Partage international no 379 – mars 2020
Nations unies, New York – Selon une étude publiée par les Nations unies le 21 janvier 2020, les inégalités s’accroissent pour plus de 70 % de la population mondiale, ce qui aggrave les risques de divisions et entrave le développement économique et social. Cependant, cette augmentation est loin d’être inéluctable et peut être combattue au niveau national et international.
Le Rapport social mondial 2020, publié par le département des Affaires économiques et sociales des Nations unies (DAES), montre que les inégalités de revenus ont augmenté dans la plupart des pays développés et dans certains pays à revenu intermédiaire, dont la Chine, où l’économie connaît la plus forte croissance au monde.
António Guterres, secrétaire général des Nations unies, aborde ces défis dans la préface du rapport. Il constate que le monde est confronté aux « dures réalités d’un paysage mondial profondément inégal », dans lequel les malheurs économiques, les inégalités et l’insécurité de l’emploi ont entraîné des manifestations de grande ampleur dans les pays développés et en développement. « Les disparités de revenus et le manque d’opportunités, analyse-t-il, créent un cercle vicieux d’inégalités, de frustration et de mécontentement dans toutes les générations. »
Les « 1 % » raflent (presque) tout
L’étude montre que les 1 % de la population les plus riches sont les grands bénéficiaires d’une économie mondiale en mutation, Ils ont accru leur part de revenu entre 1990 et 2015, tandis qu’à l’autre extrémité du spectre, les 40 % les plus pauvres gagnent moins d’un quart des revenus dans tous les pays étudiés.
L’une des conséquences des inégalités au sein des sociétés, note le rapport, est le ralentissement de la croissance économique. Dans les sociétés inégales, avec de grandes disparités dans des domaines tels que les soins de santé et l’éducation, les populations sont plus susceptibles de rester prises au piège de la pauvreté, sur plusieurs générations.
La différence de revenus moyens entre les pays se réduit, la Chine et d’autres nations asiatiques étant les moteurs de la croissance économique mondiale. Néanmoins, il existe toujours des différences marquées entre les pays et les régions les plus riches et les plus pauvres : le revenu moyen en Amérique du Nord, par exemple, est seize fois plus élevé que celui des habitants de l’Afrique subsaharienne.
Quatre éléments affectent les inégalités dans le monde
Le rapport examine l’impact de quatre puissantes forces mondiales, ou méga-tendances, sur les inégalités dans le monde : l’innovation technologique, le changement climatique, l’urbanisation et les migrations internationales. Alors que l’innovation technologique peut soutenir la croissance économique, offrant de nouvelles possibilités dans des domaines tels que les soins de santé, l’éducation, la communication et la productivité, elle peut également entraîner une augmentation des inégalités salariales et déplacer les travailleurs.
Les progrès rapides dans des domaines tels que la biologie et la génétique, ainsi que la robotique et l’intelligence artificielle, transforment les sociétés à un rythme soutenu. Les nouvelles technologies ont le potentiel d’éliminer des catégories entières d’emplois mais peuvent également générer des emplois complètement nouveaux et des innovations. Pour l’instant, cependant, les travailleurs hautement qualifiés récoltent les fruits de la « quatrième révolution industrielle », tandis que les travailleurs peu et moyennement qualifiés, ayant des tâches manuelles et cognitives répétitives, voient leurs opportunités se réduire.
De nouvelles opportunités
Comme l’a montré le rapport des Nations unies sur l’économie mondiale, la crise climatique a un impact négatif sur la qualité de vie, et les populations vulnérables subissent de plein fouet la dégradation de l’environnement et les phénomènes météorologiques extrêmes. Selon le Rapport social mondial, le changement climatique appauvrit encore plus les pays les plus pauvres et pourrait inverser les progrès accomplis dans la réduction des inégalités entre les pays.
Si les mesures prises contre la crise climatique progressent comme espéré, des pertes d’emplois se produiront dans les secteurs à forte intensité d’émission de carbone, comme l’industrie du charbon, mais le « verdissement » de l’économie mondiale pourrait entraîner des gains nets globaux en matière d’emploi, avec la création de nombreux nouveaux emplois.
Pour la première fois, plus de personnes vivent dans des zones urbaines que dans des zones rurales, tendance qui devrait se poursuivre au cours des prochaines années. Bien que les villes soient le moteur de la croissance économique, elles sont plus inégales que les zones rurales, les personnes extrêmement riches côtoyant les personnes très pauvres.
L’ampleur des inégalités varie considérablement d’une ville à l’autre, et au sein d’un même pays : à mesure qu’elles se développent, certaines villes sont devenues plus inégales, tandis que d’autres ont vu les inégalités diminuer.
La migration, reflet de l’inégalité mondiale
La quatrième méga-tendance, les migrations internationales, est décrite à la fois comme un « puissant symbole de l’inégalité mondiale » et comme « une force promouvant l’égalité dans de bonnes conditions ».
Les migrations au sein d’un pays, note le rapport, ont tendance à augmenter lorsqu’il commence à se développer et à s’industrialiser, et ce sont surtout les habitants des pays à revenu intermédiaire qui émigrent à l’étranger.
Les migrations internationales sont généralement perçues comme bénéficiant à la fois aux migrants, à leur pays d’origine (puisqu’ils envoient de l’argent chez eux) et à leur pays d’accueil.
Dans certains cas, lorsque les migrants sont en concurrence pour des emplois peu qualifiés, les salaires peuvent baisser, ce qui accroît les inégalités, mais si ceux-ci ont des compétences demandées ou acceptent un travail que d’autres ne sont pas disposés à faire, ils peuvent avoir un effet positif sur le chômage.
Exploiter les méga-tendances pour un monde meilleur
Malgré un net élargissement de l’écart entre les nantis et les démunis dans le monde, le rapport souligne que cette situation peut être inversée. Bien que les méga-tendances aient le potentiel de maintenir les divisions dans la société, elles peuvent aussi, comme le dit le secrétaire général dans sa préface, « être exploitées pour un monde plus équitable et plus durable. » Les gouvernements nationaux et les organisations internationales ont tous un rôle à jouer pour uniformiser les règles du jeu et créer un monde plus juste pour tous.
Selon le rapport, il faudrait donner à la réduction des inégalités un rôle central dans l’élaboration des politiques. Cela signifie qu’il faut s’assurer que le potentiel des nouvelles technologies soit utilisé pour réduire la pauvreté et créer des emplois, que les personnes vulnérables deviennent plus résilientes aux effets du changement climatique, que les villes soient plus inclusives et que les migrations se déroulent de manière sûre, ordonnée et régulière.
Trois stratégies sont suggérées dans le rapport, visant à rendre les pays plus égalitaires : la promotion de l’égalité d’accès aux chances (par exemple, par l’accès universel à l’éducation) ; des politiques fiscales comprenant des mesures sociales, telles que les allocations de chômage et d’invalidité ; et une législation qui s’attaque aux préjugés et à la discrimination, tout en favorisant une plus grande participation des groupes défavorisés.
Bien qu’une action au niveau national soit cruciale, le rapport indique qu’une « action concertée, coordonnée et multilatérale » est nécessaire pour relever les principaux défis qui affectent l’inégalité au sein des pays et entre eux.
Compte tenu de l’importance de la coopération internationale, les auteurs du rapport concluent que les institutions multilatérales telles que les Nations unies doivent être renforcées et les mesures visant à créer un monde plus juste doivent être hâtées de toute urgence.
L’Agenda 2030 des Nations unies pour le développement durable, qui fournit le plan d’un avenir meilleur pour les populations et la planète, reconnaît que les défis majeurs nécessitent des solutions coordonnées au niveau international et contient des objectifs concrets et détaillées pour réduire les inégalités, en fonction des revenus.
Sources : UN News
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