Le Troubadour de la paix

Partage international no 337septembre 2016

Interview de James Twyman par Jason Francis

James Twyman est un musicien américain connu dans le monde entier comme le « Troubadour de la paix ». Il a enregistré 18 albums de musique, écrit 15 livres, et produit ou réalisé six films. J. Twyman se déplace dans les pays en plein conflit pour partager les prières de paix des grandes religions du monde, et organise des méditations mondiales synchronisées pour la paix. Jason Francis l’a interviewé pour Partage international.

Partage international : Comment a débuté votre parcours d’émissaire de la paix ?
James Twyman : En mars 1994, un ami m’a donné une feuille de papier qui a changé ma vie. Sur ce morceau de papier étaient inscrites les prières de paix des douze grandes religions du monde. Ces prières avaient été chantées quelques années auparavant à Assise, en Italie, où les dirigeants des religions du monde dont le pape et le dalaï-lama s’étaient rassemblés pour prier ensemble. Chacun avait chanté la prière de paix de sa religion.
En lisant ces prières, j’ai fait une expérience incroyable qui ne s’est jamais reproduite : j’en ai entendu la musique. Je lisais la prière hindoue et j’entendais la musique qui l’accompagnait. Je commençai à lire la prière bouddhiste et ce fut la même chose. Je lisais les prières les unes après les autres et je les jouais. En l’espace d’une heure, j’avais mis les douze prières en musique. Je savais que c’était un cadeau que je devais partager. C’est à partir de ce moment-là que je décidai d’être « le Troubadour de la paix ». Je fus d’abord ce troubadour sans le sou qui voyageait partout donnant des concerts où je pouvais partager les prières.
En 1995, j’ai eu le pressentiment que je devais me rendre à l’endroit où la paix était la plus nécessaire. Je me suis donc invité en Croatie et en Bosnie pendant la guerre et j’ai joué dans des camps de réfugiés et ailleurs. C’était incroyable. A un moment, je fus invité dans les montagnes le long de la frontière Bosno-Croate. On me raconta qu’il y avait une société secrète ou communauté de travailleurs de la lumière appelée les Émissaires de la Lumière. Ils vivaient dans un lieu très retiré au milieu des bois où j’ai passé douze jours. J’ai décrit cette expérience dans mon livre l’Émissaire de la lumière.
A partir de là, j’ai commencé à être invité dans des pays comme l’Irak, l’Irlande du Nord, l’Afrique du Sud et, plus récemment, la Syrie, et dans d’autres pays où je continue à donner des concerts pour la paix. Le désir de partager ce message de paix et surtout de rassembler les gens a toujours été pour moi au cœur de tout cela. Après un certain temps, c’était l’objectif – organiser des méditations mondiales où les gens concentrent leurs prières de paix sur une situation pendant que je suis dans le pays. Ce travail de troubadour de la paix est maintenant mon seul objectif.

Une rencontre divine

PI. En septembre 1999, Share international a publié un article sur vos rencontres avec la Vierge à Belgrade, Medjugorje et dans le camp de réfugiés de Brazde à cette époque-là. Pourriez-vous parler de ces rencontres et de l’effet qu’elles ont eu sur votre vie ?
JT. C’était la troisième fois que je me rendais dans les Balkans. Je me souviens de cet appel mystique à y retourner car c’était quand le peuple serbe se soulevait contre son gouvernement et exigeait une solution pacifique au conflit. Je voulais juste participer.
Pendant mon séjour à Belgrade, j’ai rencontré une jeune femme appelée Maria, dans la rue, pendant les marches pour la paix. J’ai senti qu’elle avait quelque chose de particulier. Environ une semaine plus tard, je me suis rendu dans la célèbre ville de Medjugorje où sept enfants étaient témoins d’apparitions de la Vierge depuis de nombreuses années. Je m’étais rendu là pour planter un mât de la paix sur une colline. Alors que j’étais sur cette colline dans une zone très isolée, il y avait cette femme descendant le chemin, que j’avais vue dans les rues de Belgrade. Dans des conditions ordinaires, il était littéralement impossible que ce soit la même personne car la femme que j’avais rencontrée à Belgrade était manifestement serbe, ou du moins je le pensais. Et une Serbe n’aurait pas été la bienvenue dans la région de Bosnie-Herzégovine où je me trouvais. Je savais donc que quelque chose se passait. Et j’étais habitué à avoir des expériences fantastiques lorsque je me trouvais dans cette région.
La conversation que j’ai eue avec elle a porté sur l’importance de la partie féminine du divin et son rôle dans l’établissement de la paix sur Terre. J’ai compris que cette jeune femme n’était pas ordinaire, bien que d’apparence très ordinaire. Elle était très belle. Elle portait un jean et un chemisier comme une personne ordinaire, mais il y avait quelque chose en elle qui m’a fait réaliser que je vivais de nouveau une de ces expériences. J’ai décrit cette expérience dans mon livre le Secret du disciple bien-aimé. Ce fut vraiment l’éveil en moi de l’aspect féminin du divin, qui a depuis pris une grande part de ma vie.

Le pouvoir des peuples

PI. Pourriez-vous nous parler de la méditation mondiale synchronisée ?
JT. En 1998, j’étais en tournée pour la promotion d’un livre à Londres. A l’époque, les États-Unis et ses alliés s’apprêtaient à lancer une campagne de bombardement contre les Irakiens, et Saddam Hussein causait des ennuis. J’ai reçu un message pour aller en Irak à l’invitation personnelle de Saddam Hussein. J’étais évidemment très excité et un peu nerveux, mais je savais que je devais le faire.
Une de mes amies, en fait mon agent, avait une liste d’environ 300 contacts par mail. Nous connaissions l’heure du concert à Bagdad. Elle a alors envoyé un courriel à ses contacts en leur demandant de prier ou de concentrer leurs intentions positives sur la situation. A cette époque, toute solution pacifique semblait impossible. Nous avons envoyé l’e-mail et il s’est propagé, ce que je ne savais pas au moment du concert. Ce fut l’un des tout premiers exemples de propagation virale d’un e- mail. Lorsque le concert a débuté, des millions de personnes étaient au courant et envoyaient leur énergie et leurs prières. On a vraiment ressenti ce flot d’énergie positive.
Comme je l’ai dit, il ne semblait pas y avoir d’issue pour une solution pacifique auparavant, mais nous avons senti que quelque chose avait changé après la veillée. Kofi Annan, secrétaire général de l’Onu, est arrivé le lendemain et un accord de paix a été signé trois jours après. Cette fois-là, personne n’est mort et pas une bombe n’a été larguée. C’est alors que j’ai réalisé le pouvoir que peut avoir un nombre important de personnes qui concentrent ensemble leur intention sur une situation. Des études menées auparavant et d’autres réalisées depuis, ont démontré ce pouvoir.
Dès lors, j’ai voulu renouveler de plus en plus souvent l’expérience : inciter les gens à se réunir et à partager leurs intentions positives sur une situation donnée. De plus en plus de veillées ont été organisées. La plus récente fut pour mon déplacement à la frontière de la Syrie, en février 2016. Un nombre considérable de personnes ont participé à la soirée1.
J’organise maintenant une veillée de prière chaque mois. Je trouve que les gens recherchent un engagement plus soutenu, pas seulement tous les six mois ou deux ans. Les gens veulent constamment apporter leur contribution, se sentir acteurs, par exemple en donnant 15 minutes de leur temps une fois par mois pour se concentrer sur une crise mondiale ou une situation qui a besoin de notre attention. Je pense que l’année prochaine sera une grande année pour ces veillées de prière. Cela démontrera que les rassemblements massifs pour concentrer son attention sont non seulement une force puissante, mais à mon avis, la force la plus puissante de l’univers.

PI. Pourriez-vous nous parler des miracles qui se sont produits à la suite des méditations ?
JT. A chaque événement ou presque quelque chose se produit pour nous montrer que le phénomène est réel. Outre l’Irak, que j’ai mentionné, l’exemple le plus récent est celui de la Syrie. La tragédie de la guerre civile en Syrie durait depuis trois ans à ce moment-là. Il semblait n’y avoir aucun espoir de changement. Des négociations de paix ont pourtant commencé à Munich, une semaine après que ces millions de personnes aient joint leurs prières de paix et de méditation, en se concentrant de manière positive. Je ne prétends pas en être à l’origine, mais je crois qu’une énergie tangible est créée lorsque nous nous concentrons de façon positive sur une situation.

Le choix à faire

PI. Quelle est votre opinion sur le partage équitable, entre tous les peuples, de la nourriture et des ressources du monde pour créer la justice indispensable à l’établissement de la paix mondiale ?
JT. Chaque fois que nous parlons de partage de la nourriture, de l’eau ou de l’arrêt de la violence, il se produit un changement de conscience. Nous vivons une période intéressante où des voix, comme celle de Bernie Sanders aux États-Unis, inspirent des changements positifs, appelant à une plus grande égalité économique. En même temps, nous voyons s’exprimer l’exact opposé. Des voix comme celle de Donald Trump jouent sur la peur, les préjugés et la haine, ressentis par beaucoup de gens. Entendre ces deux voix en même temps nous aide à percevoir la grande opportunité qui se présente : nous avons à faire clairement un choix. Ce choix est finalement : voulons-nous l’amour ou la peur ? Il faut se déterminer dans un sens ou un autre, mais nous savons que l’amour doit finir par l’emporter. De plus en plus de gens se rendent compte que l’amour est le seul choix possible, car choisir la peur signifierait simplement ne rien choisir du tout.
Ce changement de conscience en cours conduit finalement à des solutions que nous ne sommes peut-être pas en mesure d’imaginer ou de comprendre mais que nous pouvons sentir. Quelque chose est en train de changer profondément, qui a trait à ce que nous sommes au fond de nous-mêmes, tant individuellement que collectivement. Le problème n’est pas la nourriture, l’eau et la richesse. Le problème est de savoir comment nous pensons à ces choses. Le fait que se présente aussi clairement un choix à faire entre l’amour et la peur, signifie qu’une nouvelle solution s’annonce pour bientôt. Et quand cette conscience change, ces problèmes se résolvent d’eux-mêmes.

Pour plus d’informations : worldpeacepulse.com
1. En réponse à une question parue dans notre numéro de mars 2016, Benjamin Creme a déclaré que cette méditation mondiale synchronisée en Syrie avait été soutenue par la Hiérarchie spirituelle des Maîtres. (NdE)

Auteur : Jason Francis, collaborateur de Share International basé dans le Massachusetts (Etats-Unis).
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Rubrique : Entretien ()