Partage international no 279 – novembre 2011
Le prix Nobel de la Paix 2011 a été décerné à trois femmes pour leur défense des droits des femmes : la présidente libérienne, Ellen Johnson Sirleaf, sa compatriote Leymah Gbo-wee, travailleuse sociale devenue militante de la paix, et Tawakkul Karman, journaliste et militante pro-démocratie du Yémen, devenue depuis janvier 2011 figure de proue des manifestations contre le président Ali Abdullah Saleh.
Ces femmes ont été choisies « pour leur lutte non violente en faveur de la sécurité des femmes, et de leurs droits à participer pleinement aux processus de paix. Nous ne pourrons parvenir à la démocratie et à une paix durable dans le monde tant que les femmes ne bénéficieront pas des mêmes chances que les hommes d’influencer le cours des choses à tous les niveaux de la société », a déclaré le comité Nobel dans un communiqué. Elles sont les premières femmes à se voir décerner le prix depuis 2004, où le comité honorait Wangari Maathai, écologiste kényane décédée en septembre 2011, ce qui porte à 15 le nombre des lauréates, comparativement à 85 hommes.
En 2005, Ellen Johnson Sirleaf, économiste, est devenue la première femme africaine élue démocratiquement à la présidence de son pays, tout juste deux ans après que le Liberia eut atteint une paix fragile après des décennies de guerre civile. Le comité Nobel a affirmé d’elle qu’elle « avait contribué à assurer la paix au Liberia, à promouvoir le développement économique et social, et à renforcer la place des femmes ».
La deuxième lauréate, Leymah Gbowee, a été au début des années 2000 une figure marquante de la lutte pour la paix au Liberia, en encourageant les femmes à se vêtir de blanc pour protester contre l’usage du viol et des enfants soldats dans la guerre, ralliant à la cause aussi bien des femmes chrétiennes que musulmanes. Lors des négociations de paix de 2003, elle-même et des centaines de femmes ont encerclé la salle où les discussions avaient lieu, refusant de laisser sortir les délégués avant qu’ils n’aient signé le traité. Selon le comité Nobel, Leymah Gbowee a « mobilisé et rallié des femmes de diverses ethnies et confessions religieuses pour mettre un terme à la longue guerre au Liberia, et assurer la participation des femmes aux élections. ».
Leymah Gbowee, qui a siégé à la Commission vérité et réconciliation du Liberia, est maintenant directrice générale du Réseau Afrique pour la paix et la sécurité, organisme qui travaille avec des femmes du Liberia, de la Côte-d’Ivoire, du Nigeria et de la Sierra Leone en vue de promouvoir la paix, l’alphabétisation et l’engagement politique.
De la troisième lauréate, Tawakkul Karman, le Comité Nobel a déclaré : « Dans des circonstances des plus difficiles, à la fois avant et pendant le « printemps arabe », Tawakkul Karman a joué un rôle prépondérant dans la lutte pour les droits des femmes et pour la démocratie et la paix au Yémen. » T. Karman, 32 ans, mère de trois enfants, a fondé en 2005 le groupe Femmes journalistes sans chaînes. Elle qualifie ce prix de « victoire pour le peuple yéménite, pour la révolution yéménite et toutes les révolutions arabes ». Elle est une figure emblématique des jeunes militants depuis qu’ils ont repris la place centrale de Sanaa en février. Elle s’est faite le porte-parole des militants à la télévision arabe, décrivant la situation qui prévalait aux abords de l’Université de Sanaa, où des dizaines de militants venaient d’être abattus par les forces gouvernementales. Selon elle, ce prix annonce que « l’ère des dictatures arabes est révolue. Cela constitue un message à ce régime, et à tous les régimes despotiques, que rien ne peut étouffer la voix de la liberté et de la dignité. C’est une victoire pour le printemps arabe en Tunisie, en Egypte, en Libye, en Syrie et au Yémen. Notre révolution pacifique se poursuivra jusqu’à la chute de Saleh et l’instauration d’un Etat civil. »
Le président du Comité Nobel norvégien, Thorbjorn Jagland, a déclaré que le prix décerné à Tawakkul Karman montrait l’importance des femmes dans les récentes révoltes arabes : « Le printemps arabe ne peut réussir sans la participation des femmes », a-t-il déclaré.
Sources : BBC, Royaume-Uni ; Latimes.com, Etats-Unis
Thématiques : Société, femmes
Rubrique : Tendances (Dans le monde actuel s’affirme une tendance de plus en plus prononcée à la synthèse, au partage, à la coopération, à de nouvelles approches et avancées technologiques pour la sauvegarde de la planète et le bien-être de l’humanité. Cette rubrique présente des événements et courants de pensée révélateurs d’une telle évolution.)
