Partage international no 76 – décembre 1994
En 1988, lassées de se battre avec le sol stérile de leur région, 20 femmes de Kirando, village situé à l’ouest de la Tanzanie, décidèrent de tirer partie des riches eaux du lac Tanganyika, le second lac du monde pour la profondeur. Ces femmes se regroupèrent en une association appelée « Jitegemee » (autosuffisance), et commencèrent à réparer des filets de pêche à plein temps. Après des débuts à 40 cents par filet réparé, elles demandent maintenant au minimum l’équivalent d’un dollar par filet, et la coopérative fait chaque jour un profit de 5 à 10 dollars. Tous les mois, après que chaque membre ait reçu sa part, le reste de la recette est versé sur un fond commun, ce qui a déjà permis à « Jitegemee » d’acheter un bateau de pêche, du matériel et des filets pour un montant équivalent à 200 dollars. Les femmes déclarent ne pas regretter cette nouvelle orientation de l’agriculture vers la réparation de filets. « Nous nous débrouillons très bien, affirme Nowella Nguluma, l’une des fondatrices. J’ai réussi à acheter des vêtements de meilleure qualité ainsi que de la nourriture pour mes cinq enfants et pour moi-même, et à faire réparer notre maison. » L’association compte maintenant 150 membres. Sa prochaine initiative sera une exploitation fruitière de deux hectares, permettant une amélioration sensible de l’alimentation de la communauté. En effet, sur les 900 000 habitants de la province, un quart est victime du scorbut, maladie provoquée par une alimentation insuffisante en fruits et en légumes contenant de la vitamine C.
