Partage international no 320 – avril 2015
par David Suzuki
A l’âge de douze ans, ma fille Severn a fait un discours lors du Sommet de la Terre en 1992 à Rio de Janeiro. Sa conviction a porté les délégués au bord des larmes. Ce fut un moment d’intense fierté paternelle. Plus de vingt ans plus tard, Severn est mère de deux enfants, et la vidéo de son discours est toujours une source d’inspiration dans le monde entier – preuve que les jeunes peuvent exercer une influence sur les problèmes planétaires les plus urgents.
Plus de la moitié de la population mondiale a moins de 30 ans. Cette donnée, prise en compte prioritairement dans les décisions internationales, est très visible au Canada en rapport avec certains des changements environnementaux les plus remarquables. D’un bout à l’autre du pays, les jeunes canadiens réfléchissent à la manière de mieux servir nos vastes paysages, notre faune et notre flore si spectaculaires, en protégeant l’air, l’eau, la terre et la diversité de cette nature à qui nous devons vie et santé. Dans leurs propres communautés, ils exigent des mesures de protection environnementale plus fortes et une plus saine gestion des ressources.
Prenez Stephen Thomas, jeune ingénieur résidant à Halifax, dont l’influence en matière d’énergie propre est déterminante pour l’avenir écologique de notre pays. Il a cofondé If You Build It (Si vous le considériez), une association de bénévoles matérialisant des projets d’énergie renouvelable comme des éoliennes et des générateurs solaires. Dans sa province canadienne de Nouvelle Ecosse, il a aussi catalysé de vastes projets de parcs d’éoliennes financés par la communauté, et initié la campagne des étudiants de l’Université de Dalhousie pour l’abandon des combustibles fossiles.
Prenez aussi Vanessa Gray, 22 ans, qui a mobilisé d’autres jeunes pour faire campagne contre le projet de pipeline destiné à transporter jusqu’à Montréal, en traversant l’Ontario, le pétrole issu des sables bitumineux, afin de pouvoir l’exporter. Elle continue à dénoncer la pollution causée par les raffineries et organise des « circuits toxiques » dans la Vallée de la Chimie, où 63 usines pétrochimiques entourent sa propre communauté.
Certains jeunes répondent à l’appel de la Fondation David Suzuki à défendre leur droit à un environnement urbain sain. En décembre, après avoir assisté à un meeting d’étape de la Fondation Point Bleu, Rupert Yakelashek, âgé de 10 ans, a réussi à faire adopter par la municipalité de Victoria une déclaration donnant aux citoyens le droit à respirer un air pur, à consommer de l’eau et de la nourriture saines, et à participer aux décisions concernant leur environnement. La Fondation Point Bleu a récemment organisé une tournée d’interprètes, d’artistes et de dirigeants à travers le pays pour soutenir le droit de tous les Canadiens à consommer de l’eau pure, une nourriture saine, et à respirer un air pur.
Pour sa part, Ta’Kaiya Blaney a suivi un chemin semblable à celui de ma fille en parlant à la conférence Rio+20 de 2012, alors qu’elle n’avait que onze ans (voir Partage international, novembre 2012). Elle est aussi connue pour avoir eu l’idée de la Fondation des jeunes pour la Mer salée, et pour parler, écrire et chanter en faveur de la santé des animaux, des hommes, des plantes et des écosystèmes. Elle introduit des messages environnementaux dans ses chansons, comme on a pu s’en rendre compte lors de la tournée Point Bleu.
Les jeunes jouent également un rôle de premier plan dans l’un des plus grands mouvements indigènes de masse dans l’histoire du Canada. Les séminaires qui protestaient dès 2012 contre des projets de loi visant à éroder la souveraineté des Indigènes du Saskatchewan et certaines protections environnementales, ont changé le paysage social et politique du Canada.
Ces jeunes défenseurs de l’environnement partagent leurs engagements entre leurs communautés et le monde. Ils savent que les jeunes ont le pouvoir de rassembler dans le but de créer des changements positifs. Et lorsque les gens s’unissent autour d’une cause commune, la magie opère. Beaucoup de ces jeunes n’ont pas le droit de vote et pourtant, ce sont eux qui devront subir les conséquences des décisions prises aujourd’hui.
L’organisation à but non lucratif The Starfish Canada, cofondée par Kyle Empringham, spécialiste en matière d’engagement citoyen à la Fondation David Suzuki, encourage les jeunes avec son programme distinguant les « 25 premiers écologistes de moins de 25 ans ». Tous les ans, 25 jeunes sont distingués pour leurs efforts visant à améliorer l’environnement. Ils sont jardiniers municipaux, scientifiques, avocats, à moins qu’ils ne travaillent dans des centres de loisirs. Grâce à eux, le programme ne cesse d’attirer l’attention sur les changements positifs à travers le pays.
Si vous connaissez un jeune dont les entreprises méritent d’être connues au plan national, proposez sa candidature à « Starfish Canada ». Il deviendra peut-être l’un des « 25 premiers écologistes de moins de 25 ans » de l’année, insufflant ainsi à d’autres jeunes le désir de changer le monde.
Fondation David Suzuki : www.davidsuzuki.org
Discours de Severn Suzuki, 12 ans, aux délégués du Sommet de Rio en 1992
« Je suis venue vous parler de la part des enfants affamés dans le monde entier, et dont personne n’entend les cris. Je suis venue défendre les innombrables animaux qui meurent sur cette planète parce qu’ils ne peuvent plus aller nulle part […]
Je ne suis qu’une enfant, mais je sais que nous sommes tous concernés, et que nous devrions tous nous unir dans ce but commun […]
Dans mon pays, nous produisons tant de déchets […] Nous achetons et jetons, achetons et jetons. Et pourtant, les pays du nord ne veulent rien donner aux pays dans le besoin. Même lorsque nous avons trop, nous avons peur de partager. Nous avons peur de perdre un peu de notre richesse.
Au Canada, nous avons une vie privilégiée. Nous avons beaucoup de nourriture, d’eau, de quoi nous abriter. Nous avons des montres, des bicyclettes, des ordinateurs et des télévisions. Cette liste pourrait durer deux jours. Ici au Brésil, nous avons parlé à des enfants des rues. Voici ce que l’un d’eux nous a dit : « Je voudrais être riche. Si je l’étais, je donnerais de la nourriture à tous les enfants des rues, des vêtements, des médicaments, un toit, de l’amour et de l’affection. » Si un enfant des rues, qui n’a rien, veut partager, pourquoi sommes-nous encore si avides, nous qui avons tout ?
Je ne peux pas m’empêcher de penser que ces enfants ont le même âge que moi, que cela fait une énorme différence selon que l’on naît à un endroit ou à un autre, que je pourrais être un de ces enfants des favelas de Rio. Je pourrais être un enfant mourant de faim en Somalie, une victime de la guerre au Moyen-Orient, ou une mendiante en Inde.
Je ne suis qu’une enfant, mais je sais que si tout l’argent dépensé à la guerre était dépensé à trouver des solutions pour l’environnement, à arrêter la pauvreté, et à préparer des traités de paix, quel endroit merveilleux ce serait, la Terre ! » [publié dans le numéro de mars 1993 de Share International
Auteur : David Suzuki, généticien et vulgarisateur scientifique primé. Il a cofondé la Fondation David Suzuki en 1990.
Thématiques :
Rubrique : La voix de la raison (« Hormis la guerre, rien ne compromet aussi gravement l’avenir de l’humanité que la pollution. Constatant qu’il en est ainsi, certains pays ont pris des mesures pour la réduire et pour limiter le réchauffement climatique. D’autres, parfois parmi les plus gros pollueurs, nient la réalité d’un tel réchauffement en dépit des preuves qui s’accumulent. A tout moment, dorénavant, les changements climatiques montrent sans l’ombre d’un doute que la planète est malade, qu’elle a besoin de soins immédiats et attentifs pour retrouver l’équilibre. Le temps nous est compté pour mettre fin aux ravages que subit quotidiennement la planète Terre. Chaque homme, chaque femme, chaque enfant a son rôle à jouer dans sa restauration. Oui, le temps presse. Save Our Planet (S.O.P.), sauvons notre planète ! »
Source : Le Maître de B. Creme, S.O.P. Sauvons notre planète, 8 septembre 2012)
