Partage international no 268 – décembre 2010
Si les dirigeants sont élus par les peuples pour servir les peuples, pourquoi ces derniers sont-ils tenus à l’écart, à des kilomètres de l’endroit où se prennent chaque année des décisions qui ont un impact direct sur la vie du « citoyen ordinaire », par exemple lors des sommets du G20 ou du G7 ?
Un règlement de sécurité veut que tout rassemblement et manifestation soit interdit à moins de 20 km de l’endroit où se tient le G20. A Séoul (Corée du Sud), où s’est réuni le dernier sommet du G20, des fortifications ont été construites autour des lieux clés de ces rencontres. Au nombre de 60 000, policiers et personnels chargés du maintien de l’ordre ont été déployés, en vue d’éloigner les manifestants. Des barrières de sécurité mobiles de 2,2 m de haut ont été placées autour des lieux de réunion, sur un périmètre de 1,6 km.
A chaque nouveau sommet international, les mesures de protection des dirigeants du monde s’accroissent, tandis qu’augmente la détermination des opposants et leur conviction dans la nécessité de stratégies à long terme. Phénomène relativement nouveau, la solidarité internationale est devenue la norme et les manifestants de divers pays se retrouvent à chaque sommet important. Un réseau mondial d’activistes s’est maintenant constitué et grossit. Ceux qui ont manifesté dans l’un des sommets transmettent leur expérience et leur ressenti via Internet. Ce qui s’est mal passé au sommet de Toronto par exemple offre matière à leçon pour les actions à venir. A l’occasion du lancement d’un téléthon le 11 novembre (pour rassembler des fonds en vue du soutien juridique des activistes incarcérés lors de la débâcle du G20 à Toronto), la journaliste et écrivain Naomi Klein a mentionné la tactique oppressive et l’attitude des gouvernements conservateurs. Elle a fait allusion à l’incapacité des dirigeants à traiter les vrais sujets. « Au cours des précédents sommets du G20, ces dirigeants n’ont pas bouché le trou de l’évasion fiscale, ils n’ont pas imposé de réglementations bancaires coordonnées, ils n’ont pas démembré les grandes banques, ils ont refusé d’appliquer une taxe bancaire, et même d’appliquer une minuscule taxe financière sur les transactions. Ils n’ont pas éliminé les subventions fossiles accordées aux producteurs de pétrole, et ont bien sûr décidé de poursuivre les guerres… Comment alors équilibrer le Trésor public, et couvrir les baisses de recettes fiscales faisant suite aux licenciements et aux faillites ? En prenant sur les programmes sociaux, bien sûr. Or, le rapport final de Toronto a sommé les gouvernements de diminuer de moitié leurs déficits d’ici 2013.
C’est énorme, choquant, et nous savons tous qui en paiera le prix :
– les étudiants, qui voient se détériorer l’éducation publique et augmenter leurs frais de scolarité. C’est pour cela qu’on les a vus dans les rues de Londres, occuper le siège du parti tory !
– les futurs retraités qui perdent des avantages durement acquis, ce pourquoi on a pu les voir dans les rues de France pendant plusieurs semaines !
– les employés du secteur public dont les postes de travail sont supprimés, raison pour laquelle on a vu de nombreuses grèves en Italie et en Espagne.
La liste est loin d’être exhaustive ! »
Naomi Klein déclare ensuite que la gamme des revendications est étendue et inclut les mesures environnementales liées au réchauffement climatique après l’échec de la conférence de Copenhague.
« Nous sommes en droit de défendre nos services sociaux durement acquis et la maigre protection dont jouissent les réfugiés, remis en cause par des politiciens en faillite morale ! Il est de notre devoir de défendre nos forêts boréales et la salubrité de nos eaux menacées par la pollution pétrolière. Et pour remplir ces devoirs, nous savons qu’il y a des coûts. Mais nous refusons d’être traités de criminels et de brader nos droits comme l’ont fait les Canadiens à Toronto. C’est l’enjeu de la lutte pour la justice dans le cadre du G20 et nous ne pouvons pas nous permettre de perdre ce combat…
Nous ne nous laisserons pas impressionner par la méfiance qu’ont engendrée les medias à notre égard et nous ne nous laisserons pas être divisés. Même si nous exprimons notre désaccord, nous le ferons avec respect et nous refusons d’être catalogués en deux groupes, les bons et les mauvais activistes. »
Thématiques : Société
Rubrique : La voix des peuples (Cette rubrique est consacrée à une force en plein développement dans le monde. La voix du peuple ne cessera de s’amplifier jusqu’à ce que, guidés par la sagesse de Maitreya, les peuples conduisent leurs gouvernements à créer une société juste dans laquelle seront respectés les droits et les besoins de tous.)
