Partage international no 399 – novembre 2021
par Jessica Corbett
Des dizaines de chefs religieux et de scientifiques se sont réunis au Vatican, le 4 octobre 2021, pour exiger « une action urgente, radicale et responsable » afin de faire face à l’urgence climatique et aux défis connexes qui menacent l’humanité et « la vie sur notre belle maison commune ».
La réunion interconfessionnelle sur le climat, organisée par le pape François, comprenait des représentants du bouddhisme, des confessions chrétiennes, du confucianisme, de l’hindouisme, du jaïnisme, du judaïsme, de l’islam chiite et sunnite, du sikhisme, du taoïsme et du zoroastrisme.

La rencontre La foi et la science : vers la COP26 a précédé le sommet des Nations unies sur le climat qui doit débuter à Glasgow (Ecosse), à la fin du mois. Le pape a présenté l’appel commun des chefs religieux au président de la COP26, Alok Sharma, et au ministre italien des Affaires étrangères et de la Coopération internationale, Luigi Di Maio.
« Le changement climatique est une menace grave, indique le document de cinq pages. Dans l’intérêt de la justice et de l’équité, nous plaidons pour une action climatique commune mais modulée à tous les niveaux, des changements de comportement individuels aux processus décisionnels politiques de haut niveau. »
L’appel poursuit : « Le monde est appelé à atteindre le zéro émission net de carbone dès que possible, les pays les plus riches prenant l’initiative de réduire leurs propres émissions et de financer les réductions d’émissions des pays les plus pauvres. Il est important que tous les gouvernements adoptent une trajectoire qui limitera l’élévation de la température moyenne mondiale à 1,5°C au-dessus des niveaux préindustriels. Afin d’atteindre ces objectifs de l’accord de Paris, le sommet de la COP26 devrait valider un programme ambitieux à court terme pour chaque nation avec des responsabilités adaptées. Il est également urgent de prendre des mesures pour respecter ces engagements à moyen et long terme.
Nous supplions les nations qui ont la plus grande responsabilité et qui ont la capacité d’intensifier leur action climatique chez elles ; de tenir les promesses existantes de fournir un soutien financier substantiel aux pays vulnérables ; de s’accorder sur de nouveaux objectifs pour leur permettre de devenir résilients au climat, ainsi que de s’adapter et de faire face au changement climatique et aux pertes et dommages qui sont déjà une réalité pour de nombreux pays. »
Les chefs religieux exhortent les gouvernements mondiaux à accroître leurs ambitions et leur coopération internationale pour « favoriser une transition vers une énergie propre ; adopter des pratiques d’utilisation durable des terres, notamment la prévention de la déforestation, la restauration des forêts et la conservation de la biodiversité ; transformer les systèmes alimentaires pour qu’ils deviennent respectueux de l’environnement et des cultures locales ; éradiquer la faim ; et promouvoir des modes de vie et des modes de consommation et de production durables ». Leur appel à l’action climatique, qui souligne l’importance de protéger et d’investir pour les populations marginalisées et vulnérables, s’étend également aux institutions financières et aux organisations de la société civile.

« Nous avons hérité d’un jardin : nous ne devons pas laisser un désert à nos enfants » – Appel commun
« En tant que dirigeants et sages de diverses traditions religieuses, nous nous unissons dans un esprit d’humilité, de responsabilité, de respect mutuel et de dialogue ouvert, explique le document. Ce dialogue ne se limite pas à un simple échange d’idées, mais mets l’accent sur le désir de cheminer ensemble, reconnaissant notre appel à vivre en harmonie les uns avec les autres et avec la nature ; […] La nature est un don, mais aussi une source de vie, force sans laquelle nous ne pouvons pas exister. Nos fois et nos spiritualités enseignent un devoir, individuel et collectif, de prendre soin de la famille humaine et de l’environnement dans lequel elle vit. Nous ne sommes pas des maîtres tout-puissants de notre planète et de ses ressources.
Nous prions pour que notre famille humaine s’unisse pour sauver notre maison commune avant qu’il ne soit trop tard. Les générations futures ne nous pardonneront jamais si nous gaspillons cette précieuse opportunité. Nous avons hérité d’un jardin : nous ne devons pas laisser un désert à nos enfants. Les scientifiques nous ont prévenus qu’il ne restait peut-être qu’une décennie pour restaurer la planète. »
Le pape François, qui devrait assister au sommet en Ecosse, a fait écho aux messages de l’appel dans une allocution lundi, déclarant que : « Il y a, je crois, trois clés d’interprétation qui peuvent éclairer nos efforts pour prendre soin de notre maison commune : l’ouverture à l’interdépendance et au partage, le dynamisme de l’amour et un appel au respect.
La COP26 à Glasgow représente une convocation urgente pour apporter des réponses efficaces à la crise écologique sans précédent et à la crise des valeurs que nous vivons actuellement, et ainsi offrir un espoir concret aux générations futures », a indiqué le pape François, qui a attiré l’attention à plusieurs reprises pour ses commentaires sur l’urgence climatique, notamment dans son encyclique Laudato Si’.
Christine Allen, directrice de la Cafod, l’agence catholique de développement pour l’Angleterre et le Pays de Galles, a déclaré lundi à Vatican News : « C’est vraiment sans précédent que tant de chefs religieux se réunissent de cette manière. Je me souviens quand le pape François a publié Laudato Si’ en 2015 ; cela a eu un impact très, très important sur les dirigeants mondiaux et sur les négociations ultérieures de la COP alors, et j’espère tout comme le pape François que cet appel actuel aura un impact très similaire car c’est absolument nécessaire. »
Alok Sharma, président de la conférence des Nations unies à venir, a salué l’appel commun – qui intervient alors que les gouvernements sont critiqués pour leurs programmes inadéquats face au réchauffement de la planète.
« Je suis honoré de recevoir cet appel commun historique alors que nous insistons pour que des progrès soient faits pour limiter l’augmentation de la température mondiale à 1,5°C, lors de la COP26 dans quelques semaines seulement, a déclaré A. Sharma. Nous devons tous entendre les voix de ceux qui sont les plus touchés par le changement climatique […] et j’espère que les religieux continueront d’être un élément clé de ce dialogue alors que nous travaillons ensemble pour faire avancer l’action climatique. »
Alors que plus de 40 personnalités de diverses confessions ont participé à la rencontre et à l’appel commun, l’Associated Press a noté que le dalaï-lama était « manifestement absent », expliquant que « le Vatican a exclu le chef spirituel tibétain des événements interconfessionnels depuis des années pour ne pas contrarier la Chine, et un appel cherchant à être entendu par un grand pollueur comme Pékin ne fait pas exception ».
Auteur : Jessica Corbett, journaliste à Common Dreams.
Sources : commondreams.org
Thématiques : environnement
Rubrique : Point de vue ()
