nous pouvons affirmer qu’un changement général du mode de vie irresponsable lié au modèle occidental aurait un impact significatif à long terme. »

Le pape défend les militants du climat critiqués pour leurs stratégies de perturbation. « Lors des conférences sur le climat, les actions des groupes qualifiés négativement d’« extrémistes » ont tendance à attirer l’attention. Mais en réalité, ils remplissent un espace laissé vide par la société dans son ensemble, qui devrait exercer une « pression » saine, puisque chaque famille devrait réaliser que l’avenir de ses enfants est en jeu. » Plusieurs défenseurs climatiques de longue date ont salué les remarques du pape François.

« L’intervention du pape à la veille des négociations sur le climat de Dubaï est la bienvenue et vient s’ajouter à un concert de plus en plus fort de voix exigeant que les pays s’attaquent à la cause première de la crise climatique : les combustibles fossiles », a déclaré Mariam Kemple Hardy, responsable des campagnes mondiales à Oil Change International, dans un communiqué de presse. « Le pape a raison de dénoncer le fossé qui se creuse entre la nécessité urgente d’éliminer progressivement tous les combustibles fossiles et le fait que les pays et l’industrie pétrolière et gazière doublent leur production, ce qui est incompatible avec un climat durable. »

Mme Hardy s’est également fait l’écho de l’accent mis par le pape sur la justice climatique, en dénonçant les pays riches qui continuent d’exploiter les combustibles fossiles. « Les dirigeants mondiaux qui se réuniront à Dubaï pour la COP28 devront tenir compte de l’appel du pape prônant une élimination progressive, juste et équitable, de tous les combustibles fossiles et une transition vers les énergies renouvelables, avec un soutien financier approprié pour les pays impactés. A défaut, la COP28 serait un échec. »

Bill McKibben, cofondateur de 350.org et de Third Act (troisième acte), espère que le message du pape réussira là où d’autres ont échoué. « Le travail des chefs spirituels du monde entier est peut-être notre meilleure chance de faire évoluer les mentalités », a-t- il déclaré au Guardian. Oui, les ingénieurs et les scientifiques ont fait leur travail. Mais il est grand temps que le cœur humain fasse le sien. C’est pour cela que nous avons besoin de leur soutien. »


Date des faits : 4 octobre 2023 Auteur : Olivia Rosane, journaliste à Common Dreams.
Thématiques : environnement
Rubrique : Divers ()