Le prix Nobel alternatif 2021

Partage international no 399novembre 2021

par Jessica Corbett

Connu dans le monde entier comme le « prix Nobel alternatif » et destiné à soutenir « les personnes courageuses qui cherchent des solutions aux problèmes mondiaux », le Right Livelihood1 Award a été décerné le 29 septembre à trois militants du Cameroun, du Canada et de Russie, ainsi qu’à un groupe de juristes indiens.

Depuis sa création il y a plus de quarante ans par Jakob von Uexkull, le Right Livelihood Award a récompensé près de 200 lauréats de plus de 70 pays. Cette année, l’organisation basée à Stockholm a examiné un nombre record de 206 candidats de 89 nations, selon son directeur exécutif, Ole von Uexkull.

Les lauréats de 2021 sont :

Marthe Wandou, « pour avoir conçu un modèle de protection communautaire des enfants face à l’insurrection terroriste et à la violence sexiste dans la région du lac Tchad au Cameroun » ;

Vladimir Slivyak, « pour avoir défendu l’environnement et contribué à susciter une opposition populaire aux industries du charbon et du nucléaire en Russie » ;

Freda Huson, du peuple autochtone Wet’suwet’en au Canada, « pour son dévouement sans faille à la défense de la culture de son peuple et de ses territoires contre les projets désastreux de pipelines » ;

Legal Initiative for Forest and Environment (Life), (Initiative juridique pour les forêts et l’environnement) « pour son soutien juridique innovant permettant aux communautés de protéger leurs ressources dans le cadre de la démocratie environnementale en Inde ».

« Les lauréats 2021 sont des combattants courageux qui montrent ce que les mouvements populaires peuvent accomplir, a déclaré Jakob von Uexkull. Face à l’escalade des crises climatiques et environnementales, à la violence insensée et aux violations flagrantes des droits de l’homme, ils s’engagent avec succès pour un avenir meilleur par la solidarité et leur organisation. Ces militants locaux ne se contentent pas de résister, mais mobilisent activement des communautés entières pour revendiquer leurs droits, devenant ainsi des agents du changement là où les gouvernements échouent. »

En plus d’un prix en espèces d’environ 100 000 euros pour chaque lauréat, l’organisation assure aux lauréats un soutien à long terme pour « mettre en lumière et développer » leur travail. Selon cette dernière : « Right Livelihood est un porte-voix et un bouclier pour les lauréats : il leur permet de se faire connaître, leur offre une protection lorsque leur vie et leur liberté sont en danger et sensibilise les gens à leurs solutions innovantes. »

Parmi les lauréats précédents figurent le lanceur d’alerte américain Edward Snowden, la militante suédoise pour la protection du climat Greta Thunberg, le gynécologue congolais Denis Mukwege et le militant bélarusse pro-démocratie Ales Bialiatski, ainsi que Viasna, le centre des droits de l’homme qu’il a créé.

Marthe Wandou
Première Camerounaise à recevoir ce prix, Marthe Wandou travaille depuis longtemps à la prévention de la violence sexuelle contre les enfants, en particulier les filles, et à la prise en charge des survivants. Elle a fondé l’organisation Action locale pour un développement participatif et autogéré (Aldepa) en 1998.
« Le prix Right Livelihood nous donnera le courage de poursuivre notre œuvre, a-t-elle déclaré. Il nous aidera également à avoir de la visibilité et à appeler davantage de personnes à nous rejoindre pour soutenir les victimes et promouvoir les droits des femmes et des enfants. »

Vladimir Slivyak
Coprésident et cofondateur du groupe Ecodefense, il a lutté contre les combustibles fossiles et l’énergie nucléaire en Russie, et contre l’importation de déchets radioactifs. « J’ai passé ma vie à défendre l’environnement, et c’est vraiment un grand honneur pour moi de recevoir un prix comme celui-ci, a déclaré V. Slivyak. Ce prix permet de dégager davantage de ressources pour le travail de protection de l’environnement et des droits de l’homme que mène mon organisation. »

Freda Huson
Elle est une meneuse dans la lutte contre le gazoduc Coastal GasLink en Colombie-Britannique, Canada. Elle s’est jointe à d’autres chefs héréditaires Wet’suwet’en en 2010 pour établir le campement Unist’ot’en, qu’ils décrivent comme « une expression pacifique de notre lien avec notre territoire. » Ce camp comprend maintenant un centre de guérison pour les personnes touchées par les traumatismes coloniaux. « Le travail pour lequel j’ai été récompensée consiste à enseigner aux gens notre façon de faire, que l’on nous apprend dès notre plus jeune âge : prendre soin de la terre qui nous nourrit, a-t-elle expliqué. Ce prix signifie qu’il va être plus facile pour mon peuple d’unir ses forces avec beaucoup d’autres peuples dans le monde qui ont le même objectif : protéger la terre, protéger l’environnement et s’assurer que les populations soient traitées équitablement. »

Life
Fondée en 2005 par les avocats Ritwick Dutta et Rahul Choudhary, Life fournit un soutien juridique et scientifique aux communautés de toute l’Inde qui s’attaquent aux projets et aux entreprises qui menacent l’environnement et la santé publique. R. Dutta a déclaré : « Nous sommes extrêmement heureux que Life reçoive son premier prix international. Cela signifie beaucoup pour nous et pour tous les groupes locaux que nous soutenons en Inde. Le prix nous aidera à accroître l’impact de notre travail, en donnant à davantage de personnes les moyens de protéger la nature et leurs moyens de subsistance. »

1. Right livelihood (moyens d’existence justes) fait référence au noble sentier du bouddhisme qui enseigne que chacun doit prendre seulement une part équitable des ressources de la Terre (wikipedia)

Auteur : Jessica Corbett,  journaliste à Common Dreams.
Sources : commondreams.org
Thématiques : Société, environnement
Rubrique : Divers ()