Partage international no 305 – février 2014
Le pape François a fait une déclaration en novembre 2013, une exhortation apostolique appelée Evangelii Gaudium (La joie de l’Evangile). Cette déclaration critique le système économique mondial actuel, enjoint les leaders mondiaux à agir contre la pauvreté et l’injustice, et demande à ce que les riches partagent leur fortune avec les pauvres.
« Ce n’est pas le rôle du pape de présenter une analyse détaillée et complète de la réalité contemporaine, a déclaré François dans son discours, mais j’exhorte toutes les communautés à « examiner en permanence les signes de ces temps » (cette phrase est extraite d’une lettre encyclique du pape Paul VI datant de 1964).
Voici plusieurs extraits numérotés de la déclaration du pape François :
« 52. A l’heure actuelle l’humanité est à un tournant dans son histoire, ainsi que nous le constatons lorsque nous voyons les progrès réalisés dans tellement de domaines. Nous ne pouvons que faire l’éloge de ces progrès qui améliorent le bien-être des gens dans des domaines tels que la santé, l’éducation et la communication. Mais en même temps nous devons nous souvenir que la majorité d’entre nous arrive à peine à vivre correctement au jour le jour. […] Ce changement d’époque fut initié par les énormes progrès qualitatifs, quantitatifs, rapides et cumulatifs réalisés dans les domaines scientifiques et technologiques, et par leur mise en pratique dans différents domaines de la vie. Nous vivons une époque où priment la connaissance et l’information, ce qui a créé de nouvelles formes de pouvoir au caractère souvent anonyme.
53. De même que le commandement « Tu ne tueras point » est bien clair en ce qui concerne la sauvegarde de la valeur de la vie humaine, aujourd’hui il nous faut aussi dire « Il ne faut pas » à une économie génératrice d’exclusion et d’inégalités. Une telle économie tue. Comment se fait-il que la mort d’une personne âgée sans abri ne fait pas l’actualité alors qu’une baisse de deux points de la Bourse sera annoncée partout ? Ceci est un cas d’exclusion. Pouvons-nous rester là sans rien faire lorsque la nourriture est jetée alors que les gens meurent de faim ? C’est un cas d’inégalité. Aujourd’hui tout est régi par la compétition et la survie du plus fort, ceux qui ont le pouvoir se nourrissent sur ceux qui ne l’ont pas. En conséquence, la masse des gens se trouve exclue et marginalisée : sans travail, sans moyens, sans échappatoire […].
54. Dans ce contexte, certaines personnes continuent à défendre certaines théories, selon lesquelles la croissance économique, soutenue par le libre marché, finira inévitablement par amener une plus grande justice et cohésion dans le monde. Ce point de vue, qui n’a jamais été confirmé par des faits concrets, montre comment certains font naïvement confiance à ceux qui détiennent le pouvoir économique et aux rouages du système économique actuellement en place. Pendant ce temps, les exclus attendent toujours […].
56. Alors que les revenus d’une minorité croissent exponentiellement, il en va de même pour le fossé qui existe entre la majorité et les rares privilégiés qui jouissent d’une grande prospérité. Ce déséquilibre est la conséquence de certaines idéologies, qui défendent l’autonomie absolue des marchés et de la spéculation financière […]. A tout ceci nous pouvons ajouter la corruption à grande échelle et l’évasion fiscale, qui ont atteint une dimension mondiale. Cette soif de pouvoir et de possessions ne connaît aucune limite. Avec ce système, qui tend à balayer tout ce qui l’empêche d’augmenter ses profits, tout ce qui est fragile, comme l’environnement, est sans défense devant les intérêts des marchés déifiés, qui imposent leur seule règle à eux […].
57. J’encourage les experts financiers ainsi que les leaders politiques à méditer sur les paroles d’un des sages de l’antiquité : « Ne pas partager ses richesses avec les pauvres, cela revient à les voler et à leur retirer leurs moyens d’existence. Ce ne sont pas nos propres possessions que nous détenons, mais les leurs. »
58. Une réforme financière qui se ferait dans l’esprit de telles considérations éthiques nécessiterait que les leaders politiques adoptent une approche complètement différente. Je les pousse à faire face à ce challenge avec détermination et un esprit tourné vers l’avenir, tout en tenant compte des spécificités de chaque cas. L’argent doit être un outil et ne doit pas régner ! Le pape aime tout le monde, les riches comme les pauvres, mais il doit au nom du Christ rappeler à tous que les riches doivent aider, respecter et soutenir les pauvres. Je vous exhorte à devenir généreux et solidaires et à adopter une approche éthique dans les domaines de l’économie et de la finance. »
Dans un discours prononcé en décembre 2013 commémorant la Journée mondiale de la paix de l’Eglise catholique, le pape François a déclaré : « Comment utilisons-nous les ressources de notre planète ? Les sociétés contemporaines devraient mener une réflexion sur les priorités dans le domaine de la production. C’est vraiment important d’utiliser les ressources de notre terre d’une telle manière que personne n’ait plus faim. »
