Rapport 2010 sur le développement humain
Partage international no 268 – décembre 2010
Ces dernières décennies, la plupart des pays en développement ont fait des progrès spectaculaires, mais souvent sous-estimés, dans les domaines de la santé, de l’éducation de base et du niveau de vie.
Un bon nombre des pays les plus pauvres affichent les progrès les plus importants ; c’est ce qui apparaît d’une nouvelle analyse portant sur une période de quarante ans parue dans le Rapport 2010 sur le développement humain (RDH 2010) publié par le Programme des Nations unies pour le développement (Pnud).
Pourtant, les résultats varient grandement, notamment pour certains pays qui perdent du terrain depuis 1970. Avec l’introduction de trois nouveaux indices, l’édition du 20e anniversaire de ce rapport décrit les grandes inégalités au sein et entre les pays, de profondes disparités hommes/femmes sur un large éventail d’indicateurs de développement, et l’importance de la pauvreté extrême en Asie du Sud et en Afrique sub-saharienne.
Ce Rapport 2010, intitulé La vraie richesse des nations : les voies du développement humain, a été lancé par Ban Ki-moon, secrétaire général de l’Onu, Helen Clark, administratrice du Pnud, et Amartya Sen, lauréat du prix Nobel, qui, avec feu-Mahbub ul Haq, l’initiateur de cette série de rapports, a aidé à concevoir l’Indice de développement humain (IDH) pour la première édition du rapport, en 1990.
Les RDH et l’IDH ont permis de remettre en cause les mesures purement économiques en matière de développement et ont contribué à poser les bases conceptuelles des Objectifs du millénaire pour le développement en appelant à un suivi permanent et global des progrès enregistrés en matière de santé, d’éducation et de niveau de vie.
D’après Ban Ki-moon : « Les rapports sur le développement humain ont changé notre façon de voir le monde. Nous avons appris que, bien que la croissance économique soit très importante, ce qui compte finalement, c’est d’utiliser le revenu national pour donner à tous une chance d’une vie plus longue, plus saine et plus productive. »
L’examen des tendances à long terme analysées dans le rapport 2010 – qui reprend les indicateurs de l’IDH pour la plupart des pays à partir de 1970 – montre qu’il n’y a pas de corrélation systématique entre la performance économique nationale et les réalisations dans les domaines de l’IDH telles que la santé et l’éducation qui ne dépendent pas des revenus.
D’après Helen Clark : « Le rapport montre que les gens aujourd’hui sont en meilleure santé, plus riches et plus instruits que jamais. Bien que toutes les tendances ne soient pas positives, les pays peuvent faire beaucoup pour améliorer la vie des gens, même dans des conditions défavorables. Cela nécessite un leadership courageux au niveau local ainsi que l’engagement continu de la communauté internationale. »
Globalement, comme le montre l’analyse pour l’ensemble des pays, l’espérance de vie est passée de 59 ans en 1970 à 70 en 2010, le taux de scolarisation des enfants pour les niveaux primaires et secondaires est passé de 55 % à 70 %, et le PIB par habitant a doublé à plus de 10 000 dollars. Les gens dans toutes les régions ont profité de ce progrès, mais à des degrés divers.
L’espérance de vie, par exemple, a augmenté de 18 ans dans les pays arabes entre 1970 et 2010, comparativement à huit ans en Afrique sub-saharienne. Les 135 pays étudiés couvrent 92 % de la population mondiale.
« Nos résultats confirment, avec de nouvelles données et de nouvelles analyses, deux arguments centraux repris dès le départ dans le RDH : à savoir que le développement humain est différent de la croissance économique, et des progrès substantiels sont possibles même sans croissance rapide, a déclaré Jeni Klugman, l’auteur principal. Nous avons également acquis de nouvelles connaissances sur les pays qui ont obtenu les meilleurs résultats, et sur les différentes formes de progrès. »
Les membres du Top 10 du rapport 2010 – à savoir les pays parmi les 135 qui se sont le plus améliorés en termes d’IDH au cours des quarante dernières années – est mené par l’Oman, qui a investi durant ces dernières décennies les revenus provenant de l’énergie dans les domaines de l’éducation et de la santé publique ; viennent ensuite la Chine, le Népal, l’Indonésie, l’Arabie Saoudite, le Laos, la Tunisie, la Corée du Sud, l’Algérie et le Maroc. Fait remarquable, la Chine est le seul pays du Top 10 grâce uniquement à ses performances économiques.
L’amélioration de l’IDH se fait principalement dans les domaines de la santé et de l’éducation. Les autres membres du Top 10 incluent de nombreux pays à bas revenu qui ne sont pas généralement repris comme des Success stories ; on y retrouve entre autres, l’Ethiopie, le Cambodge et le Bénin ; tous ces pays ont fait de grands progrès en matière d’éducation et de santé publique.
L’Extrême-Orient avec des pays comme la Chine et l’Indonésie est la région connaissant les progrès les plus rapides depuis 1970. Les pays arabes ont aussi enregistré des avancées majeures et comprennent huit des 20 pays qui ont fait le plus de progrès ces quarante dernières années.
De nombreux pays d’Afrique sub-saharienne et de l’ancienne Union soviétique sont à la traîne cependant, en raison de l’impact du sida, des conflits, des bouleversements économiques et d’autres facteurs.
L’espérance de vie a en fait diminué au cours des quarante dernières années dans trois pays de l’ex-Union soviétique – le Bélarus, l’Ukraine et la Fédération de Russie – et dans six pays de l’Afrique sub-saharienne : la République démocratique du Congo, le Lesotho, l’Afrique du Sud, le Swaziland, la Zambie et le Zimbabwe.
La tendance dominante en matière d’espérance de vie est globalement convergente, avec une espérance de vie moyenne dans la plupart des pays pauvres de plus en plus proche de celles des pays développés.
En matière de revenu cependant, la tendance reste à la divergence, la plupart des pays riches continuent à devenir plus riches, tandis qu’une croissance soutenue est hors de portée pour de nombreux pays pauvres.
D’après les auteurs du rapport : « Nous observons de grands progrès, mais les changements au cours des dernières décennies sont loin d’avoir été entièrement positifs. Certains pays ont subi de sérieux revers, en particulier en matière de santé, parfois en perdant en quelques années les gains accumulés depuis plusieurs décennies.
La croissance économique a été très inégale, tant entre les pays qu’entre les différents groupes qui constituent chaque pays. Et les écarts de développement humain à travers le monde, tout en diminuant, restent énormes. »
Sources : Programme des Nations unies pour le Développement
Thématiques : Économie
Rubrique : Tendances (Dans le monde actuel s’affirme une tendance de plus en plus prononcée à la synthèse, au partage, à la coopération, à de nouvelles approches et avancées technologiques pour la sauvegarde de la planète et le bien-être de l’humanité. Cette rubrique présente des événements et courants de pensée révélateurs d’une telle évolution.)
