Q : J'ai tenté depuis de nombreuses années, non sans quelques déceptions, d'appréhender la situation dans laquelle se trouve la conscience, ce que nous appelons aujourd'hui le « moi », à la mort du corps physique. A ce jour, toutes sortes d’histoire m’ont été contées, qui vont de « la personnalité se dissout lors de la mort » à « nous sommes des êtres éternels qui avons créé l’univers ». J’entends parler de personnalité, d’âme, d’esprit, de soi supérieur et inférieur, mais tout cela ne représente pour moi que des mots avec lesquels je n’arrive pas à m’identifier. Ma préoccupation est tournée vers le « moi » qui écrit cette question et qui s’identifie avec le nom qui m’a été donné à la naissance. Vers celui qui aime manger une nourriture savoureuse et qui crie « aïe » lorsqu’il marche sur une pointe. Vers celui qui établit le budget familial et qui répare le robinet qui fuit. Je n’arrive à m’identifier qu’au « moi » qui réfléchit à cette question. Ce « moi » ne se réjouit pas à l’idée de se dissoudre dans le néant, mais ne se perçoit pas non plus comme un Dieu créateur de l’univers. J’espère avoir exprimé clairement le dilemme dans lequel je me trouve. Pourriez-vous m’expliquer, selon vous, l’état dans lequel se trouvera ce « moi » que je décris lorsque le corps physique mourra ?

Partage international no 8avril 1989

La personne qui a posé cette question traduit, par ses différents exemples concernant le « moi », l'état de confusion et le dilemme face auxquels la plupart des gens se trouvent en général lorsqu'ils tentent de comprendre qui ils sont. Cette question dépeint une série d'identifications, chacune différente, à laquelle la personne qui a posé la question donne le qualificatif de « moi ». Cette personne s'identifie au mental (et à la main) qui écrit la question, et pourtant elle n'est ni ce mental ni cette main. Elle s'identifie au corps qui dit « aïe » lorsqu'il marche sur une pointe, pourtant elle n'est pas ce corps. Elle s'identifie au nom qui lui a été donné, pourtant elle n'est pas ce nom (qui peut changer, et change fréquemment). Elle s'identifie, à de nombreuses reprises, à son mental, ou à son corps, ou à son équipement sensoriel, qui ne sont que des véhicules pour le Soi qu'elle doit expérimenter sur ce plan. Ce qui reste après la dissolution des véhicules est simplement le Soi, qui n'est plus sujet aux impressions de la vie sur le plan physique mais qui, par contre, est intensément vivant et pleinement conscient sur son propre plan.

Réponses données par Benjamin Creme