Sauver la planète : trois chiffres importants

Partage international no 289septembre 2012

Selon le célèbre auteur écologiste Bill McKibben, il y a trois chiffres à connaître pour comprendre les dangers du réchauffement climatique : 2° Celsius, 565 gigatonnes et 2 795 gigatonnes.

2° Celsius – L’Accord de Copenhague, signé en 2009 à la Conférence sur le Climat par 167 pays (responsables de 87 % des émissions de carbone dans le monde), cherchait à limiter l’augmentation des températures à moins de 2° Celsius. Malheureusement, cet accord, non contraignant, a été peu suivi d’effet.

Cette année, vingtans après le « Sommet de la Terre » de 1992, les nations se sont retrouvées à Rio, au Brésil, en vue de signer des accords plus contraignants. Mais il apparut très vite qu’on n’aboutirait à aucun accord important. Le journal britannique The Telegraph a écrit : « La Conférence sur le changement climatique a débouché sur un accord sans réelle portée qui ne s’attaque à aucun des problèmes urgents. »

565 gigatonnes – Les scientifiques estiment que nous devons limiter les émissions de CO2 à 565 gigatonnes d’ici à 2050 afin de rester sous la barre des 2° Celsius d’augmentation de la température. Mais, selon McKibben : « … des modèles informatiques ont calculé que, même si nous cessions dès à présent d’augmenter nos émissions de CO2, la température augmenterait tout de même de 0,8°, car le carbone déjà rejeté continue de réchauffer l’atmosphère. Autrement dit, nous avons déjà franchi les trois quarts du chemin qui nous sépare de l’objectif des 2° d’augmentation. » A l’heure actuelle, nous émettons environ 30 gigatonnes par an.

En 2011, l’Agence internationale pour l’énergie a estimé que les émissions de carbone allaient augmenter de 3 % par an, ce qui, en gros, nous ferait dépasser largement les 565 gigatonnes en 16 ans, augmentant ainsi la température moyenne de 6° Celsius.

2 795 gigatonnes – Un rapport publié en 2011 par une équipe d’analystes financiers et d’écologistes londoniens souligne les risques que fait courir le changement climatique aux portefeuilles des investisseurs. Étant donné la quantité de carbone contenue dans les réserves de pétrole et de carburant fossile des compagnies pétrolières mondiales, ce rapport prédit que nous allons émettre 2 795 gigatonnes – soit quatre fois plus que la limite des 565 gigatonnes. Or, il ne faut pas toucher à 80 % de ces réserves si l’on veut maintenir l’augmentation moyenne des températures sur Terre sous la barre des 2° Celsius. Mais le prix actuel des actions intègre ces réserves.

ExxonMobile (Etats-Unis), Lukoil (Russie), British Petroleum (Royaume-Uni), Gazprom (Russie), Chevron (France), ConocoPhillips (Etats-Unis), Shell (Angleterre/Pays-Bas), toutes ces entreprises sont soutenues politiquement et financièrement par leur gouvernement respectif pour optimiser leur production, et, par suite, leurs profits. John Fullerton, du Capital Institute, a calculé que la valeur boursière des réserves de carburant fossile (qui émettront 2 795 gigatonnes de CO2) s’élève à environ 27 000 milliards de dollars. Au Venezuela, on va bientôt extraire du lucratif gaz de schiste de la gigantesque étendue de sable bitumeux d’Orinoco, ce qui détruira massivement l’habitat dans cette région et ajoutera beaucoup aux émissions de CO2. Et maintenant que la calotte glacière est en train de fondre, Shell vient d’obtenir la permission d’effectuer des forages de prospection dans l’Arctique.

Bill McKibben en vient à la conclusion que seul un mouvement populaire international de protestation pourrait forcer l’industrie à changer de stratégie : « A elle seule, la prise de conscience de l’intérêt de chacun ne suffira probablement pas à déclencher une opposition capable de limiter l’utilisation de carburants fossiles. Mais le scandale pourrait bien y parvenir. Et c’est l’objectif réel de cette nouvelle approche chiffrée : elle pourrait donner naissance à un véritable mouvement… Les trois chiffres que j’ai donnés sont effrayants, car ils définissent clairement un avenir essentiellement non-viable et, par suite, le plus grand défi que l’humanité ait jamais eu à relever. Nous connaissons à présent les limites à ne pas dépasser, et ceux qui se proposent de les dépasser. Le changement climatique n’est pas une fatalité naturelle ; plus on examine les chiffres, plus on se rend compte qu’il s’agit essentiellement d’un problème moral. »


Sources : Global Warming’s Terrifying New Math, E.-U
Thématiques : environnement
Rubrique : Les priorités de Maitreya (« Pour aider les hommes dans leur tâche, Maitreya, l’Instructeur mondial, a formulé certaines priorités. Assurer à tous un approvisionnement correct en nourriture ; procurer à tous un logement convenable ; fournir à tous soins médicaux et éducation, désormais reconnus comme un droit universel. » Le Maître de Benjamin Creme, Partage international, janvier 1989. Dans cette rubrique, notre rédaction aborde les questions relatives aux priorités énoncées par Maitreya et présente des expériences orientées dans cette direction.)