Plonger dans les poubelles

Partager les ressources mondiales où qu’elles se trouvent

Partage international no 403mars 2022

par Sabina Qureshi

Mim Skinner n’avait aucune idée de ce dans quoi elle s’embarquait la première fois qu’elle a fouillé dans un container à ordures. C’est la simple curiosité qui l’a poussée à essayer. Un couple de quakers s’était assis à sa table dans la cafétéria de la bibliothèque universitaire de Durham (Angleterre), où elle faisait une pause entre deux cours. Elle les a entendus parler de pâtisseries qu’ils avaient trouvées dans les poubelles des supermarchés et leur a demandé si elle pouvait les accompagner la prochaine fois qu’ils inspecteraient les poubelles.

Une chose en entraînant une autre, elle a créé, avec des amis, une association appelée Refuse Cic dont elle est maintenant responsable. L’entreprise gère un grand entrepôt, une cafétéria et une boutique où l’on paye le montant qu’on veut, un service de colis alimentaire d’urgence et un programme qui aide les personnes handicapées par les barrières linguistiques et les difficultés d’apprentissage à suivre une formation en restauration et en hôtellerie.

Leur effectif comprend cent bénévoles et dix salariés, qui redistribuent dix à treize tonnes de restes comestibles chaque mois. Les efforts déployés (en utilisant Twitter et les médias locaux) pour inciter les grandes enseignes qui versaient de l’eau de Javel et des colorants sur les restes de leurs supermarchés afin de les rendre inutilisables, ont amené ces mêmes entreprises à leur demander régulièrement de les aider à réduire leurs déchets mis en décharge.

La valeur de leurs actions a vraiment été démontrée pendant la pandémie : ils ont distribué plus de 90 000 repas à des personnes et des familles qui avaient besoin de nourriture. Ils ont notamment livré des colis à des hôtels transformés en logements d’urgence, ainsi qu’à des foyers, des refuges et des particuliers dans toute la région, en utilisant les surplus alimentaires. La demande était si importante qu’il a fallu construire de nouveaux entrepôts pour y faire face.

Le fait qu’ils puissent nourrir autant de personnes démunies démontre que la production alimentaire actuelle est plus que capable de répondre aux besoins de ceux qui, autrement, auraient faim.

En outre, la production alimentaire est responsable d’un tiers des émissions mondiales de carbone.

Par conséquent, si nous voulons sérieusement lutter contre le changement climatique, nous devons cesser de produire autant (un tiers de ce que nous produisons dans le monde est actuellement jeté), ou commencer à le redistribuer afin que chacun dispose de la nourriture dont il a besoin.

Auteur : Sabina Qureshi, collaboratrice de Share International basée à Edmonton (Canada).
Sources : The Guardian, Royaume-Uni
Thématiques : Société, environnement
Rubrique : De nos correspondants ()