Manifestations mondiales du pouvoir du peuple

Partage international no 281février 2012

La « Personnalité de l’année 2011 » désignée par le magazine Time est : « Le Contestataire », en raison de son impact au cours des douze derniers mois. « Existe-t-il un seuil mondial de tolérance à la frustration ? », questionne le Time. « On a vu des gens de partout manifester leur ras-le-bol, se rebeller, exiger. Ils ne se sont pas découragés, même lorsque les réponses leur sont parvenues dans un nuage de gaz lacrymogène ou une pluie de balles. Ils ont littéralement incarné l’idée selon laquelle l’action individuelle peut apporter des changements collectifs considérables. Et bien que le message ait été compris différemment en différents lieux, l’idée de démocratie était présente lors de chaque rassemblement. La racine du mot démocratie est démos, « le peuple », et le sens de la démocratie est « le gouvernement par le peuple ». Et ils l’ont réalisé, sinon aux urnes, du moins dans les rues. »

Tout a débuté en Tunisie, alors qu’un vendeur de rue s’est immolé pour protester contre l’insensibilité et la corruption du gouvernement. Le mouvement de contestation a par la suite gagné le reste du monde.

Et, selon l’article du Time : « A Sidi Bouzid (Tunisie) et à Tunis, à Alexandrie et au Caire ; dans les villes et cités arabes, du golfe Persique à l’océan Atlantique, à Madrid, Athènes, Londres et Tel Aviv ; au Mexique, en Inde et au Chili, où les citoyens se sont mobilisés contre la criminalité et la corruption ; à New York et à Moscou, et dans des dizaines d’autres villes américaines et russes, le dégoût et la colère contre les gouvernements et leurs acolytes ont pris de l’ampleur et sont devenus incontrôlables. Des manifestations ont jusqu’à présent eu lieu dans des pays dont la population totalise au moins trois milliards d’habitants, et le mot « protestation » est apparu cette année dans les journaux et en ligne de façon exponentielle, plus qu’à tout autre moment de l’histoire. »

Bien que les manifestations se soient déroulées un peu différemment d’un endroit à l’autre, elles partageaient des traits communs :

 « Il est remarquable de voir la ressemblance entre les différents groupes d’avant-garde. Partout ils sont majoritairement constitués de jeunes, issus de la classe moyenne et éduqués. Presque toutes les manifestations, cette année, ont débuté en tant qu’événements indépendants, sans beaucoup d’encouragement ou d’approbation de la part des partis politiques en place ou des têtes d’affiche des partis d’opposition. Partout dans le monde, les manifestants de 2011 partagent la conviction que les systèmes politiques et les économies de leur pays sont devenus dysfonctionnels et corrompus : les démocraties de façade s’employant à favoriser les riches et les puissants et à prévenir les changements importants…. Deux décennies après l’échec final et le rejet du communisme, ils espèrent vivre l’échec du copinage hyper capitaliste féroce et à méga-échelle, et aspirent à une troisième voie, à un nouveau contrat social. Ils ont utilisé Internet pour se trouver les uns les autres, et descendre dans les rues pour exiger la justice et (dans le monde arabe) la liberté. » [Source : Time magazine, Etats-Unis]

HongrieAu début de janvier 2012, les avenues principales de Budapest ont été envahies par quelque 100 000 manifestants, rassemblés pour protester contre la nouvelle constitution du pays, accusée par les critiques de restreindre la démocratie.
La manifestation a choisi comme slogan : « Il y aura de nouveau une République. » Les critiques affirment que la nouvelle constitution, entrée en vigueur le 1er janvier 2012, limite les pouvoirs de la Cour constitutionnelle, menace le pluralisme des médias et met fin à l’indépendance de la justice. Les manifestants brandissaient des pancartes critiquant le premier ministre Viktor Orban et son gouvernement.
Pour le parlementaire socialiste Tibor Szanyi : « Viktor Orban et ses serviteurs ont fait passer la Hongrie d’un endroit prometteur à l’endroit le plus sombre d’Europe », et il a appelé la population à participer en « balayant la dictature Orban ».
La « Loi fondamentale », qui renomme la « République de Hongrie » simplement « Hongrie », a été adoptée en avril 2011 grâce à une majorité parlementaire des deux-tiers, qui permet au gouvernement Orban de modifier la législation à volonté. Amnesty International a exprimé sa préoccupation au sujet des changements à la constitution. [Source : The Moscow Times, Russie]

Nigeria Des chrétiens et des musulmans, en dépit de l’augmentation des tensions sectaires au Nigeria, commencent à exprimer conjointement leur colère devant la récente décision du président Goodluck Jonathan de réduire les subventions. Le Nigeria a connu de nombreuses années troublées par la violence déclenchée par les conflits ethniques et religieux. Maintenant, il existe une petite étincelle d’espoir que la colère à l’endroit de la politique gouvernementale puisse servir à réduire les tensions. La colère des Nigérians moyens de perdre l’un des rares avantages d’habiter un pays riche en pétrole, ainsi que le dégoût face à la corruption du gouvernement, ont conduit à des manifestations à travers le pays.
Le jour du nouvel an 2012, le gouvernement du président Goodluck Jonathan a mis fin aux subventions servant à maintenir le prix de l’essence à un bas niveau, faisant ainsi grimper les prix de 0,40 euro le litre à plus de 0,80 euro. En outre, le coût de la nourriture et du transport a plus ou moins doublé dans un pays où la plupart des gens vivent avec moins de deux dollars par jour.
Au début de janvier 2012, des milliers de Nigérians sont descendus dans les rues, et l’on a vu des chrétiens entourer des fidèles musulmans d’un cordon de protection, alors qu’ils priaient tournés vers La Mecque. « Cela prouve que le Nigeria est maintenant prêt à former une grande famille », a déclaré un jeune musulman peu avant la prière du vendredi.
Le Nigeria est le cinquième pays exportateur de pétrole vers les Etats-Unis. Les manifestants affirment qu’ils n’accepteront rien d’autre qu’une restauration complète des quelques huit milliards de dollars de subventions, versés par le gouvernement pour maintenir peu élevé le prix de l’essence. Lors de la manifestation à Lagos, le pasteur Tunde Bakare a exhorté les Nigérians à rejeter un gouvernement qui « s’acharne à enlever aux personnes démunies les miettes avec lesquelles elles survivent », tout en ne leur fournissant pas suffisamment d’eau potable et d’électricité. [Source : The Washington Post, Etats-Unis]

Russie Deux grandes manifestations tenues à Moscou dans de rudes conditions hivernales ont secoué Vladimir Poutine et son gouvernement. Furieux du déroulement des élections parlementaires, des dizaines de milliers de citoyens ont convergé vers Moscou en décembre 2011, appelant à la fin de la corruption et exigeant des élections justes. Nombre d’entre eux arboraient des rubans blancs, symbole du mouvement anti-Poutine. La police a estimé la foule à 30 000 personnes lors de la deuxième manifestation, nombre supérieur à celui rapporté lors de la première, mais les organisateurs ont estimé le chiffre plus proche de 120 000. A la fin de la journée, les manifestants se sont dispersés en scandant, lentement : « Nous reviendrons ! Nous reviendrons ! »
Lors d’une manifestation, l’écrivain Boris Akunine a invité la foule à s’armer de patience : « Nous aurons une année difficile, mais ce sera une année stimulante. Ce sera notre année. »
Bien que fidèle partisan du Kremlin, le patriarche Kirill, chef de l’Eglise orthodoxe russe, a profité de son sermon de Noël pour exhorter le Kremlin à coopérer avec les manifestants antigouvernementaux. « Si les pouvoirs en place demeurent insensibles aux expressions de protestation, il s’agit là d’un bien mauvais signe, un signe qu’ils sont incapables de s’adapter. Les autorités doivent s’ajuster, y compris aux signaux venant de l’extérieur… et corriger le cours », a-t-il affirmé.
Les forces d’opposition russes ont mis en place un groupe de travail qui s’emploiera à recueillir des signatures pour une pétition demandant à la Cour suprême nationale d’annuler le résultat des élections parlementaires du 4 décembre 2011. Les prochaines manifestations sont prévues pour le 4 février 2012. [Sources : New York Times, Etats-Unis]

Yémen La Fondation internationale pour les systèmes électoraux (IFES) rapporte que les mouvements de protestations qui balaient le Moyen-Orient et l’Afrique du Nord créent une ouverture pour le dialogue politique, lequel pourra potentiellement bénéficier aux femmes grâce à des réformes en faveur de l’égalité des sexes. Selon un récent sondage de l’IFES, la majorité des hommes et des femmes yéménites se disent favorables à des réformes en vue d’améliorer le statut social des femmes.
Les manifestations anti-gouvernementales actuelles pourraient faire avancer les droits des femmes. [Sources : ifes.org ; France24.com]

Voir photographies dans la version imprimée de la revue Partage international n° 281/282 de janvier/février 2012, page 28.


Thématiques : Société
Rubrique : La voix des peuples (Cette rubrique est consacrée à une force en plein développement dans le monde. La voix du peuple ne cessera de s’amplifier jusqu’à ce que, guidés par la sagesse de Maitreya, les peuples conduisent leurs gouvernements à créer une société juste dans laquelle seront respectés les droits et les besoins de tous.)