Partage international no 329 – février 2016
Partage international reproduit ci-dessous quelques extraits de divers écrits et déclarations du pape et du dalaï-lama. Dans son article de ce mois-ci, Bienvenue dans l’ère nouvelle le Maître de Benjamin Creme fait référence à « un groupe de personnalités éclairées qui attirent l’attention de l’humanité sur la nouvelle réalité du monde », parmi lesquels il distingue le pape François et le dalaï-lama. Selon Benjamin Creme, ces deux grandes figures font le travail de Maitreya et l’aident à faire basculer l’opinion publique par leur exemple infatigable.
Le pape François
Action de Grâce pour l’année écoulée
On peut examiner l’année écoulée soit comme une suite d’événements qui nous évoquent des moments de joie et de douleur, ou bien nous intéresser de savoir si nous avons perçu la présence de Dieu, dont l’aide renouvelle toute chose. Nous sommes appelés à vérifier si les événements du monde se sont déroulés selon la volonté de Dieu, ou si nous avons surtout écouté les projets des hommes, souvent chargés d’intérêts propres, d’une inextinguible soif de pouvoir et de violence gratuite.
Aujourd’hui cependant, nous devons porter un regard tout particulier sur les signes que Dieu nous a adressés, afin que nous touchions du doigt la force de son amour miséricordieux. Nous ne pouvons oublier que de nombreuses journées ont été marquées par la violence, la mort, les souffrances indicibles de tant d’innocents, de réfugiés contraints de quitter leur patrie, d’hommes, de femmes et d’enfants sans abri, sans nourriture ni moyens de subsistance. Et pourtant, nombre de gestes magnifiques de bonté, d’amour et de solidarité ont marqué les journées de cette année, même s’ils n’ont pas fait les gros titres. Le bien ne fait pas la une. Ces signes d’amour ne peuvent ni ne doivent être obscurcis par les outrages du mal. Le bien triomphe toujours, même si parfois, il peut sembler bien faible et occulté.
[Homélie du pape François, Basilique vaticane, 31 décembre 2015. Source : vatican.va]
Ce qui plaît le plus à Dieu
Rien n’est plus important que de choisir « ce qui plaît le plus à Dieu », c’est-à-dire sa miséricorde, son amour, sa tendresse, son étreinte et ses caresses ! […]
Tel est l’objectif que l’Eglise se fixe en cette année sainte. Ainsi, nous renforcerons en nous la certitude que la miséricorde peut réellement contribuer à la construction d’un monde plus humain. En particulier à notre époque, où le pardon est rarement le bienvenu dès qu’il est question de la vie des hommes, l’appel à la miséricorde se fait plus urgent, et cela en tous lieux : dans la société, dans les institutions, au travail et même au sein de la famille. […]
Il ne faut jamais oublier que chaque fois que l’on tourne le dos à la miséricorde, c’est toujours au nom de l’amour de soi. Dans le monde, cela se manifeste par la poursuite exclusive des intérêts personnels, la recherche des plaisirs et des honneurs, ainsi que la soif de richesses sans fin, tandis que, dans la vie des chrétiens, cela se traduit souvent par l’hypocrisie et la mondanité. Toutes ces attitudes vont à l’encontre de la miséricorde.
En cette année sainte, je souhaite que chacun de nous fasse l’expérience de la miséricorde de Dieu pour pouvoir témoigner de « ce qui lui plaît le plus ». Est-il naïf de croire que cela peut changer le monde ? Oui, humainement parlant, c’est insensé, mais « ce qui est folie de Dieu est plus sage que les hommes, et ce qui est faiblesse de Dieu est plus fort que les hommes » [Corinthiens 1, 25]
[Pape François : audience générale, place St-Pierre, 9 décembre 2015. Source : zenit.org]
L’océan de miséricorde
Nous avons entendu les paroles de l’apôtre Paul : « Lorsqu’est venue la maturité des temps, Dieu envoya son Fils, né d’une femme » [Galates 4, 4]
La maturité des temps semble s’estomper devant les innombrables formes d’injustice et de violence qui accablent chaque jour notre famille humaine. Parfois, nous nous demandons comment il est possible que l’injustice des hommes continue de sévir sans entraves, que l’arrogance des puissants continue d’écraser les faibles, les reléguant dans les confins les plus sordides de notre monde. Nous nous demandons jusqu’à quand l’égarement humain continuera de semer violence et haine dans le monde et de faucher d’innocentes victimes. Comment les temps peuvent-ils être parvenus à maturité, alors même que nous voyons des multitudes d’hommes, de femmes et d’enfants, qui fuient la guerre, la faim et la persécution, disposés à risquer leur vie uniquement pour voir leurs droits fondamentaux respectés ? Un torrent de détresse, décuplé par le péché, semble aller à l’encontre de la maturité des temps amenée par le Christ. […]
Pourtant, ce torrent sans cesse croissant est impuissant face à l’océan de miséricorde qui déferle sur notre monde. Nous sommes tous appelés à nous immerger dans cet océan, à y renaître, à vaincre l’indifférence qui étouffe la solidarité, et à laisser derrière nous la fausse neutralité qui empêche le partage. La grâce du Christ, qui amène notre espoir du salut à réalisation, nous pousse à coopérer avec lui dans la construction d’un monde toujours plus juste et fraternel, un monde où chaque personne et chaque créature puisse vivre en paix, dans l’harmonie de la création originelle de Dieu.
[Homélie du pape François, Basilique vaticane, 1er janvier 2016. Source : vatican.va]
Le dalaï-lama
Nous sommes tous frères et sœurs
Nous sommes, mes collègues et moi, des gens du XXe siècle. Nous avons fait notre temps, et sommes presque arrivés au terme de notre vie. Par ailleurs, la génération du XXIe siècle en est au début de la sienne. Elle a une authentique opportunité de transformer le monde.
Nous voulons tous être heureux et éviter de souffrir, ce qui, intérieurement, nécessite beaucoup d’amour et de compassion. Pour ce qui concerne le monde extérieur, il va falloir que nous prenions des mesures draconiennes afin de sauvegarder l’environnement et de nous adapter au changement climatique.
Depuis quelque temps, les scientifiques font des découvertes tendant de plus en plus à prouver que la pratique de l’amour et de la compassion est bénéfique à notre santé physique et à notre bien-être général. L’humanité est composée d’individus, et nous ne construirons une société plus pacifique et plus heureuse que si ces mêmes individus sont plus heureux et plus en paix avec eux-mêmes. Je suis optimiste à ce sujet. Je crois que la nature humaine est fondamentalement positive. […]
Il est important de ne pas oublier que tous les êtres humains sont fondamentalement identiques. Nous sommes tous frères et sœurs au sein d’une seule et même famille. Nous naissons de la même manière, et mourons de la même manière. Pourtant, au lieu de nous féliciter de ce que nous avons en commun, nous tendons à mettre l’accent sur ce qui nous sépare – foi, nationalité, éducation, richesse – qui est d’importance secondaire. Nous parlons les uns des autres en termes de « nous » et « eux ». Dans le monde interdépendant dans lequel nous vivons, non seulement ce n’est plus de mise, mais c’est dépassé.
Si nous faisons preuve de davantage d’affection, d’intérêt et de sollicitude les uns à l’égard des autres, cela donnera davantage de sens à nos vies. Si nous contribuons au bonheur et à la prospérité du monde entier, cela vaudra la peine d’avoir une longue vie.
[Causerie de sa sainteté le dalaï-lama au monastère de Tashi Lhunpo, Bylakuppe, Karnataka (Inde), le 1er janvier 2016. Source : dalailama.org]
Penser au bien-être de l’humanité tout entière
Nous appartenons tous à l’humanité, nous faisons partie des sept milliards d’hommes qui, en essence, sont fondamentalement les mêmes en tant qu’êtres humains. Bien sûr, il y a des différences de foi, de couleur de peau et de cheveux, certains d’entre nous viennent de différents pays et parlent différentes langues, mais ce sont là des différences secondaires. Le plus important est que nous sommes tous les mêmes en essence. C’est nous qui créons bon nombre des problèmes auxquels nous sommes confrontés à cause de l’importance que nous accordons, à tort, à ces différences secondaires qui existent entre nous. C’est le fait que nous nous considérions les uns les autres en termes de « nous » et « eux », et que nous soyons essentiellement motivés par l’égocentrisme qui est source de violence, de tueries et de corruption dans le monde. Au lieu de cela, nous devrions faire un effort pour développer le sentiment que les êtres humains sont tous un. Nous devons penser au bien-être de l’humanité tout entière. Si l’humanité est heureuse, nous serons tous heureux en tant qu’individus.
[Causerie du dalaï-lama à une réunion, Bengaluru, Karnataka (Inde), 2 janvier 2016. Source : dalailama.org]
La nouvelle réalité
Nous sommes aujourd’hui au XXIe siècle. Le temps est en perpétuel mouvement. A chaque nouvelle époque correspond une nouvelle réalité, que nous devons donc accepter. Si nous sommes confrontés à la nouvelle réalité, mais que nous l’appréhendons avec un schéma de pensée ancien, alors de nombreux problèmes inutiles surgissent. C’est pourquoi nous devons agir en fonction de la nouvelle réalité, faute de quoi il se crée un écart entre notre perception et la réalité, et tous nos efforts restent vains, car irréalistes.
Je crois que l’on prend aujourd’hui très au sérieux le réchauffement climatique et les questions environnementales, ce qui est bon signe. Désormais, nous nous intéresserons au sort de la seule maison que nous avons, notre planète. Ce n’est pas seulement le gouvernement qui en est responsable, mais l’humanité tout entière, tous les individus.
Les guerres et les effusions de sang se gravent immédiatement dans nos esprits, mais les dégâts causés à notre écologie et le réchauffement climatique sont moins immédiatement perceptibles. Mais insensiblement, mois après mois, la détérioration fait son œuvre. Et quand nous nous apercevons que nous avons des difficultés respiratoires ou des problèmes oculaires – les enfants surtout –, il est peut-être déjà trop tard. C’est pourquoi ces questions globales sont vraiment fondamentales, et chacun des sept milliards d’individus doit s’en préoccuper. Cela devrait être pour nous un souci quotidien. Nous devons nous poser sérieusement la question : si je fais telle ou telle chose, cela aura-t-il un effet à long terme ? Si je fais cela à titre individuel, puis que nous faisons la même chose à dix personnes, à cent personnes, à cent mille personnes, […] le changement se fait d’abord à l’échelon individuel, puis l’effet se fait sentir.
[Interview du dalaï-lama à Oxford (Royaume-Uni), 15 septembre 2015. Source : YouTube]
Thématiques : religions
Rubrique : Point de vue ()
