Dix raisons d’être optimiste sur un futur à faibles émissions carbone

Partage international no 343mars 2017

par Peyton Fleming

C’est certain, beaucoup de mes amis militants du climat seront heureux d’oublier 2016, année qui vit se concrétiser la présidence de D. Trump, avec son incertitude climatique. Mais le mouvement écologiste qui s’implante déborde largement des États-Unis : cette année, je l’ai observé en Afrique et en Europe.

Voici dix excellentes nouvelles qui montrent l’irrépressibilité et l’inévitabilité d’un futur à faibles émissions carbone. On y est, et c’est un point de non-retour :

1. Symphonie solaire
Le coût de l’énergie solaire continue de chuter. A son point le plus bas se trouve un projet de centrale solaire de 120 MW au Chili dont l’énergie serait vendue à 29,10 dollars le MWh, quand celui issu du charbon coûte plus du double. Parmi les énergies renouvelables, ce sont les prix du solaire photovoltaïque qui baissent le plus rapidement. Cela explique l’installation record de 4 300 MW aux Etats-Unis rien qu’au dernier trimestre (soit 60 % des nouvelles installations électriques sur la même période). On a aussi assisté à l’ouverture, en France, du premier kilomètre de route revêtue de panneaux solaires, baptisée Wattway.

2. Une bonne dose de communication
Les entreprises doivent montrer qu’elles font de l’argent, et fournir des informations sur les risques financiers qu’elles encourent face aux changements du climat et dans les réglementations. Un groupe de travail, réuni par le comité de stabilité financière du G20, a publié récemment ses recommandations sur les déclarations que les entreprises doivent fournir aux investisseurs concernant les risques climatiques. Parmi les points marquants : toutes les entreprises, tout particulièrement les firmes pétrolières et gazières, doivent déclarer comment leurs stratégies s’alignent sur l’objectif mondial de limiter l’augmentation globale de température à 2° C.

3. Vents dominants
L’énergie du vent est souvent moins chère que celle du soleil, car les turbines sont plus efficaces et moins coûteuses. Dans certains Etats américains, comme l’Iowa, l’Illinois, le Kansas, le Nebraska et certaines parties du Texas, de nouvelles turbines génèrent de l’électricité à un coût (hors subventions) plus faible que n’importe quelle autre technologie.

Selon une étude de l’Université du Texas, le Texas est le roi du vent, avec 18 000 MW de capacité qui, certains jours venteux, fournissent presque la moitié de l’électricité à l’Etat.

4. Payez petit à petit
Les compagnies d’énergie solaire à modèle prépayé, rendues possibles grâce aux téléphones mobiles, font fureur en Afrique. M-Kopa Solar s’est appuyé sur le développement des services de transfert d’argent par téléphone mobile, très utilisés en Afrique, pour vendre plus de 425 000 systèmes solaires domestiques en Afrique de l’Est. Pour 30 dollars d’acompte et 50 centimes de paiement journalier, réglés via leur téléphone portable, les clients reçoivent un panneau solaire, une paire de lampes, un chargeur de téléphone et une radio qui fonctionne à l’énergie solaire. Après un an de paiements, les clients deviennent propriétaires de l’ensemble. Des entreprises similaires sont en train d’éclore partout en Afrique et ont attiré des centaines de millions de dollars de financement.

5. Ne dites plus émergents
Les dépenses dans les énergies propres dans les pays émergents d’Amérique du Sud, d’Afrique, du Moyen-Orient et d’Asie ont éclipsé pour la première fois celles des pays riches de l’OCDE. Les progressions les plus importantes, surtout pour les projets solaires, ont eu lieu au Chili, au Mexique et en Afrique du Sud. Des progrès notables sont également observés dans les conditions d’investissement dans plusieurs pays en développement ; selon le nouveau rapport Climatescope, les cinq meilleurs dans ce domaine sont la Chine, le Chili, le Brésil, l’Uruguay et l’Afrique du Sud.

6. Chapeau bas au Maroc
Le fait que le Maroc ait supprimé progressivement les subventions pétrolières et qu’il bâtisse la plus grande centrale solaire à concentration du monde est suffisant pour qu’il figure sur ma liste. Mais en tant que pays hôte de la conférence des Nations unies sur le climat (COP22 de Marrakech), sa présidence affable et son engagement infatigable à rassembler le reste du monde derrière l’ambitieux accord de Paris – avec ou sans le leadership des Etats-Unis – fut inspirant et profondément important pour la communauté climatique mondiale.

7. États-Unis : l’énergie collective des Etats
Aux Etats-Unis, les Etats ont en charge l’établissement des directives qui définissent leur mix énergétique. A en juger par les décisions récentes, l’intérêt dans l’énergie renouvelable et le rendement énergétique gagne du terrain dans les différents Etats. Au mois de décembre, l’Illinois et le Michigan ont tous deux passé des lois sur l’énergie propre qui vont doper l’investissement, créer de l’emploi et faire économiser. Le même mois, le gouverneur de l’Ohio a fait un grand pas vers la révision des standards de l’Etat sur l’efficacité énergétique et les énergies renouvelables. Quant au gouverneur de la Californie, il a annoncé qu’il travaillerait directement avec d’autres nations pour combattre le changement climatique. Dans ces quatre Etats, ces mesures en faveur des énergies propres jouissent d’un fort soutien de la part des milieux d’affaires.

8. Tout renouvelable
Les 500 plus grandes entreprises américaines s’approvisionnent en énergie renouvelable à des niveaux inégalés. Avec la chute des prix et l’évolution de la réglementation des Etats ayant facilité l’accès à l’activité de producteur d’énergie verte, des géants de l’industrie comme Walmart, Google, Apple et Mars se sont lancés dans la production d’énergie 100 % renouvelable pour couvrir leurs propres besoins. Google, qui s’est engagé à produire 2 600 MW par du solaire et de l’éolien prévoit de couvrir 100 % de ses besoins en 2017.

9. Bourses déliées
La résolution des investisseurs en faveur d’un futur à faible empreinte carbone est incontestablement croissante. Citigroup voit une croissance exponentielle des prêts et financements qu’il accorde aux entreprises liés à la réduction des émissions carbone et aux activités vertes. Cela inclut un financement de 48 milliards de dollars pour des activités durables rien qu’en 2015. Encore mieux : la stratégie révolutionnaire de la Deutsche Bank va apporter des milliards de dollars de capital à des commerces d’énergie propre en Afrique subsaharienne. Le projet, approuvé par le Fonds vert pour le climat de l’Onu, combinera des capitaux publics et privés pour fournir jusqu’à 3,5 milliards de dollars de financements pour du solaire domestique, des mini réseaux électriques solaires et d’autres entreprises du secteur des énergies propres hors réseau.

10. Lutin de Noël
Kate Cincotta a quitté un emploi lucratif dans l’aérospatiale pour démarrer Saha Global, qui fournit de l’eau potable et de l’énergie solaire aux « plus pauvres des pauvres » dans le nord-Ghana. L’organisation à but non lucratif basée à Boston a maintenant 93 succursales pour l’eau, toutes tenues par des femmes autochtones, qui fournissent de l’eau potable à 50 000 Ghanéens. Donn Tice, fondateur de Frontier Energy, passe son temps à travailler avec les gouvernements africains pour lever les barrières légales limitant la commercialisation des produits pour réseaux électriques autonomes. Au printemps dernier, il a persuadé le gouvernement du Sierra Leone d’éliminer les taxes d’importation et de vente sur certains appareillages solaires. Ce genre d’actions sont essentielles pour donner du courant propre et abordable à des millions d’Africains qui vivent aujourd’hui sans énergie autre que le charbon et des lampes à kérosène hautement polluantes.

Auteur : Peyton Fleming, directeur senior au Ceres, ONG pour le développement durable.
Sources : ecowatch.com
Thématiques : environnement
Rubrique : S.O.P. — Sauvons notre planète (« Les changements climatiques montrent sans l’ombre d’un doute que la planète est malade... Le temps nous est compté pour mettre fin aux ravages que subit quotidiennement la planète Terre. Chaque homme, chaque femme, chaque enfant a son rôle à jouer dans sa restauration. Oui, le temps presse. Save Our Planet (S.O.P.), sauvons notre planète ! » Le Maître de B. Creme, S.O.P. Sauvons notre planète, 8 septembre 2012.)