Saint-Germain, ses activités et ses talents (2)

Partage international no 405mai 2022

par Dominique Abdelnour

Cette série de trois articles tente de présenter la vie extraordinaire du comte de Saint-Germain en Europe au XVIIIsiècle. Il est un Maître de Sagesse, le Mahachoan. La première partie a retracé sa présence dans les diverses cours d’Europe, cette deuxième partie présente ses talents et diverses occupations outre ses activités diplomatiques, la dernière partie indiquera ce que l’on sait de ses activités après sa mort officielle en 1784.

Lors de ses nombreux séjours dans les cours d’Europe, de Paris à Londres, Amsterdam et Moscou, Saint-Germain était renommé et courtisé dans la haute société et les cercles de pouvoir.

Selon le baron de Gleichen, Saint-Germain était « un homme de taille moyenne, très robuste, vêtu avec une simplicité magnifique et recherchée1 ».

Saint-Germain avait une extraordinaire collection de diamants et de pierres précieuses, de tableaux, une richesse inépuisable. Lorsqu’il entrait dans un salon, tous les regards se tournaient vers lui. Saint-Germain parlait parfaitement le français, l’anglais, l’allemand, l’italien, le sanscrit, le chinois, l’arabe, le russe, l’espagnol et le portugais2.

Très brillant causeur, il intriguait par son érudition, ses anecdotes, sa connaissance étonnante de l’histoire et des pays du monde, des événements du passé qu’il décrivait comme s’il y avait été. Il enchantait les salons par son jeu du violon, son verbe, son magnétisme2.

Mme de Genlis disait de lui : « Le comte avait quelque chose de si grave et de si respectable dans sa personne […]. » (Mémoire de Mme Genlis). « On relève une impression de franchise déférente, une bienveillance indéniable à l’égard des pauvres et des déshérités, les revers étaient impuissants à l’abattre2. »

Pierre Lhermier souligna aussi un aspect de Saint-Germain moins connu : « […] Grand amateur de réjouissances populaires il allait à une kermesse à Amsterdam. […] Il aimait parler aux gens du peuple, s’enquérir de leurs travaux, encourager leurs espoirs. Il savait parler aux soldats russes dans une langue simple […]2 »

Certains le traitaient cependant de charlatan, espion, aventurier, Frédérique II de Hesse-Cassel l’appelait « un moraliste fatiguant3 ».

En conclusion, on peut citer Mme Oakley : « Toujours donnant aux autres, jamais dans le besoin, toujours aidant les autres, jamais ne réclamant de l’aide. […] Quelque pouvoir, quelque plan a dû guider les pas et la vie du comte de Saint-Germain3. »

Ses activités industrielles

En même temps qu’il jouait du violon et enchantait les salons, qu’il tentait d’influencer une transition pacifique en Europe, Saint-Germain était très actif dans des domaines industriels, MM. Lhermier et Chacornac en ont trouvé de nombreuses traces. En 1756, Louis XV lui donna un atelier à Chambord pour fabriquer des couleurs.

Il signa un contrat d’association pour la réparation de machines hydrauliques destinées à draguer les rivières et les canaux en Hollande, il participa à des affaires de vaisseau de commerce. Il aurait livré des plans de bateaux plat pour le transport des troupes en Angleterre, vendu des secrets de peinture en Allemagne, dirigé une industrie lainière à Moscou. En 1763, il construisit une manufacture de teinture à Tournai (avec Mme Nettine, trésorière des Pays-Bas), fonda une troisième manufacture de teinture à Moscou en 1778, et à plus de 88 ans fonda encore une usine de teinturerie à Eckernfoerde2.

On peut aussi citer une liste de 29 procédés techniques qu’il proposa à Frédéric le Grand de Prusse, propositions allant du blanchissage du coton, teintures de peaux, bonification de la laine, à la prévention des maladies et le raffinage d’huile d’olive4.

Franz Graëfner écrivit qu’il le rencontra à Vienne où il lui déclara « préparer deux inventions : le train et les bateaux à vapeur ». Beaucoup doutèrent de la véracité de ses dires, B. Creme a cependant confirmé que Saint-Germain donna le train, le gaz et l’électricité à l’humanité2.

Ses talents psychiques

On relate aussi d’innombrables talents peu ordinaires, Saint-Germain effaçait les tâches des diamants, il les fondait ensemble en augmentant leur valeur, faisait grossir des perles. Il pouvait écrire simultanément des deux mains, deux lettres parfaitement identiques3.

Nombreuses sont les anecdotes rapportées : il prévenait le vieillissement de certaines personnes avec une eau ou un thé de sa fabrication, il guérit le maréchal Belle-Isle d’une tuberculose pulmonaire ; à la cour de Frédérique roi de Prusse, il guérit Mme du Troussel par l’imposition des mains2.

Il aurait décrit précisément un passage secret chez le procureur Dumas disparu mystérieusement, la police y trouva ultérieurement un cadavre desséché2. Il aurait déjoué une tentative de Madame d’Esprémenil pour lui dérober ses bijoux, et fit arrêter les voleurs complices (extrait de Souvenirs de la Comtesse d’Adhémar).

Mme Oakley citant Sypesteyn, relate : « Parfois il tombait en transe, et quand il en sortait, il disait qu’il avait passé le temps […] dans des contrées lointaines […]. Il s’enorgueillissait de pouvoir apprivoiser les abeilles, et de faire écouter de la musique aux serpents […]3. »

Pendant les quarante années de sa vie publique de 1745 à 1784, il semblait avoir toujours 50 ou 60 ans, sauf les dernières années de sa vie à Eckernfoerde où il apparut comme un vieillard malade.

Photo : Franz-Anton, CC0 1.0, via Wikimedia Commons
Mesmer

Ses activités artistiques et autres talents

Saint-Germain avait de nombreux talents artistiques. Virtuose du violon, selon Madame de Genlis, Rameau admirait ses hardiesses dans ses préludes, sa capacité à jouer comme un orchestre3. « Il touchait aussi fort joliment du clavecin et il avait une manière d’accompagner qui n’appartenait qu’à lui2 » ; il composait aussi (musique raisonnée).

Il peignait et avait trouvé un secret de couleurs véritablement merveilleux ce qui rendait ses tableaux extraordinaires, il n’en a jamais donné le secret2.

« Il n’y a presque rien dans la nature qu’il ne sût améliorer et utiliser […]. Il connaissait les herbes et plantes à fond et avait inventé des médecines dont il se servait continuellement et qui prolongeaient sa vie et sa santé5. »

Saint-Germain, la maçonnerie et les rose-croix

Saint-Germain fut impliqué en maçonnerie et chez les rose-croix qui participaient activement à la propagation de nouvelles idées émancipatrices.

Il fréquenta les rosicruciens d’Autriche et de Hongrie3 ; selon H. P. Blavatsky, Saint-Germain aurait laissé un manuscrit rare codé des rosicruciens décrivant le jardin d’Eden ; il aurait été lié à l’école des Pythagoriciens et aurait transmis une interprétation des nombres. (La Doctrine secrète, vol II).

Il eut au moins trois disciples connus : Cagliostro, le landgrave de Hesse-Cassel (tous deux initiés du 3degré selon B. Creme), et Mesmer (inventeur de la théorie du magnétisme animal)3. Il aurait initié Cagliostro, qui fut la précédente incarnation de Mme Blavatsky, à la loge Holstein2.

Photo : Smithsonian Libraries and Archives , Public domain, via Wikimedia Commons
Alessandro Cagliostro

Avec le prince Carl von Hesse-Cassel (1744-1836), qui fut commandant en chef de l’armée norvégienne, gouverneur général de Schlewig et Holstein, intime de Frédérique le Grand, franc-maçon grand-maître du Danemark, de l’Allemagne du Nord, Saint-Germain travailla dans l’Ordre de la Stricte Observance à la « régénération de l’ordre maçonnique3 ».

Von Hesse-Cassel écrivit La pierre zodiacale du temple de Dendérah. C’est chez lui, à Eckernfoerde, que Saint-Germain choisit de mourir.

H. P. Blavatsky suggéra que Ragon (1781-1862), franc-maçon, occultiste qu’elle citait abondamment, aurait rencontré Saint-Germain dans sa je

unesse (c’est-à-dire après la mort de Saint-Germain)6. Ragon co-fonda la loge « Les Trinosophes ».

Des œuvres attribuées à Saint-Germain

Saint-Germain a laissé des partitions composées pour le prince Lobkowitz : Musique raisonnée, aujourd’hui interprétées par le Saint Luke’s orchestra et Julianne Baird (soprano).

Un poème philosophique qui lui est attribué se termine ainsi :

« RIEN n’était. Dieu voulut, RIEN devint quelque chose.
J’en doutais, je cherchais sur quoi l’univers pose,
RIEN gardait l’équilibre et servait de soutien.
Enfin, avec le poids de l’éloge et du blâme
Je pesai l’éternel, il appela mon âme,
Je mourus, j’adorai, je ne savais plus rien !»

Selon P. Lhermier, il laissa un manuscrit codé de forme triangulaire à Charles de Hesse : La Magie sainte révélée2.

On lui attribue le livre La très sainte Trinosophie, certains y voient une allégorie symbolique de l’âme enfermée dans la matière, qui vit des initiations pour atteindre l’immortalité.

Photo : Comte de Saint-Germain, Public domain, via Wikimedia Commons
La Très Sainte Trinosophie, ouvrage attribué au comte de Saint-Germain

Dans La Doctrine secrète, H. P. Blavatsky cite un enseignement sur les nombres et leurs propriétés provenant d’un manuscrit de Saint-Germain (La Doctrine secrète, vol. II), ainsi qu’une description du jardin d’Eden, lieu situé entre le Tigre et l’Euphrate (Isis dévoilée).

La célèbre gravure représentant Saint-Germain, attribuée à N. Thomas, aurait été faite à partir d’un tableau peint par le comte italien Pietro Rotari (que Saint-Germain fréquentait à Saint-Pétersbourg) et ayant appartenu à la collection de Madame d’Urfé.

La vie complexe et rocambolesque de Saint-Germain – ses nombreux talents et aventures, sa capacité à changer de nom, de lieu, son activité incessante, expliquent sans doute son aura extraordinaire qui fascine encore deux siècles après sa disparition. A travers tous les talents et occupations déployés par Saint-Germain, on peut essayer d’imaginer comment un Maître de Sagesse agit inlassablement à tous les niveaux, dans tous les domaines, pour aider l’humanité.

1 – Souvenirs, Baron de Gleichen
2 – Le Comte de Saint-Germain, Pierre Lhermier
3 – The Comte de Saint-Germain, Isabel Cooper-Oakley
4 – Le Comte de Saint-Germain, Paul Chacornac
5 – Mémoires de mon temps, Landgrave Charles Prince de Hesse
6 – Collected writings, H.P. Blavatsky, Editrice de la revue The Theosophist jusqu’en octobre 1887.

Auteur : Dominique Abdelnour, collaboratrice de Share International résidant en France.
Thématiques : spiritualité
Rubrique : De nos correspondants ()