Partage international no 335 – juillet 2016
Le dalaï-lama
Le 3 juin 2016, sa sainteté le dalaï-lama a parlé devant plus de trois mille jeunes étudiants tibétains de « l’Ornement de la claire réalisation » de Maitreya (le Bodhisattva). Ce texte fondamental du bouddhisme tibétain définit l’esprit de sagesse (bodhichitta) qui s’éveille comme l’intention de devenir éclairé pour le bien de tous les êtres sensibles. « Si vous ne pensez qu’à vous, vous vous désavantagez. Si, à l’inverse, vous ouvrez votre cœur et étendez votre intérêt aux autres, vous serez libéré de la peur et de l’anxiété. Si vous pensez à tous les êtres sensibles qui sont comme vous à ne pas vouloir souffrir, votre nombrilisme décroîtra. Regardez autour de vous : ceux qui sont respectueux et concernés par les autres tendent à être plus heureux, ceux qui sont plus autocentrés le sont moins. Pensez à ceux qui partagent leurs desserts ou toute autre bonne chose, et à ceux qui les gardent pour eux : lesquels semblent plus heureux ? »
Quelques jours plus tard, le 7 juin, le dalaï-lama s’est adressé à un auditoire de sept mille personnes au grand temple tibétain de sa résidence à Dharamsala.
Dans son discours, il a expliqué que ce qui distingue l’Inde, pays des Aryens, c’est que toutes les religions majeures du monde y ont prospéré pendant mille ans. Il y a les traditions indigènes comme le samkhya, les traditions jaïnistes et bouddhistes, et elles ont été rejointes par le zoroastrisme, le judaïsme, le christianisme et l’islam. C’est ici, a-t-il dit, que nous pouvons trouver ces différentes traditions vivant ensemble dans le respect mutuel, et en tant que tel, c’est un modèle à suivre pour les autres. Il a fait remarquer que les traditions contemplatives de l’Inde, bouddhisme inclus, détiennent une compréhension ancienne des mécanismes de l’esprit qui continue d’être pertinente et d’intérêt de nos jours.
Comme l’a souligné le dalaï-lama, certaines traditions religieuses sont théistes en affirmant l’existence d’un dieu créateur tandis que d’autres sont non-théistes et se focalisent sur la causalité – la loi de cause et effet. Néanmoins, elles portent toutes le même message quant à l’importance de l’amour et de la compassion et quant au besoin de protéger ces qualités avec tolérance, contentement et discipline personnelle. Ce sont des traditions qui ont été bénéfiques par le passé, qui le sont aujourd’hui, et qui continueront à l’être dans le futur.
Elles peuvent affirmer différents points de vue philosophiques, mais toutes encouragent la pratique de l’amour et de la compassion. Pour cette raison, il est important de promouvoir l’harmonie interreligieuse entre elles.
[Source : dalailama.com]
Le pape François
« Le monde a plus que jamais besoin du Christ », a déclaré le pape François.
Le 19 juin 2016, dimanche de Pentecôte, le pape François s’est adressé aux fidèles rassemblés place Saint-Pierre, à Rome. Il a évoqué le sentiment croissant de vide et d’insécurité qui se répand sur le monde et a affirmé que plus que jamais nous avons besoin du Christ, car lui seul connaît la réponse aux problèmes cruciaux qui assaillent l’humanité : « Le monde a plus que jamais besoin du Christ, du salut qu’il apporte et de son amour miséricordieux. Nombre de personnes ressentent un vide autour et à l’intérieur d’eux et certains d’entre nous aussi, peut-être, a-t-il déclaré, en faisant remarquer que d’autres, vivent dans l’agitation et l’insécurité en raison de la précarité et des conflits. »
Chacun a besoin de réponses claires à ses questions existentielles les plus graves, a-t-il affirmé, expliquant que puisque « Jésus connaît le cœur de tout homme comme personne », il a le pouvoir de guérir, donner la vie et consoler l’humanité […].
Le pape a mis l’accent sur l’évangile du jour de Luc, dans lequel Jésus demande à ses disciples : « Pour vous qui suis-je ? »A cette question, Pierre répond que Jésus est « le Christ de Dieu. »Le pape a insisté sur le fait que de nos jours, cette question de Jésus se pose à chacun de nous : « Qui est Jésus pour les personnes de notre époque ? Pour moi, pour vous, pour vous, pour vous. Qui est Jésus pour chacun de nous ? » Cela signifie que nous devons adopter une attitude de solidarité, spécialement avec les pauvres, et nous engager à travailler pour la justice et la paix.
Le pape François a fait allusion à la Journée mondiale des Nations unies pour les réfugiés du 20 juin, dont le thème est cette année : « Avec les réfugiés. Nous sommes du côté de ceux qui sont contraints de fuir. » Il a expliqué que « les réfugiés sont des gens comme chacun de nous, mais dont la guerre a volé la maison, le travail, les parents et les amis. »Le pape a ajouté : « Pour cette raison nous désirons être avec eux : les rencontrer, les accueillir, les écouter, devenir avec eux les artisans de la paix, selon la volonté de Dieu. »
[Sources : CNA/EWTN News ; catholicnewsagency.com]
A l’occasion de la Journée mondiale contre le travail des enfants, le 12 juin 2016, le pape François a lancé un appel vibrant pour mettre fin à l’esclavage des enfants. C’est au Vatican, lors d’une messe de jubilé spéciale, que le souverain pontife a appelé le monde à bannir le fléau du travail des enfants. « C’est aujourd’hui la journée mondiale contre le travail des enfants. Unissons-nous et renouvelons nos efforts pour éradiquer les causes de cet esclavage moderne qui prive des millions d’enfants de certains droits fondamentaux et les expose à de sérieux dangers », a-t-il déclaré.
Plus tôt dans la semaine, le pape avait mis en garde contre une rigidité excessive en matière de croyances, dogmes et pratiques. « La rigidité dogmatique, a-t-il affirmé, empêche les gens de se réconcilier entre eux. » Prenant sa réplique de l’avertissement que Jésus avait adressé à ses disciples, il a rappelé que Jésus nous demande d’aller au-delà des lois et d’aimer Dieu et son prochain, soulignant que quiconque est en colère contre son frère sera soumis au jugement. Le pape François a reconnu que nous avions « un vocabulaire très créatif pour insulter les autres » tout en signalant que ces insultes sont des péchés et une attaque à l’âme de nos frères et à leur dignité.
S’adressant à la Communion mondiale d’églises réformées, au Vatican, le 10 juin 2016, il a abordé les problèmes de foi dans le monde moderne. « […] Nous faisons souvent l’expérience d’une « désertification spirituelle ». Tout particulièrement en des lieux où les gens vivent comme si Dieu n’existait pas, nos communautés chrétiennes sont faites pour être des sources d’eau vivante, étanchant la soif avec l’espoir, une présence capable d’inspirer la rencontre, la solidarité et l’amour. Elles sont appelées à recevoir et raviver la grâce de Dieu, à dépasser le nombrilisme et à être ouvertes à la mission. La foi ne peut pas être partagée si elle est pratiquée en dehors de la vie, dans l’isolement irréel et dans des communautés autarciques résistantes au changement. Cet isolement empêcherait de répondre à l’insistante soif de Dieu qui de nos jours trouve aussi son expression dans des nouvelles formes variées de religiosité. Ces formes risquent parfois d’encourager le souci de soi et de ses besoins seulement, et de promouvoir une sorte de « consumérisme spirituel. ». A moins que les gens aujourd’hui ne « trouvent dans l’Église une spiritualité qui peut offrir guérison et libération, et les remplir de vie et de paix, tout en les appelant à des communions fraternelles et à la créativité missionnaire, ils finiront par être happés par des solutions qui ne rendent pas la vie vraiment humaine ni ne rendront gloire à Dieu […]. »
[Sources : news.va ; africanews.com ; ILO.org]
Mots de sagesse du regretté Václav Havel
Pour beaucoup en Europe et ailleurs dans le monde, 1989 fut une année capitale et extraordinaire selon toutes les normes de l’histoire. En ces douze mois, le monde a regardé un pays après l’autre vivre la fin du pouvoir communiste et a assisté à la chute du mur de Berlin. 1989 était aussi l’année où le Tchèque Václav Havel (1936 -2011), écrivain, philosophe, dissident et ancien prisonnier politique, est devenu homme d’Etat. En décembre 1989 il a été élu président de la Tchécoslovaquie. Il est resté président de la Tchécoslovaquie puis de la République Tchèque jusqu’en 2003. Le 1er janvier 1990 (trois jours après son élection) il fit son premier discours, adressé à la nation par une diffusion télévisée. Il est intéressant de se pencher maintenant sur ce discours, particulièrement en cette période où de nombreuses élections se déroulent dans le monde et où les gens prennent conscience du pouvoir de leurs voix et de leurs responsabilités. Partage international présente ci-dessous des extraits de ce discours de Václav Havel.
« Notre pays n’est pas florissant. L’énorme potentiel créatif et spirituel de nos nations n’est pas utilisé avec sagesse. Des branches entières de l’industrie produisent des biens qui ne servent à personne, tandis que nous manquons de ce dont nous avons besoin […]. Nous avons pollué le sol, les rivières et les forêts que nos ancêtres nous ont légués, et nous avons aujourd’hui l’environnement le plus pollué d’Europe […].
Mais ceci n’est même pas le problème principal. Le pire, c’est que nous vivons dans un environnement moral contaminé. Nous tombons moralement malades parce que nous avons pris l’habitude de dire des choses contraire à ce que l’on pense. Nous avons appris à ne croire en rien, à s’ignorer mutuellement, à ne nous soucier que de nous-mêmes. Des concepts tels que l’amour, l’amitié, la compassion, l’humilité ou le pardon ont perdu leur profondeur et leur sens, et pour beaucoup d’entre nous, ils ne représentent que des particularités psychologiques, ou alors ils ressemblent aux salutations désuètes des anciens temps, quelque peu ridicules à l’ère des ordinateurs et des vaisseaux spatiaux […].
Le précédent régime, armé de son idéologie arrogante et intolérante, a réduit l’homme à une force de production et la nature à un outil de production. En cela, il a attaqué tout à la fois leur essence et leur relation mutuelle. Il a réduit des gens doués et autonomes, travaillant intelligemment dans leur propre pays, à être les rouages d’une machinerie monstrueusement grande, assourdissante et nauséabonde, dont le vrai but n’était clair pour personne. Elle ne pouvait faire autrement que de s’user lentement mais inexorablement et user avec elle tous ses rouages […].
Nous ne pouvons blâmer les anciens dirigeants de tout, non seulement parce que ce serait faux, mais également parce que ça amoindrirait le devoir qui attend chacun de nous aujourd’hui, à savoir l’obligation d’agir indépendamment, librement, raisonnablement et vite. Ne nous y trompons pas : le meilleur gouvernement du monde, le meilleur parlement et le meilleur président ne peuvent pas grand-chose à eux seuls. Et ce serait un tort d’attendre d’eux seuls la panacée. La liberté et la démocratie incluent la participation et donc la responsabilité de chacun de nous […]. Si nous réalisons cela, l’espoir reviendra en nos cœurs. Dans l’effort de rectifier les affaires d’intérêt général, nous pouvons compter sur quelque chose. La période récente et en particulier les six dernières semaines de notre révolution pacifique ont montré l’énorme potentiel humain, moral et spirituel ainsi que le civisme qui sommeillait sous le masque nécessaire de l’apathie. A chaque fois que quelqu’un déclarait catégoriquement que nous étions ci ou ça, j’ai toujours objecté que la société est une créature très mystérieuse et qu’il n’est pas sage de croire seulement à la face qu’elle présente […].
Et demandons-nous : d’où vient chez les jeunes, qui n’ont jamais connu d’autre système, le désir pour la vérité, leur amour de la pensée libre, leurs idées politiques, leur courage civique et leur prudence civique ? Comment se fait-il que leurs parents – cette génération considérée perdue – les aient rejoints ? Comment se fait-il que tant de personnes aient immédiatement su quoi faire et que personne n’ait eu besoin de conseils ou d’instruction ? […]
La confiance en soi n’est pas de l’orgueil. Tout juste le contraire : seule une personne ou une nation qui se fait confiance, dans le meilleur sens du terme, est capable d’écouter les autres, les accepter comme des égaux, pardonner à ses ennemis et regretter ses propres fautes.
Essayons d’introduire cette sorte de confiance dans la vie de notre communauté et, en tant que nation, dans notre comportement sur la scène internationale. Seulement ainsi pourrons nous restaurer le respect de nous-même, le respect envers les autres et le respect des autres nations […].
Notre premier président a écrit : « Jésus, pas César. » […]. J’ose dire que nous avons même l’opportunité de diffuser cette idée plus loin et d’introduire un nouvel élément dans la politique européenne et mondiale. Notre pays, si c’est ce que nous voulons, peut désormais et pour toujours irradier l’amour, la compréhension, le pouvoir de l’esprit et des idées. C’est précisément cette lueur que nous pouvons offrir comme notre contribution spéciale à la politique internationale. Masaryk (premier président de la Tchécoslovaquie) a basé sa politique sur la moralité. Essayons, en cette époque et d’une nouvelle manière, de restaurer cette conception de la politique. Enseignons à nous-mêmes et aux autres que la politique devrait être une expression du désir de contribuer à la communauté plutôt que le besoin de tromper ou de violer la communauté. Enseignons à nous-mêmes et aux autres que la politique peut ne pas seulement être l’art du possible, et particulièrement si ça signifie l’art de la spéculation, du calcul, de l’intrigue, des accords secrets et des manœuvres pragmatiques, mais qu’elle peut aussi être l’art de l’impossible, c’est-à-dire l’art de nous améliorer nous-mêmes et d’améliorer le monde […].
Aujourd’hui nos principaux ennemis sont nos propres défauts : l’indifférence au bien commun, la vanité, l’ambition personnelle, l’égoïsme et la rivalité. Le plus grand combat sera livré dans ce domaine.
Il y a des élections libres et une campagne électorale devant nous […]. Ne laissons pas le désir de se servir égoïstement fleurir à nouveau sous le majestueux costume qu’est le désir de servir pour le bien commun. Désormais, peu importe quel parti, quel club ou quel groupe prédomine dans les élections. Ce qui est important, c’est que les vainqueurs soient les meilleurs d’entre nous, au sens moral, civique, politique et professionnel, peu importe leur affiliation politique. Les futures politiques et le prestige de notre Etat dépendront des personnalités que nous sélectionnons, et plus tard, élirons comme corps représentatif.
Vous pouvez vous demander à quel genre de république je songe. Laissez-moi répondre : je rêve d’une république indépendante, libre, démocratique, d’une république économiquement prospère et pourtant socialement juste ; en bref, d’une république humaine qui serve les individus et qui dès lors, espère que ces individus la servent à leur tour, d’une république de gens harmonieux, parce que sans de tels personnes, il est impossible de résoudre un seul de nos problèmes, soient-ils humains, économiques, écologiques, sociaux ou politiques […]
Citoyens, votre gouvernement vous est rendu ! »
[Source : vaclavhavel-library.org]
Un système qui se soucie des gens et de la planète
Le prix Sydney Peace Prize 2016 a été décerné à Naomi Klein, auteure canadienne, journaliste et activiste. Les délibérations du jury ont reconnu la contribution de N. Klein aux échanges actuels sur l’emboîtement des facteurs au cœur du changement climatique, de la démocratie et de l’injustice sociale. « Pour avoir exposé les causes structurelles et la responsabilité de la crise climatique, pour nous avoir inspiré à nous faire entendre localement, à l’échelle nationale et internationale pour demander un nouveau programme de partage de la planète qui respecte les droits humains et l’égalité, pour nous avoir rappelé le pouvoir qu’a l’authentique démocratie d’accomplir le vrai changement et la justice.
Le changement climatique est à la racine de la violence et de la souffrance partout dans le monde. Des guerres pour l’eau aux incendies et inondations qui détruisent les moyens de subsistance, le changement climatique force des milliers de gens à se déplacer. Le système économique qui a créé cette crise en a désavantagé beaucoup et a abîmé notre planète de façon irréparable.
Si nous voulons obtenir la paix, nous ne pouvons ignorer le changement climatique. C’est le plus grand défi de notre temps, et nous devons reconnaître qu’il s’agit de justice et de droits humains autant qu’il s’agit d’environnement. Cela demande une transition hors des énergies fossiles et de passer d’un système économique prédateur à un système qui se soucie des gens et de la planète. Naomi Klein nous montre comment y parvenir. »
N. Klein est connue pour ses best-sellers tels que La stratégie du choc, No logo et son dernier ouvrage, Tout peut changer – Capitalisme et changement climatique, dans lequel elle défend qu’un changement radical est nécessaire pour empêcher un réchauffement climatique mondial catastrophique (cf. le compte-rendu de Marc Gregory dans Partage international, janvier/février 2015).
N. Klein est aussi une des forces progressistes canadiennes à l’origine d’» un bond vers l’avant : manifeste pour un Canada fondé sur le souci de la planète et la sollicitude des uns envers les autres. »Le bond vers l’avant décrit comment le Canada et le monde peuvent sortir des énergies fossiles et embrasser un futur durable basé sur les énergies propres. Naomi Klein recevra le prix lors d’une cérémonie officielle en novembre 2016.
Sources : sydneypeacefoundation.org.au ; canadianprogressiveworld.com
Thématiques : spiritualité
Rubrique : La voix de la raison (« Hormis la guerre, rien ne compromet aussi gravement l’avenir de l’humanité que la pollution. Constatant qu’il en est ainsi, certains pays ont pris des mesures pour la réduire et pour limiter le réchauffement climatique. D’autres, parfois parmi les plus gros pollueurs, nient la réalité d’un tel réchauffement en dépit des preuves qui s’accumulent. A tout moment, dorénavant, les changements climatiques montrent sans l’ombre d’un doute que la planète est malade, qu’elle a besoin de soins immédiats et attentifs pour retrouver l’équilibre. Le temps nous est compté pour mettre fin aux ravages que subit quotidiennement la planète Terre. Chaque homme, chaque femme, chaque enfant a son rôle à jouer dans sa restauration. Oui, le temps presse. Save Our Planet (S.O.P.), sauvons notre planète ! »
Source : Le Maître de B. Creme, S.O.P. Sauvons notre planète, 8 septembre 2012)
