L’Onu compromise par la surveillance illégale

Partage international no 188avril 2004

Le 15 février 2003, à Londres, Maitreya a été vu et filmé sous les traits d’un Antillais, lors de la marche pour la paix (voir Partage international, avril 2003). « Je suis fier aujourd’hui d’entendre mes frères et mes sœurs dire la vérité et dénoncer les mensonges. C’est tellement magnifique ! » a-t-il déclaré. Un an plus tard, les mensonges sont de plus en plus dénoncés.

Des membres du service public et des acteurs de la vie politique se plaignent de surveillance illégale compromettante pour le processus démocratique de l’Onu.

– L’ancien ministre britannique Clare Short a affirmé avoir eu accès à des transcriptions de conversations de Kofi Annan, secrétaire général de l’Onu. Elle a mentionné que la Grande-Bretagne « espionnait le bureau de K. Annan et a obtenu des rapports de sa part durant la période précédant le vote de l’Onu quant à l’invasion de l’Irak. »

– Boutros Boutros Ghali, secrétaire général de l’Onu avant K. Annan, raconte que dès qu’il prit son poste il fut averti que son bureau, sa résidence, sa voiture et son téléphone étaient mis sur écoute par les Etats membres de l’Onu. Il qualifia ces écoutes de « violation de la charte des Nations unies, [déplorant que] cela complique le travail du secrétaire général et des diplomates, qui ont besoin d’un minimum de confidentialité pour parvenir à des résultats ».

– Hans Blix a confirmé qu’il était systématiquement sous surveillance lors de ses visites en Irak en tant qu’inspecteur principal en désarmement de l’Onu. Selon un membre de « l’Intelligence Service » australien, les transcriptions des appels en Irak du portable de H. Blix étaient partagées entre les Etats-Unis et la Grande-Bretagne, et leurs alliés : l’Australie, le Canada et la Nouvelle-Zélande. H. Blix suppose que son bureau de New York était également sur écoute. Des cercles diplomatiques considèrent les écoutes présumées de H. Blix – dont la mission était considérée comme la dernière chance d’éviter la guerre – comme faisant partie d’une action concertée visant à saboter toute solution pacifique.

– Richard Butler, prédécesseur de H. Blix et actuel gouverneur de Tasmanie, affirme qu’il savait être sous surveillance à l’Onu car on lui avait montré les transcriptions de ses conversations. Déplorant la pratique de l’espionnage comme étant illégale et néfaste au processus de paix de l’Onu, il a déclaré : « Je savais que j’étais écouté par les Américains, les Anglais, les Français et les Russes. Ils avaient des espions parmi mon personnel. Il était évident que nous étions constamment surveillés. »

– Adolfo Aguilar Zinser, ambassadeur mexicain auprès de l’Onu pendant la période précédant l’invasion de l’Irak, s’est plaint des écoutes opérées en mars 2002, lors d’une réunion ayant pour but de trouver un compromis, et à laquelle assistaient des délégués de l’Angola, du Cameroun, du Chili, de la Guinée, du Mexique et du Pakistan – dont les voix étaient critiques pour les Etats-Unis et la Grande-Bretagne qui cherchaient à obtenir une deuxième résolution à l’Onu en leur faveur. L’avant-projet du document établi lors de cette réunion fut critiqué comme « inacceptable » le matin suivant par un diplomate américain, alors que seuls ceux qui étaient présents à cette réunion pouvaient connaître son contenu. A. Zinser a critiqué l’activité de surveillance des Etats-Unis comme « étant en violation avec les conventions de l’Onu ». Le Mexique et le Chili ont demandé aux Etats-Unis et à la Grande-Bretagne des explications sur de tels actes, qualifiés par le Mexique « de nature à affecter la confiance qui devrait exister entre les nations ».

– De nombreux délégués de l’Onu ont confirmé la surveillance illégale des bureaux et des délégués onusiens, et indiqué qu’ils doivent tenir leurs conversations confidentielles au café situé au sous-sol de l’Onu, ou lors de promenades à Central Park, où le bruit de fond rend inaudible toute conversation collectée par micros directionnels.


Sources : BBC, The Independent,G.-B
Thématiques : politique
Rubrique : Regard sur le monde (Dans cette rubrique, Partage international met en lumière certains problèmes urgents qui nécessitent une nouvelle approche et des solutions durables.)