En octobre 2020, le média d’investigation en ligne The Intercept a publié un court métrage intitulé Message from the Future II : The Years of Repair (Message du futur II : les années de reconstruction) en partenariat avec The Leap (le Saut) – qui est une communauté de militants dont la conviction commune est qu’un monde meilleur est nécessaire et possible pour tous, mais seulement si nous sommes prêts à l’imaginer, à y travailler et à le transformer en une « réalité vécue ».
Le premier film, A Message from the Future with Alexandria Ocasio-Cortez, a été coécrit par celle-ci et Avi Lewis, cofondateur de The Leap avec Naomi Klein. Lors du lancement de ce premier film en avril 2019, N. Klein a évoqué le moment où ils avaient réalisé ce qui empêchait les gens d’adopter un changement radical et de progresser. Un article de Kate Aronoff paru dans The Intercept en 2018 avait présenté un récit fictif de la vie en 2045 : un monde transformé par le Green New Deal (New Deal vert) et sa conception de la justice sociale, économique et environnementale. Cet article et son message ont suscité une telle réaction positive que l’équipe en a conclu que c’était cette approche qui avait aidé les lecteurs à « voir » un avenir différent, plein de sens, digne, passionnant et plein de possibilités remplaçant avantageusement les scénarios postapocalyptiques. L’équipe de The Leap a senti qu’elle était sur la bonne voie.
« Cette histoire a vraiment fait vibrer une corde sensible chez les lecteurs de The Intercept. Nous avons réalisé qu’on permettait d’imaginer un avenir qui n’était pas apocalyptique… [et] que le plus grand problème auquel nous sommes confrontés, quand nous envisageons d’entreprendre une œuvre aussi transformatrice que la science l’exige, est le sentiment d’apathie que les gens ont, car on leur affirme tout le temps que c’est impossible… c’est presque comme si les gens pensaient qu’ils ne méritent pas d’être sauvés », a constaté N. Klein.
Cela suggère que la peur d’un scénario de fin du monde, ainsi qu’un sentiment de futilité et d’indignité, entravent notre capacité, voire notre volonté, d’imaginer un avenir meilleur. Et si nous ne pouvons pas imaginer, nous n’avons pas d’image dans laquelle nous pouvons nous situer, aucune image à laquelle nous pouvons participer à donner vie. « On dit souvent qu’on ne peut pas être ce qu’on ignore », renchérit A. Ocasio-Cortez. Ces deux films ont donc pour but de nous aider à voir, à sentir, à nous identifier à ce qui n’est pas encore arrivé : voir le monde actuel et ce à quoi il ressemblera et sera vraiment sans les combustibles fossiles, la pollution, les inégalités. Pour ne plus avoir peur.
Pour nous aider à imaginer un avenir si différent, le récit des deux films est accompagné des illustrations fascinantes de Molly Crabapple. Rien que pour cela, ces films valent la peine d’être vus. En réalisant ses images, l’artiste a fait en sorte que chaque coup de pinceau, chaque lavis d’aquarelle, chaque image « ajoutée » soit importante ; elle a procédé avec une habile fluidité qui correspond à celle de la narration et qui attire le spectateur. C’est une merveille à regarder.
Le premier court métrage est narré par A. Ocasio-Cortez comme si elle témoignait depuis le futur : partageant des souvenirs de ces temps difficiles. On sent le soulagement : « En luttant contre les inondations, les incendies et les sécheresses, nous savions la chance que nous avions d’avoir commencé à agir au bon moment. » Elle montre combien le sujet la touche personnellement : « […] en 2017, l’ouragan Maria a détruit l’endroit d’où était originaire ma famille, Porto Rico. C’était comme une bombe climatique. Il a coûté la vie à autant d’Américains que le 11 Septembre. Et l’année suivante, lorsque j’ai été élue au Congrès, les plus grands climatologues du monde ont alerté sur l’urgence de la situation. Ils ont annoncé qu’il nous restait douze ans pour réduire nos émissions de moitié… Douze ans pour tout changer – notre façon de nous déplacer, de nous nourrir, de fabriquer nos produits, de vivre et de travailler – tout, quoi. »
Message from the Future II : The Years of Repair a une autre tonalité. Toujours visionnaire, il jette un regard critique sur la détresse de 2020 comme une année charnière avec « la terreur et la douleur de la pandémie et le feu et la violence des révoltes » contre le racisme. Ecrit par Avi Lewis et Opal Tometi, il est poignant et poétique dans son utilisation symbolique des « mains » comme moyen de connecter les spectateurs avec l’expérience que beaucoup ont vécue cette année.
« Ces mains qui ont caressé le front
Qui ont dit au revoir
Ces mains, c’était nous.
Nous tous…
Tous agglutinés
Nous rendant malades les uns les autres
Nous soignant les uns les autres.
Ce n’était qu’une des leçons de la Covid-19. »
Comme pour le film précédant, la réalité de cette expérience permet au spectateur de collaborer positivement avec les narrateurs : « Nous avons agi main dans la main, progressé, inauguré les années de réparation » et nos relations avec la nature, avec les uns les autres et avec notre planète, sont en reconstruction. Il reste encore un long chemin à parcourir pour atteindre l’« utopie », si tant est qu’elle puisse exister, mais la perspective commune de créer un monde « où personne n’est sacrifié et où chacun est essentiel », rend le chemin beaucoup plus facile.
https://www.youtube.com/watch?v=d9uTH0iprVQ ;
https://theleap.org/message-from-the-future-ii-the-years-of-repair/
Naomi Klein : https://www.pressenza.com/2019/04/a-message-from-the-future-with-aoc-alexandria-ocasio-cortez/
Kate Aronoff : https://theintercept.com/2018/12/05/green-new-deal-proposal-impacts/
Auteur : Pauline Welch, collaboratrice de Share International basée au Royaume-Uni. En tant qu’auteure, elle s’intéresse principalement aux tendances environnementales et politiques.
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