Israël : un présentateur de TV dénonce le traitement des Palestiniens

Partage international no 344avril 2017

Alors que c’était la dernière fois qu’il présentait son émission, le comédien et écrivain comique israélien, Assaf Harel, également présentateur pour une chaîne de télévision israélienne, a fermement condamné la façon dont Israël traite les Palestiniens. Son monologue, diffusé dans tout le pays le 28 février 2017, a été largement vu et commenté sur les réseaux sociaux. L’émission, Good Night with Assaf Harel, ne sera pas reprogrammée en raison de ses trop faibles audiences, mais elle a gagné un fort soutien sur les réseaux. Voici un extrait de ce monologue :

« Je ne veux pas consacrer ce dernier monologue à une affaire de ces derniers jours, mais à un sujet plus général. Si vous regardez notre vie en Israël, c’est génial. Oui, tout est cher et on gagne largement moins que ce qu’on voudrait, le système de santé pourrait être meilleur, et oui, les politiciens pourraient être plus impressionnants et moins embarrassants. Mais si nous regardons notre vie avec un peu de recul, on s’en sort très bien. Vraiment. Super temps, bonne bouffe, gens sympas, plages superbes. Pas si mal, de façon générale.

Et c’est exactement ça le problème : on s’en sort très bien, mais il y a plusieurs millions de personnes dont nous sommes responsables, qui vivent dans des conditions atroces : infrastructures, nourriture, système de santé, système éducatif… Des millions qui vivent dans une pauvreté abjecte. La bande de Gaza est au bord de l’épidémie, souffre de coupures de courant et d’eau pendant des heures. Israël contrôle tout ce qui y entre et en sort. Mais ils ont choisi le Hamas, qu’ils en payent le prix. L’humanité ? Qu’est-ce que ça a à voir avec nous ? Sommes-nous là pour aimer les Arabes ? Depuis que les ultranationalistes sont au pouvoir, de plus en plus de voix mettent en garde contre l’apartheid. Vous voulez rire ? L’apartheid existe ici depuis toujours. C’est juste qu’on est du bon côté de la barrière, donc ça ne nous embête pas vraiment. Nous abusons des Palestiniens tous les jours depuis des années, niant leurs droits fondamentaux. En Judée et en Samarie, nous leur prenons leurs terres. Autrefois, nous utilisions le Fonds national juif pour collecter de l’argent et acheter les terres. Aujourd’hui ? Nous faisons une loi déclarant que nous pouvons juste leur prendre leurs terres et voilà. Les soldats ont tiré sur des lanceurs de cailloux, mais si en Israël quelqu’un lançait des cailloux, il ne serait même pas arrêté. Les journalistes palestiniens sont placés en détention administrative, sans procès, parce qu’ils écrivent…

Pendant des années, nous avons compté sur la haine, la même haine dont on se plaint plus tard dans les processus de paix. Pourquoi montez-vous vos enfants contre nous ? Pourquoi ne leur apprenez-vous pas à nous aimer ?

L’innovation la plus impressionnante d’Israël, plus que tous les projets de haute technologie ou les armements avancés de l’entreprise [israélienne] Rafael, c’est notre incroyable capacité à ignorer ce qui arrive, à quelques kilomètres, à nos voisins. Une population entière. Comme si elle n’existait pas. Pas aux infos, pas en ligne, pas sur les réseaux sociaux, et encore moins dans le cœur des gens. Rien. Nous avons un beau pays et de bons restaurants, et c’est amusant de voyager à l’étranger. Ne nous dites juste pas ce qui se passe vraiment. Nous sommes gentils, ne nous minez pas le moral […].

Peut-être que nous nous réveillerons. Des dizaines d’ONG (Breaking the Silence, B’Tselem, Yesh Din, etc.) tentent d’alerter la société israélienne. Et qu’en disent les gens en retour ? – « Extrême gauche, organisations illégales [...] »

De nos jours, les organisations de défense des droits de l’homme sont ce qu’il y a de plus légitime et de plus sain dans la société israélienne. Elles essayent de réveiller une société endormie et bloquée, et cela est meilleur pour notre sécurité que n’importe quelle colonie ou avant-poste militaire. Et la raison pour laquelle Bennet [Naftali Bennet, dirigeant d’un parti religieux d’extrême droite] et Bibi [le premier ministre B. Netanyahou] sont si occupés à les décrire comme illégales est qu’elles disent la vérité sur l’occupation et sur ce qui se passe.

Bibi et Bennet savent que le jour même où les citoyens israéliens se réveilleront et découvriront ce qui se passe au-delà de la ligne verte (la frontière d’avant 1967), ce que cela fait à nos soldats, aux enfants élevés là-bas, aux anciens, aux familles, aux millions de gens innocents, à quel point ça pèse sur notre budget, notre société, notre économie… Ce jour-là, les gens se demanderont si les territoires occupés en valent vraiment la peine. Parce que du point de vue de la sécurité, tous les commandants en chef et tous les généraux disent depuis des années que ça n’a pas de sens.

C’est pour ça que je crois, et peut-être suis-je en train d’essayer de me convaincre, qu’à la fin, la frange droitière perdra. Parce qu’ils ont peur de la vérité, de la réalité. Ils essayent de la supprimer, de la cacher, ils empêchent les gens de l’entendre et empêchent les gens de parler. A la fin, il ne faut pas grand-chose pour calmer ceux qui profitent de l’apartheid. Mais il y a tous les autres, un autre peuple. Et ils sont là, même si nous ne parlons pas d’eux et même si nous ne les reconnaissons pas. Et nous prétendons qu’il n’y a que Nous, Dieu et la Terre promise…

Si seulement pour une fois nous pouvions nous réveiller avant la guerre, parce que jusqu’à maintenant, nous ne nous sommes réveillés qu’après. Il fallut la guerre du Kippour pour faire la paix avec l’Egypte. Il fallut la première intifada pour que soient signés les accords d’Oslo. Si seulement pour une fois nous pouvions être assez intelligents pour arriver à un accord de paix avant la guerre, dans le pire des cas après la guerre, ou après la guerre suivante. Mais dans tous les cas, nous nous réveillerons. »

Israël, Nouvelle Caledonie
Sources : Middle East Eye ; chaîne YouTube : haaretz.com
Thématiques : politique
Rubrique : Les priorités de Maitreya (« Pour aider les hommes dans leur tâche, Maitreya, l’Instructeur mondial, a formulé certaines priorités. Assurer à tous un approvisionnement correct en nourriture ; procurer à tous un logement convenable ; fournir à tous soins médicaux et éducation, désormais reconnus comme un droit universel. » Le Maître de Benjamin Creme, Partage international, janvier 1989. Dans cette rubrique, notre rédaction aborde les questions relatives aux priorités énoncées par Maitreya et présente des expériences orientées dans cette direction.)